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À vos paniers, les châtaignes sont tombées !

L’automne est une saison riche en activités dans la forêt. De nombreuses espèces sortent le bout de leur nez, c’est l’occasion de varier les plaisirs lors de vos sorties !

La récolte des châtaignes

Le mois d’octobre est le mois propice à la récolte des châtaignes. Nous vous présentons rapidement le cycle de l’arbre et quelques astuces pour faciliter vos récoltes et bien préparer votre sortie.

Panier rempli de Châtaignes, récolte familiale, Bretagne, France
© Jean Mayet / Biosphoto
Le châtaignier, Castanea sativa

Le châtaignier européen est un arbre courant des forêts de plaine françaises. Il mesure entre 25 et 35 m de hauteur. Il fait partie de la famille des fabacées, comme le chêne et le hêtre et il est à feuillage caduc. Ses fleurs sont des chatons jaune pâle qui fleurissent en juin et en juillet. Les bogues contenant les futures châtaignes commencent leur croissance en août et maturent jusqu’en octobre, où elles s’ouvrent et tombent des branches de l’arbre. Chaque boque contient environ trois châtaignes.

Ce marron n’est pas un marron ?

Le châtaignier est facilement confondu avec le marronnier. Dans la langue courante, un « marron » désigne le fruit du marronnier (Aesculus hippocastanum) et le fruit du châtaignier de culture, les plus grosses châtaignes qui occupent la totalité de leur bogue. C’est pourquoi, quand on parle de crème de marron, on parle en réalité de crème de châtaigne. Le marron, fruit du marronnier, n’est pas comestible, il contient une molécule anticoagulante toxique pour les humains. Il faut impérativement savoir différencier ces deux arbres et leurs fruits.

Châtaignier (gauche), Marronnier d’inde (droite)
© Muriel Hazan, Pascal Goetgheluck / Biosphoto
  • Afin de les distinguer, il suffit de comparer leurs feuilles, leurs bogues et leurs fruits : Les feuilles du châtaignier poussent en spirale autour de leur tige. Elles sont individualisées, longues et fines. Celles du marronnier en revanche sont plus larges et poussent de manière opposée à partir d’une même origine par 5 ou par 7.
  • Les bogues du châtaignier sont dures et recouvertes d’une multitude d’épines acérées. Vertes à la pousse, elles sont souvent orangées une fois tombées au sol et contiennent environ trois châtaignes. Les bogues du marronnier sont vertes et plus souples, elles ne portent pas d’épines mais des pointes souples également. Elles ne renferment qu’un seul fruit.
  • La châtaigne est petite, vient par trois, et est surmontée d’une petite queue portant des petits piques similaires à sa bogue. Le marron est gros, légèrement boursouflé, et ne présente pas de petite queue.
À vos paniers !

Pour récolter des châtaignes vous aurez besoin d’un récipient pour transporter vos fruits. Le traditionnel panier en osier est toujours un très bon choix, permettant de laisser les fruits à l’air libre sans les abîmer et les renfermer. Il permet également aux petits insectes de s’échapper avant qu’ils ne se retrouvent chez vous ! Si vous n’en avez pas ce n’est pas très grave, privilégiez tout de même les sacs en tissu aux sacs en plastique. 

Munissez-vous également de matériel pour ramasser et sortir les châtaignes de leurs bogues. Il peut s’agir de chaussures robustes pour écraser les bogues, de gants de jardinage pour les ouvrir avec les mains, de la traditionnelle fourcole, une pince en bois artisanale, pour les extraire de leur carapace… Si vous êtes assez délicats et résistants, vous pouvez les ouvrir à mains nues, mais il faut savoir faire attention aux épines !

Lors de la récolte, il faut repérer les châtaignes percées : la présence d’un petit trou indique qu’elle contient probablement un insecte à l’intérieur. Pas terrible pour la dégustation : il faut essayer de récupérer des châtaignes intactes.

Châtaignes trempées © Visions Botanical / Visions Pictures / Biosphoto

Pour finir d’éliminer les mauvaises châtaignes, vous pouvez tremper votre récolte dans un grand volume d’eau. Toutes les châtaignes qui flottent à la surface ne sont pas bonnes : elles risquent d’être infestées ou d’avoir mauvais goût après cuisson. Les châtaignes qui ont coulé au fond du récipient sont bonnes à cuire.

Pour faire cuire vos châtaignes, il y a plusieurs techniques possibles, nous vous proposons une cuisson traditionnelle au four. Si vous privilégiez d’autres modes de cuisson, le site des Châtaignes d’Ardèche regorge d’astuces. 

Pour cuire vos châtaignes au four, il faut les inciser avec la pointe d’un couteau sur la face bombée. Ceci permettra d’éviter qu’elles explosent dans votre four pendant la cuisson. Elles pourront cuire pendant une petite demi-heure sur une plaque à 220°C, ou thermostat 6-7. Elles pourront être dégustées en sortant du four après épluchage.

Pendant votre sortie

Une sortie en forêt est l’occasion de chercher quelques champignons et plantes. Pour rappel, la chasse aux champignons est règlementée : 5 litres par jour et par personne. Les infractions peuvent entraîner des amendes, il vous faut bien vérifier les règlementations locales. Voici un article qui vous donne quelques indications sur la chasse aux champignons.  

Les plantes comestibles les plus fréquentes sont l’ortie, le pissenlit et le chénopode. Cet article vous présente plus en détail les plantes sauvages que vous pourrez croiser lors de vos balades.

Une fois sur place n’hésitez pas à chercher les quêtes du moment. L’Observatoire de la Biodiversité des Forêts vous propose de rechercher des espèces de champignons, d’amphibiens, de gastéropodes et de papillons dans la forêt. Voici plus d’informations sur l’observatoire et comment participer.

Vous pouvez également emporter un sac poubelle avec vous pour enlever les potentiels déchets polluant la forêt. Le nettoyage volontaire de la forêt par les visiteurs aide les gardes forestiers qui ne peuvent malheureusement pas le faire parfaitement sur tout leur terrain, escarpé, encombré, et régulièrement pollué par des détritus abandonnés.


Crédit de la photo principale : Châtaigneraie du PNR des Monts d’Ardèche France © Hervé Chellé / Biosphoto

Sources :

La forêt, un écosystème en constante adaptation

Dans la forêt, les arbres sont source de nutriments, d’énergie et de confort pour les espèces y habitant. Ce sont eux qui forment la principale structure de l’écosystème, et qui font le lien entre les organismes et la terre qu’ils occupent. Intimement liés à leur lieu d’implantation, ils ne sont pas capables de se déplacer. Pour prospérer et survivre, ils doivent vivre en harmonie avec leur environnement, et ses aléas.

La forêt contre les intempéries

Pour maintenir et protéger l’écosystème forestier, la forêt doit être capable de s’adapter aux variations de son environnement. Elle doit donc résister à son climat et ses imprévus. Voilà quelques exemples de pressions que peuvent connaître les forêts, et de comment elles y font face.

Les tempêtes peuvent déraciner ou briser des arbres par leurs vents forts, pouvant atteindre 100 km/h. Certains arbres comme le chêne ou le mélèze sont plus résistants que d’autres, l’épicéa, le pin sylvestre ou le hêtre. Les forêts sujettes aux vents forts n’ont donc pas la même composition que les autres. La tempête Klaus de janvier 2009 a ravagé plus de 60% de la forêt des Landes de Gascogne, qui se remettait encore de la tempête Martin de 1999. Cette forêt est principalement composée de pins maritimes (Pinus pinaster) qui ont été sectionnés et déracinés, et de quelques chênes qui ont été dessouchés.

Forêt landaise dévastée par la tempête Klaus France ; Quelques jours après la tempête 
© Hugues de Cherisey / Biosphoto

La sècheresse durable est dangereuse. Les racines des arbres puisent l’eau profondément dans le sol. S’il est déshydraté, leur croissance est plus lente et ils perdent une partie de leur feuillage, pour limiter la consommation et l’évaporation d’eau. Si la forêt n’est pas adaptée, la pénurie d’eau peut être destructrice. Les herbes sèchent et sont plus sujettes aux incendies, qui vont fragiliser les arbres qui peinent déjà à survivre.

Les pluies acides changent la composition des sols. Elles sont issues de la suspension de polluants dans l’air, rapportés au sol par l’eau. Ces polluants proviennent naturellement des éruptions volcaniques, mais sont principalement rejetés par l’industrie de nos jours, conséquences du chauffage, des usines, et de la circulation automobile. L’augmentation de l’acidité du sol est dangereuse pour les invertébrés qui l’habitent, ce qui provoque un déséquilibre dans le cycle de nutriments de la forêt. Le sol s’en retrouve appauvri et les arbres en pâtissent : défoliation des feuillus, lésions pour les conifères. Les eaux acides provoquent des blessures aux feuilles, qui laissent apparaître des traces de brulure. Ces pluies rejoignent ensuite les cours d’eau, faisant fuir les poissons des rivières et ruisseaux. Les mammifères et oiseaux de la forêt sont indirectement touchés car la nourriture est plus rare et potentiellement polluée, porteuse de maladies.

Aiguilles de pin endommagées par les pluies acides en France © Bruno Pambour / Biosphoto
Une adaptation nécessaire

Étant obligée de subir ces intempéries, la forêt doit s’adapter pour survivre et se reconstruire. Elle se régénère toute seule et s’étend progressivement sur les sols non boisés. En fonction des milieux et de leurs contraintes, elle adapte sa végétation et sa population : les espèces les moins adaptées vont laisser leur place aux plus résistantes. Les paramètres déterminants sont l’humidité, la composition des sols, l’exposition au soleil au fil des saisons, les températures, et les imprévus. La synthèse de toutes ces variables définit la composition des forêts en fonction des régions et des climats. Voici quelques exemples :

La forêt méditerranéenne est adaptée à un climat chaud et sec. L’eau est rare, puisée en profondeur. Les feuilles des végétaux sont recouvertes de cire pour limiter son évaporation. Les feuilles des persistants photosynthétisent en hiver, saison humide plus clémente et plus pluvieuse. On retrouve le chêne vert, le chêne pubescent, le chêne-liège et des pins, notamment le pin-parasol. Ces forêts sont composées de nombreux arbustes issus des sols appauvris par les fortes exploitations et les incendies, très fréquents dans cette région. Les feux de forêts sont principalement d’origine humaine, mais se répandent très facilement à cause de la composition des forêts et de la sècheresse générale. 

Paysage de forêt brulée en repousse au printemps, Collines des environs de Hyères, Var, France
© André Simon / Biosphoto

En montagne, la forêt ne pousse pas partout de la même manière : le gain d’altitude induit un changement de température, de composition d’air et d’humidité. Depuis la vallée, des populations se succèdent : hêtre, sapin et pin sylvestre laissent progressivement leur place au mélèze, au pin cembro et au pin à crochets. Dans les hauteurs, plus rien ne pousse, on parle de limite de végétation.

Les hivers montagnards étant très rudes, les arbres sont capables de se préparer aux températures glaciales en une dizaine de jours. Leurs cellules diminuent leur teneur en eau pour éviter le gel, et s’entourent d’une paroi glacée. Une vague de froid soudaine peut les prendre au dépourvu. Un gel précoce en automne 1998 a fragilisé la forêt des Ardennes. Les troncs d’arbres, non préparés au froid, ont subi des lésions : le gel a traversé l’écorce et a provoqué la mort de nombreuses cellules. D’autres organismes ont profité de ces points faibles : dans les années 2000, les arbres se sont retrouvés envahis de champignons se nourrissant du bois et provoquant leur décomposition. De nombreux insectes xylophages, consommateurs de bois, ont également été attirés par les ouvertures de l’écorce.

Forêt mixte en automne Vallée de la Wormsa Vosges France © Berndt Fischer / Biosphoto
Mont Aiguille en automne Vercors France 
© Antoine Boureau / Biosphoto

La forêt tropicale possède un climat idéal à la prolifération des organismes : humidité constante et température stable, entre 25 et 30 °C. Les espèces ont pu évoluer sans trop de contraintes et sans la pression de la sélection naturelle. De ce fait, elles sont très nombreuses et variées, en compétition constante pour l’espace et les ressources.

La forêt des plaines et des collines couvre 60% du territoire français, elle est adaptée au climat tempéré. Elle est entretenue par les forestiers pour produire du bois tout en surveillant la santé des arbres et en protégeant les espèces qu’elle abrite. Les forêts domaniales sont régulièrement nettoyées pour permettre le passage de visiteurs.

Sous-bois de forêt tempérée en automne
Champagne France ; Réserve biologique intégrale de la forêt domaniale d’Auberive
© Franck Fouquet / Biosphoto

La France possède une variation de climat notable sur l’ensemble de son territoire, et regroupe donc des forêts très variées. Une grande partie des espèces peut changer d’une région à l’autre. Quelques espèces sont endémiques à certaines zones, c’est-à-dire qu’elles prospèrent dans un territoire limité. D’autres sont adaptatives et peuvent être retrouvées dans des régions radicalement différentes. Lorsqu’une espèce quitte son territoire pour en envahir un autre, on parle d’espèce invasive. C’est un phénomène naturel amplifié par le dérèglement du climat. Il est donc toujours intéressant de garder l’œil ouvert lors de vos balades, on peut toujours faire des observations étonnantes. L’Observatoire de la Biodiversité des Forêts vous propose des quêtes sur des espèces particulières afin de pouvoir constater leurs déplacements et leur évolution en fonction du changement climatique. Vos observations permettent aux scientifiques de surveiller les mouvements des populations.

Le réchauffement climatique provoque de grandes variations du climat en très peu de temps. Les espèces motiles peuvent se déplacer avec leurs conditions idéales de vie, mais les arbres n’en sont pas capables. Ces changements brusques de température et d’humidité mettent les arbres dans des conditions pour lesquelles ils ne sont pas adaptés, les rendant plus sujets à des pertes à grande échelle comme les incendies de plus en plus fréquents chaque été et les pénuries d’eau. 


Crédit de la photo principale : Forêt de montagne dans le massif du Ballon de Servance ; Jour de pluie et de brume © Denis Bringard / Biosphoto

Sources :

  • Sueron, C., 1997. La vie de la forêt. Collection Les hommes et la nature, Éditions Office national des forêts. 47p.
  • Pluie acide, Tempête Klaus, Forêt des Landes, , Wikipédia France

Les dendro-microhabitats et la biodiversité forestière

Nous sommes déjà tous passés devant des arbres avec d’étonnants « trous » dans le tronc ou avec de curieuses excroissances en se demandant s’il n’était pas malade … Absolument pas, bien au contraire ! Et cela porte même un nom : les dendro-microhabitats.

Classés en tant qu’arbres remarquables, les Chênes creux de la Chapelle de Kernéant en Bretagne ont abrité un évadé et trois réfractaires au travail, alors obligatoire en Allemagne. Cachés entre 1940 et 1944, ils ne furent jamais découverts. © Jean-Luc & Françoise Ziegler, 2016 (Biosphoto)

Formé de « dendro » qui provient du grec « dendron » qui signifie arbre et « micro » qui signifie petit, il s’agit d’un ensemble de structures forestières de petites tailles qui constituent un lieu de vie pour la faune, la flore et les champignons. La durée de formation d’un dendro-microhabitat est très variable selon la nature de celui-ci, cela peut aller de quelques secondes à plusieurs dizaines d’années. Les arbres portant au moins un dendro-microhabitat sont appelés « arbres-habitats ». L’apparition de ces microhabitats est fortement corrélée à l’âge et au diamètre de l’arbre : plus l’arbre est vieux et présente un diamètre élevé, plus la diversité et l’abondance des dendro-microhabitats s’accroit considérablement. Une étude anglaise a en effet montré que moins de 1% des Chênes pédonculés (Quercus robur) âgés de moins de 100 ans portaient une cavité alors que ce chiffre monte à 50% pour les doubles voire triples centenaires. Les individus de plus de 400 ans eux portent tous au moins un dendro-microhabitat. Ce sont donc les arbres les plus vieux et les plus gros qui sont susceptibles de porter des dendro-microhabitats. La nature de l’arbre joue également un rôle dans la distribution de ces habitats, les conifères présentant généralement moins de dendro-microhabitats que les feuillus.

On distingue 7 types de dendro-microhabitats :

  • Les cavités sont des trous dans le bois. Sur le tronc, en pied d’arbre ou en cuvette, elles sont créées soit par des insectes saproxyliques ou par des animaux comme les oiseaux excavateurs soit par des processus de décomposition du bois. Ces cavités jouent un rôle important pour l’avifaune et les chiroptères mais également pour les champignons comme le Phellinus robustus, une espèce lignivore qui se nourrit de bois ou les coléoptères dont le Pique-Brune (Osmoderma eremita), particulièrement menacé.
  • Les blessures et bois apparents sont des points d’entrée pour les champignons. Ils sont créés par des effets mécaniques comme des cassures de tronc ou de cime par le vent, la neige, le gel, les incendies ou le débardage du bois. Par exemple, les cavités à fente décollée sont particulièrement propices au repos, à la reproduction ou à l’hivernage de certaines chauves-souris et à la nidification d’oiseaux.
  • Le bois mort dans le houpier constitut un excellent habitat pour les insectes, en particulier les coléoptères xérothermophiles qui ont besoin d’un environnement chaud et sec. De nombreux champignons, lichens mais aussi insectes et larves viennent également y trouver refuge ce qui attire les oiseaux en quête de nourriture.
  • Les excroissances surviennent à la suite d’une attaque parasitaire ou microbienne comme la loupe des bois, le chancre bactérien ou les balais de sorcières, qui sont toutes d’origine parasitaire (autre espèce végétale, bactérie, champignons, …).
Mésange bleue (Cyanistes caeruleus) sur un Polypore du bouleau (Piptoporus betulinus) © Mike Lane (Biosphoto)
  • Les sporophores de champignons et myxomycètes sont les organes reproducteurs des champignons et des myxomycètes, des organismes mobiles d’aspect gélatineux et visqueux, quasi semblable à de la moisissure. Y sont regroupés les polypores pérennes et éphémères, les champignons colonisant les troncs d’arbres. Leur présence signifie la mort complète de l’arbre dans un temps plus ou moins bref mais ce sont d’excellents microhabitats pour la biodiversité.
Les 7 types de dendro-microhabitat selon Emberger et Larrieu (2014)
  • Les structures épiphytiques[i], épixyliques[ii] ou les parasites n’utilisent l’arbre que comme un support physique. Il s’agit notamment des bryophytes, des lichens, des fougères ou du gui, ainsi que des nids d’oiseaux et des invertébrés. Il y a également les microsols d’écorce et de houpier qui résultent d’une accumulation de matière organique en décomposition soit dans les crevasses de l’écorce soit dans entre les fourches de l’arbre.
  • Les exsudats sont des coulées de sève. Elles contiennent du sucre qui attire certaines espèces de coléoptères, de diptères et de papillons comme le Grand Mars changeant (Apatura iris).

Plus les dendro-microhabitats sont nombreux, plus l’accueil de la biodiversité sera important. Ils sont en effet indispensables à des milliers d’organisme car ils servent de substrat et fournissent nourriture, perchoir, lieu d’alimentation, de reproduction et nichoir pour une grande variété d’espèces vertébrées, invertébrées et de champignons. D’autant plus quand on sait qu’au moins 25% des espèces forestières dépendent ou profitent du bois, mort ou vivant, et que nombre d’entre elles font partie des organismes les plus menacés des écosystèmes forestiers européens. Les cavités de pied, de tronc ou les écorces décollées sont considérées comme des indicateurs de biodiversité (bio-indicateurs) : on retrouve principalement des insectes, des arachnides, des gastéropodes, des oiseaux, des amphibiens, des reptiles et quelques petits mammifères ainsi que des champignons et des lichens. Par ailleurs, certains microhabitats hébergent des groupes spécifiques. C’est le cas de ce qu’on appelle les dendrotelmes. Il s’agit de cavités remplies d’eau de manière intermittente, qui hébergent des espèces animales, végétales et fongiques inféodées au milieu aquatique et que l’on trouve dans les forêts tempérées. D’ailleurs, plus de la moitié des insectes vivant dans les dentrotelmes (de « dendron » et « telma », la mare) leur sont strictement rattachés comme les larves de Systenus albimanus, une espèce de la famille des mouches typique de ces microhabitats aquatiques.  A l’inverse, un microhabitat peut se voir occupé par une espèce que partiellement. Par exemple, la Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri), une espèce de chauve-souris, pourra tantôt utiliser une cavité de nidification d’oiseau, tantôt une cavité de tronc selon plusieurs paramètres liés à son cycle de vie et aux conditions de ces microhabitats. Autre exemple, les galeries d’insectes xylophages, qui creusent au sein même du bois mort, sont une zone de vie pour les araignées ou les abeilles solitaires et les cavités en pied d’arbre sont des protections physiques contre la pluie et la neige pour les petits mammifères et les amphibiens. Les dendro-microhabitats se trouvent donc tout autant sur du bois vivant que du bois mort ; on les appelle alors des dendro-microhabitats saproxyliques. 

Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri) dans une cavité de tronc © Hugo Willocx (Biosphoto)

Les dendro-microhabitats sont donc des structures importantes pour la biodiversité des forêts : si un peuplement de dendro-microhabitat est diversifié alors les besoins spécifiques de plusieurs espèces seront satisfaits. Et plus il y a d’espèces, plus les fonctions écologiques comme la pollinisation ou la décomposition du bois sont assurées. Un nombre important d’espèces signifie donc une bonne santé de l’écosystème forestier. Enfin, en se décomposant ils s’incorporent au sol de la forêt par le biais des nutriments et contribuent ainsi tout au long de leur vie au maintien d’importantes fonctions écologiques.

Les dendro-microhabitats devraient donc être intégrés dans les politiques de gestion car ils constituent un outil assez pratique pour les gestionnaires d’espaces forestiers dans la mesure où ils constituent un indicateur de biodiversité. Il est donc important pour les gestionnaires soucieux de pratiquer une gestion intégrant la biodiversité d’identifier et de conserver ces arbres-habitats. Cette gestion axée sur la protection des éléments naturels comme les arbres ou les animaux renforce les services écologiques de plus en plus appréciés par les sociétés, comme la production de bois, la protection contre les dangers ou la récréation. Mais le développement d’une gestion forestière moderne et l’abandon des utilisations dites traditionnelles de la forêt provoque le déclin de ces arbres, pourtant d’une importance culturelle et écologique reconnue.

Polypore hérissé (Inonotus hispidus) sur un arbre conservé par l’Office National des Forêts © Dominique Delfino (Biosphoto)

Avec des mesures et une gestion appropriée, il est tout à fait possible de conserver et promouvoir la biodiversité forestière. Un rôle particulier revient aux vieux et aux gros arbres présentant des singularités morphologiques permettant le développement de microhabitats. Parmi quelques initiatives encourageantes, l’Ancient Tree Forum en Angleterre mérite d’être mentionné : depuis plus de 20 ans les arbres dits vétérans sont inventoriés dans tout le pays avec l’aide de la population afin de mieux connaitre et promouvoir ces arbres remarquables. L’inventaire des dendro-microhabitats est effectivement accessible à tous. Leur potentiel de bio-indicateur est également facilement visible par tous, y compris par un public non expert. Récemment une application allemande gratuite nommée HabiApp, permet de recenser les arbres-habitats par GPS selon plusieurs caractéristiques (espèce, diamètre, …) ainsi que d’importer des photos pour décrire son observation. Ces données précieuses peuvent en effet servir de base pour une planification forestière sur le long terme et ainsi aider à évaluer la valeur écologique de ces arbres-habitats.

Bibliographie :

PAILLET, Y. (2018). Les microhabitat des arbres : facteurs d’influence lien avec la biodiversité et potentiel indicateur. Thèse d’Ecologie, Museum National d’Histoire Naturelle, Paris.

REBER, A., LARRIEU, L., SCHUBERT, M., BÜTLER, R., (2015). Guide de poche des dendro-microhabitats : description des différents types de microhabitats liés aux arbres et des principales espèces qui y sont associées. 23p.

LARRIEU, L. (2014). Les dendro-microhabitats : facteurs clés de leur occurrence dans les peuplements forestiers, impact de la gestion et relation avec la biodiversité taxonomique. Thèse d’Ecologie, Université de Toulouse, Toulouse.

Swiss Federal Institute for Forest, Snow and Landscape Research, 7 formes de dendro-microhabitat. https://totholz.wsl.ch/fr/arbres-habitats/diversite-des-dendromicrohabitats/7-formes-de-dendromicrohabitats.html

KRAUS, D., BÜTLER R., KRUMM, F., LACHAT, T., LARRIEU, L., MERGNER, U., PAILLET, Y., RYDKVIST T., SCHUCK, A., WINTER, S. (2016). Catalogue des dendro-microhabitat : liste de référence pour inventaires de terrain, document technique, 16p.

BÜTLER, R. LACHAT, T., KRUMM, F., KRAUS, D. LARRIEU, L. (2020). Connaitre, conserver et promouvoir les arbres-habitats. 12p.

BÜTLER, R. ROSSET, C., LARRIEU, L. (2021). Reconnaitre les arbres-habitats grâce à l’application habitat.sylvotech.ch. Schweizerische Zeitschrift fur Forstwesen, 172(4), 242-245p.

BÜTLER, R., LACHAT, T., LARRIEU, L. PAILLET, Y. (2013). Arbres-habitats, éléments clés de la biodiversité forstières dans KRAUS, D. & KRUMM, F. Les approches intégratives en tant qu’opportunités de conservation de la biodiversité forestière, Institut européen des forêts, 308p.


[i] Organisme végétal qui croit sur d’autres végétaux sans se nourrir à ses dépens (définition CNRTL)

[ii] Organisme qui se développe à la surface du bois

Les plantes comestibles sauvages en automne

Vous les avez déjà peut-être observées, et même senties, sans vous rendre compte qu’elles auraient pu constituer un plat très apprécié par toutes et tous : il s’agit là des plantes sauvages comestibles.

Depuis des millénaires, les plantes sauvages entrent dans l’alimentation des humains au grand bonheur de notre santé et de nos papilles. Selon François Couplan, un ethnobotaniste spécialiste des plantes sauvages comestibles, en Europe, plus de 12 000 plantes sont répertoriées et 1600 d’entre elles sont comestibles contre seulement 48 qui peuvent s’avérer fatales pour l’Homme. En sachant que 29 espèces végétales représentent 90% des espèces consommées dans le monde, il est étonnant de constater que notre alimentation s’est réduite à peau de chagrin en oubliant totalement les ressources que sont les plantes sauvages.

Car ces dernières contiennent une quantité de vitamines bien supérieure à celle présentes dans nos fruits et légumes cultivés et modifiés depuis des décennies. Peu arrosées, les plantes sauvages contiennent une importante quantité de fibres. Les parties vertes des végétaux sont une source très importante de protéines de même qualité que les protéines animales car elles renferment des acides aminés essentiels à leur assimilation.

Par exemple, les orties contiennent 8 fois plus de vitamine C que les citrons et 3 fois plus de fer que les épinards ! 

Sans parler des effets médicinaux des plantes, connus depuis la nuit des temps. La forêt regorge d’espèces comestibles qui renferment des propriétés curatives connues de nos ancêtres et aujourd’hui souvent utilisées pour la confection d’huiles essentielles et de médicaments.

La récolte de plantes sauvages comporte cependant des risques. Le risque de confusion avec une plante toxique est réel. L’identification de la plante est primordiale ; il est également important de connaître la trentaine de plantes mortelles dont est pourvue la nature métropolitaine afin de s’assurer de ne jamais récolter ces espèces. Si un doute persiste, demandez conseil à un botaniste qui validera votre identification.

Outre le risque de confusion, la présence de parasites ou de produits polluants (chimiques, pesticides, proches d’une route…) peut mettre en péril votre récolte. Il est déconseillé de prélever des plantes dans des endroits pollués et il est important de nettoyer le fruit de la cueillette avec de l’eau claire et du vinaigre blanc.

Afin de conserver la naturalité de vos lieux de récolte, ne cueillez pas toutes les ressources d’une même plante et toutes les plantes d’un même emplacement et n’en prenez pas plus que nécessaire. La cueillette toute en délicatesse permet de préserver la plante ou l’arbre et ainsi de permettre à la plante de se reproduire, de se développer et de redevenir un garde-manger l’année suivante.

En automne la récolte de plantes sauvages comestibles se concentre surtout sur les baies et autres graines, cependant, certaines feuilles et fleurs sont comestibles à cette période : partons à leur rencontre !

Les plantes comestibles sauvages : les feuilles

Commençons par l’ortie (Urtica dioica), dont nous avons déjà parlé pour l’importante quantité de vitamines et de fer qu’elle contient. Cette plante que tout le monde connaît bien est une mine de bienfaits, ce qui fait d’elle une des meilleures plantes tonifiantes et source de minéraux.

La récolte commence dès le printemps et se finit à la fin de l’automne. Ce sont ses feuilles qui renferment ses propriétés aussi bien tonifiantes que gustatives. Pour la cueillette, les gants sont indispensables. Le meilleur de la plante étant les sommités, vous pouvez vous contenter de prélever les quatre premières feuilles aux ciseaux. Les feuilles d’orties doivent ensuite être nettoyées et trempées dans un bain d’eau et un peu de vinaigre blanc afin d’en retirer tous les insectes présents.

L’ortie en cuisine est devenue la reine des plantes sauvages, séchée sur un torchon pendant quelque jours, elle se transformera en assaisonnement pour vos salades, en soupe, en pesto, en houmous ou cuites à la manière des épinards, son goût est très doux malgré les apparences !

© Ortie – Michel Gunther – Biosphoto

Le plantain (Plantago sp.), qu’il soit moyen, majeur ou lancéolé (au goût le plus fin) se trouve très souvent proche des orties (dont il apaise les piqûres). En effet, le plantain est un anti-inflammatoire, un anti-allergique et un antiseptique naturel ! Il concentre également beaucoup de vitamines et de sels minéraux comme le calcium, le phosphore ou encore le potassium.

La cueillette du plantain est idéale après un bon épisode pluvieux. Sélectionnez les plus jeunes pousses au cœur de la plante, elles seront moins coriaces. 

Toute la plante est comestible mais les feuilles cuites ont une saveur de champignon très prononcée. Le plantain assaisonnera à merveille vos risottos et omelettes.

© Plantain lancéolé – Hervé Lenain / Plantain moyen – Nigel Cattlin – Biosphoto

Le chénopode blanc (Chenopodium album) est plébiscité pour son goût très proche de l’épinard. Le chénopode blanc produit des milliers de graines qui l’aident à peupler les sols récemment retournés, particulièrement autour des sols cultivés.

A ne pas confondre avec le datura, très toxique, qui en dehors de la période de floraison peut avoir une certaine ressemblance avec le chénopode bien que les feuilles de ce dernier ne soit pas symétrique à l’inverse du datura (Datura stramonium).

Le chénopode est très proche de l’épinard. Comme ce dernier, il est riche en vitamines A et C et en calcium.

Du printemps à l’automne vous pouvez cueillir ses feuilles, pour en faire des salades ou le substituer aux épinards. Ses graines sont aussi très intéressantes nutritionnellement mais elles nécessitent une cuisson à l’eau pour se révéler entièrement.

©Chénopode blanc – Juniors / Datura stramonium – Otmar Diez – Biosphoto

La bourrache (Borago officinalis) est également une plante comestible très courante que l’on trouve dans les jardins et les abords de forêts. Les pollinisateurs, particulièrement les abeilles, raffolent de son nectar présent dans ses petites fleurs bleues très reconnaissables. 

Ses grandes feuilles poilues sont riches en vitamine C et ses fleurs ont des effets contre la fièvre et la toux.

Les infusions de bourrache sont couramment utilisées et confectionnées à l’aide des fleurs de cette dernière. Le goût des feuilles de bourrache est à mi-chemin entre le concombre et l’iode, parfait pour agrémenter des salades ou pour faire une soupe que les fleurs bleues décoreront à merveille.

© Bourrache – Michel Gunther – Biosphoto

La roquette sauvage (Diplotaxis tenuifolia) ou encore le lierre terrestre (Glechoma hederacea) sont également des plantes sauvages dont les feuilles sont comestibles et particulièrement goutues. Dans le cas du lierre sauvage, contrairement à son nom, il n’appartient pas à la famille de lierres mais à celles des menthes et quelques feuilles suffisent à assaisonner un plat de son doux parfum boisé.

La roquette sauvage ou la fausse roquette quant à elles, contiennent une forte quantité de vitamines C et un goût plus piquant que la roquette cultivée, une poignée de feuilles relèvera votre pizza ou salade.

© Roquette sauvage – Digitalis / Lierre terrestre – Alexandre Petzold – Biosphoto

Les plantes aux fruits, fleurs et graines comestibles 

Les fruits rouges-oranges de l’arbousier (Arbutus unedo) se récoltent à l’automne lorsque la peau du fruit est bien rouge. “L’arbre aux fraises”, comme il est également appelé, se trouve principalement sous la Loire et en plus grande quantité dans le pourtour méditerrannéen. 

Les arbouses ont des vertues antioxydantes très recherchées ainsi que des effets diurétiques.

Les fruits cuits feront de très bonnes confitures et, fermentés, ils seront à la base d’une boisson alcoolisée riche en goût.

© Arbousier – Michel Rauch – Biosphoto

Le houblon sauvage (Humulus lupulus) aime les zones humides pour s’y installer, il affectionne particulièrement les sous-bois. Les plantes femelles produisent des strobiles, des cônes du houblon qui contiennent de la lupine, et ont des propriétés calmantes. Ils peuvent lutter contre la dépression et les insomnies lorsqu’ils sont infusés et consommés 3 fois par jour.

C’est en septembre que l’on récolte les cônes de houblon avant leur ouverture. Ils nécessitent d’être séchés avant la consommation. Ensuite, le houblon peut être cuisiné comme un légume vert, sauté, bouilli…

© Houblon sauvage – Frédéric Tournay – Biosphoto

La mauve sylvestre (Malva sylvestris) tapisse les bords de chemins aux abords des forêts dès que l’été pointe son nez. Les fleurs de mauve se récoltent du début de l’été jusqu’à la fin de l’automne. La plante se consomme entièrement, des feuilles aux fruits que l’on nomme les fromageons et qui, lorsqu’ils sont encore verts, ont un goût très prononcé de noisette. La plante a de nombreuses propriétés, c’est une source conséquente de protéine et de fer mais elle à aussi des propriétés digestives.

Les fleurs peuvent se consommer d’une multitude de façons différentes : en tisane, en soupe, en salade…

© Mauve sylvestre – Frédéric Didillon – Biosphoto

Pour finir, le fenouil sauvage (Foeniculum vulgare) pullule dans nos campagnes dès le mois de mars, cependant ses fleurs sont récoltables jusqu’en septembre et la meilleure saison pour récolter les graines est l’automne, quand la plante commence tout juste à sécher. Pour la collecte de ces dernières, les tiges de fenouil doivent être suspendues la tête en bas au-dessus d’un papier pour qu’elles puissent tomber d’elles-mêmes.

Ces graines seront une épice très parfumée qui vous permettra de reveler vos plats grâce à sa saveur d’anis et de réglisse. Les tisanes de graines soulagent les maux de tête et de dents ainsi que l’asthme. 

© Fenouil sauvage – Christian Nitard – Biosphoto

Bien d’autres plantes sauvages sont comestibles, n’hésitez pas à découvrir les merveilles dont recèle la nature et particulièrement la forêt qui a beaucoup à nous offrir si nous prenons le temps de bien regarder !

Sources :

Livre : plantes sauvages comestibles de Nat Sinob

Ce que les plantes ont à nous dire – François Couplan

La forêt et le feu

Comme chaque année, l’été apporte son lot d’incendies et de feux de forêts. Partout sur le globe le feu détruit des centaines de millions d’hectares boisés par an.

En France, selon les chiffres de l’ONF, 9 feux sur 10 sont d’origine anthropique et concernent principalement les régions du pourtour méditerranéen et la Corse. Cependant l’organisme alerte sur l’exposition du reste de la France, y compris du nord, à des feux inhabituels du fait des conditions météorologiques en pleine modification à cause du réchauffement climatique.  

Selon l’European Forest Fire Information System, sur la période 1980-2018 ce sont plus de 4 663 feux en moyenne qui se sont déclenchés par an. 90% de ces derniers sont maîtrisés en moins d’une heure, et 5% de ceux qui se produisent dans des conditions extrêmes de sécheresse et de vent sont responsables de 70 à 90% des espaces boisés brûlés.

Les feux représentent en moyenne près de 30 000 hectares de forêts qui partent chaque année en fumée.

La forêt face aux flammes

La proportion la plus importante de ces événements correspond à des feux courants qui se contentent de brûler superficiellement les feuilles et les herbes au sol.

Ces feux courants peuvent être bien plus dommageables s’ils consument une surface importante de sous-bois en brûlant ainsi toute la matière organique qu’il contient. Ces derniers peuvent durer des jours et détruire intégralement le sol. Peu fréquent en méditerranée, ce type de feu est plus courant là où se trouvent de grandes quantités de matière organique comme dans les hêtraies ou les sols humides. 

Même s’ils peuvent faire des ravages dans les systèmes souterrains, ils n’atteignent généralement pas les cimes et se contentent de lécher de leurs flammes les bases des troncs.

Les feux de surface, eux, brûlent la strate supérieure de la litière : les herbes, les arbustes et arbrisseaux, ils peuvent consumer la garrigue et les landes. Les feux de surface se propagent grâce au vent et au rayonnement thermique (la chaleur qui émane des arbres peut entraîner l’augmentation de la température d’un combustible à distance).

Les feux de cimes quant à eux sont les plus destructeurs et les plus difficiles à contenir. Ils brûlent le houppier et les branches de l’arbre en formant une couronne de feu, ils se consument vite et se propagent à une vitesse record, accentuée par le vent. Ils brûlent tout sur leur passage, en particulier lors d’un grand incendie où l’onde de chaleur peut dépasser les 500 degrés.

Ces trois sortes de feux différents peuvent avoir lieu en même temps sur un même espace boisé.

Les feux ont toujours fait partie de l’histoire de nos forêts, et plus particulièrement de celles du bassin méditerranéen. Selon Météo France, les feux de forêts ont progressé de plus de 18% entre 1960 et 2008 sur le territoire métropolitain. Auparavant, la foudre était la cause première des incendies dans le pays ; actuellement, les activités humaines en sont la principale source. Par imprudence ou malveillance, les risques de départ de feux ont explosé durant le siècle passé. 

D’autant plus depuis que les effets du réchauffement climatique se font sentir sur les forêts françaises. La sécheresse fragilise les écosystèmes tout en augmentant fortement le risque d’embrasement de la forêt à la moindre étincelle.

© Paysage de forêt et maquis incendiés – Massif des Maures – Biosphoto

Les espèces pyrophytes 

Étonnamment, malgré les ravages que causent ces incendies, certaines espèces supportent bien le feu et savent même en tirer profit. Il s’agit des espèces pyrophytes.

Présentes dans les régions sèches, elles ont su s’adapter au passage du feu au cours des millénaires. Ces plantes ont développé des aptitudes pour résister aux flammes et certaines ont besoin du feu pour faire perdurer l’espèce.

Ainsi, le chêne-liège dispose d’une écorce très épaisse qui brûle uniquement en surface, libérant de cette manière ses bourgeons. Après un incendie ses branches pourront donc arborer un nouveau feuillage. De leur côté, les ifs et les arbousiers ont une très faible inflammabilité et résistent donc de manière remarquable au passage d’un feu.

Le pin d’Alep quant à lui est une espèce pyrophyte bien connue, particulièrement du fait de son comportement de sérotinie. En effet, comme d’autres espèces de conifères, le pin d’Alep libère ses graines uniquement si les cônes enduits de résine qui les renferment sont soumis à des feux brutaux. Cette espèce est cependant très inflammable, à cause de ses branches qui ne s’élaguent pas d’elles-mêmes, de la présence de cônes en nombre dans son houppier et des éléments chimiques qu’il dégage comme les terpènes. Les nouvelles graines qui tomberont en pluie durant la semaine suivant l’incendie remplaceront ainsi les anciens spécimens calcinés par l’incendie.

D’autres végétaux, sont dits « pyrophytes actifs » car ils favorisent les départs de feu afin de profiter de l’espace laissé par la concurrence (qu’ils colonisent bien plus facilement que les autres espèces). A l’instar de l’Eucalyptus, qui produit des vapeurs fortement inflammables en plus de favoriser la propagation de l’incendie avec son tapis de feuille ou encore l’huile contenue dans son tronc qui est un excellent combustible. 

Les plantes pyrophiles, elles, ont la capacité de se développer sur un sol tout juste incendié, La chaleur émise permet de lever la dormance de leurs bourgeons. Les cistes ou encore les Calistemon (rince-bouteille) sont de parfaits exemples de ce comportement : sans feux seulement 10% des graines des cistes vont germer contre 90% après un incendie.

Indirectement, certaines espèces vont profiter des feux de forêt pour s’octroyer une place dont elles ne bénéficiaient pas auparavant.

hêne liège après incendie – Massif de l’Estérel – Alain Le Toquin – Biosphoto

Les conséquences sur la planète

Les effets d’un incendie, qui peuvent être bénéfiques pour les écosystèmes, ne le sont qu’à condition que la forêt ait le temps de se régénérer entre chaque incendie. Ce processus de régénération, comme nous le verrons, dure des décennies. Auparavant, les fréquences des incendies étaient bien moindres en comparaison à celles que nous connaissons actuellement. Le réchauffement climatique cause des évènements météorologiques extrêmes qui fragilisent en profondeur les écosystèmes et modifient les équilibres existants. Les températures de plus en plus élevées assèchent la végétation qui s’embrase bien plus facilement ; les épisodes caniculaires créent les conditions idéales pour qu’un départ de feu entraîne la destruction de centaines d’hectares de forêt ; sans parler du cercle vicieux qu’engendrent ces espaces boisés qui partent en fumée. En brûlant, la forêt relâche tout le carbone qu’elle avait accumulé, transformant ce puits de carbone en une gigantesque masse de gaz à effets de serre qui contribuent à leur tour à alimenter le réchauffement planétaire. De plus, les feux étant de plus en plus rapprochés dans le temps, les espèces qui ont le temps d’y repousser ne sont pas celles qui absorbent le plus de CO2, ni celles qui résistent le mieux aux flammes. 

Selon Météo France, les feux de forêt devraient augmenter de 20 à 40% d’ici à 2100, tout en étant plus intenses et en concernant de nouvelles régions qui jusqu’ici étaient épargnées.

Les conséquences sur les écosystèmes et la biodiversité

Les feux de forêts sont dramatiques pour la vie forestière ; cependant leurs effets varient selon l’intensité de l’incendie. 

A chaque échelle, l’écosystème s’en trouve bouleversé même s’il s’agit d’un feu rapide qui n’a brûlé que la végétation de surface. Les arbres seront fragilisés de l’intérieur, deviendront des proies faciles pour les parasites et seront plus sujets aux aléas climatiques.

Concernant les feux de cimes, les dommages sont considérables : les bourgeons et le cambium (responsable de la formation du bois) ne résistent pas aux flammes et à l’intense chaleur dégagée par l’incendie. L’arbre succombe très rapidement.

Des invasions d’insectes et de champignons suivent généralement un incendie et contribuent à fragiliser d’autant plus l’écosystème.

Les arbres décimés créent des trouées dans le sous-bois qui s’en retrouve plus ensoleillé, entraînant ainsi un dessèchement de la végétation et l’apparition de graminées, bien plus inflammables, qui augmente la probabilité qu’un nouveau feu démarre.

© Incendie de forêt entre Cassis et La Ciotat – Alain Le Toquin – Biosphoto

Le type de forêt peut être totalement modifié après le passage d’un incendie qui a ravagé de grandes surfaces, comme par exemple dans les forêts méridionales où le chêne vert a fini par être supplanté par une pinède. Ces dernières se régénèrent en 15 ans après un incendie, bien plus rapidement que les chênes verts qui ont besoin de 25 à 50 ans. 

Les feux modifient également en profondeur la biomasse et le sol forestier. Le sol est lessivé, il s’érode, des coulées de boue ravinent la litière carbonisée. L’érosion peut charrier 1 000 à 2 000 tonnes de terre par km carré dans les mois qui suivent un incendie.

Le sol se meurt, il peut atteindre 70 degrés après le passage du feu et mettre des jours à retrouver une température viable pour commencer à être repeuplé et 5 à 10 ans à retrouver un certain équilibre.

Le sol se dessèche en profondeur, privé de ses composés gorgés d’eau, sa température augmente dans les 5 premiers centimètres de profondeur (les plus riches en biomasse et micro-organismes). Bien que recouvert de cendres facilement assimilables, le sol peine à recouvrer ses forces.

De plus, le feu a eu des effets dévastateurs sur la faune sauvage et particulièrement les invertébrés.

En effet, Bernard Fischesser dans son livre La vie en forêt note que « pour chaque hectare de forêt méditerranéenne brûlée par les flammes, seraient morts 300 oiseaux, 40 mammifères, une centaine de reptiles et de batraciens et des milliers d’insectes”. Bien que ce soit un bilan à nuancer car bien des animaux réussissent à fuir les incendies, cela représente tout de même des millions d’individus calcinés qui vont perturber profondément l’équilibre biologique des lieux. 

La faune et particulièrement les espèces cavicoles voient leurs habitats et abris détruits par les flammes : le bois mort a été consumé, les arbres vieillissants qui les accueillaient précédemment dans leurs creux et cavités sont partis en fumée…

Les oiseaux, reptiles et petits mammifères restants n’ont plus de quoi se nourrir, les arbres à fruits ne sont plus, les insectes ont été carbonisés et la grande faune fuit les lieux sinistrés.

Sans les décomposeurs, les pollinisateurs et autres organismes vitaux à la vie de la forêt, l’écosystème mettra d’autant plus de temps à récupérer et à revenir à ce qu’il a pu être avant le désastre.

La régénération de la forêt

Le feu ravage les forêts à une vitesse record, mais la forêt n’est pas en reste en ce qui concerne la régénération après le passage des flammes. Cette dernière dépend du climat et de l’écosystème forestier préexistant. 

Lors de la première année qui suit un incendie, les graminées, mousses et autres petites plantes refont surface pour coloniser les lieux désolés.

Le chêne kermès ou la bruyère, qui possèdent tous deux des souches souterraines, se développeront avec l’aide nouvelle de la lumière qui profite des trouées dans la canopée des arbres pour chauffer le sol.

Les plantes pyrophiles et pyrophytes prennent la place laissée libre dans la vie forestière à l’instar des champignons et autres plantes pionnières.

5 ans après l’incendie, les traces du passage du feu sont moindres, la forêt a laissé place à une variété de graminées, d’arbustes et de plantes dont près de 75% sont des espèces d’origine. Les rejets de souche et l’ensemencement peuvent aider à l’accélération de cette reconstruction.

15 ans après l’incendie, des conifères ont repoussé, particulièrement les pins qui ont une forte capacité de régénération après incendie. Les lichens reviennent peu à peu en nombre et en variété mais il faudra attendre près de 30 ans pour que l’espace reprenne une allure de forêt et entre 70 et 100 ans pour qu’une grande majorité des arbres atteignent une hauteur de 10 à 20 mètres de haut.

© Flore pionnière de mousses et de champignons sur un tronc brûlé – Jura – Michel Rauch – Biosphoto

Du côté de la faune, les coléoptères colonisent assez rapidement le bois brûlé pour s’y reproduire et se nourrir de cette source nouvelle. Grâce à leurs déjections, le sol se régénère bien plus rapidement. Les petits mammifères, tels que les souris et autres mulots, font leurs apparitions rapidement dans les deux années qui suivent l’incendie. Ils attendent pour cela le retour des populations d’insectes.

Les oiseaux peuvent mettre plus d’un quart de siècle à revenir peupler la forêt comme la microfaune du sol.

Petit à petit la nature reprend ses droits si aucun nouvel événement ne perturbe son cycle naturel.

Sources 

Livre : La vie en forêt de Bernard Fischesser

Face aux changements climatiques, la menace des feux de forêts de plus en plus forte – Oxfam France

Les incendies de forêt et la diversité biologique – FAO

Les plantes pyrophytes – Au Jardin

Conséquences des incendies de forêts – WSL

Les arbres en été, l’heure du farniente ?

 Les infos importantes

·        Les arbres préparent les bourgeons qui débourreront le printemps suivant : de vrais planificateurs !

·        Ils font le plein de sucres pour se développer et se chargent de faire mûrir leurs fruits pour en libérer les graines.

·        Les arbres activent leur production de bois pour former de nouveaux cernes et leurs branches prennent un tour de taille.

·        Ils commencent l’acclimatation à l’hiver en s’endurcissant grâce à la mise en dormance de leurs bourgeons nouvellement créés.

·        Les feuilles et leurs stomates essaient de réguler la température lors de sécheresse même si un des risques premiers lors de ces évènements est l’embolie gazeuse.

L’arbre saisonnier

Le printemps sonne le début de saison pour les arbres de nos forêts tempérées. Comme nous l’avons vu précédemment dans l’article sur le renouveau des arbres au printemps, c’est à cette saison que la forêt semble s’éveiller après des mois de dormance hivernale.

De nombreux phénomènes bouleversent les géants de la forêt, du débourrement des bourgeons à leur reproduction. Mais que se passe-t-il durant la période estivale, les arbres deviennent-ils oisifs, prennent-ils du bon temps au soleil ? Bien au contraire !

Les arbres sont réglés sur le cycle des 4 saisons, chaque année à la même période se reproduisent les mêmes phénomènes. L’été étant la période de l’année (et de loin !) la plus ensoleillée, les arbres font le plein de soleil et se livrent une guerre féroce entre eux pour y avoir accès et ainsi garantir leur survie. Grâce à cette ressource lumineuse, les arbres se développent et font des réserves de sucres (issus de la photosynthèse) dans leurs leur bois pour emmagasiner l’énergie dont ils n’ont pas besoin dans l’immédiat. Ils pourront s’en servir lors des moments difficiles de l’hiver.

La préparation des nouveaux bourgeons

Les arbres sont des as de la planification. Un an en avance, ils prévoient la préparation des bourgeons et pousses qui débourreront et verront le jour au printemps suivant.

C’est grâce au méristème que l’arbre crée ses bourgeons et donc grandit toute sa vie. Le méristème est en effet le tissu végétal de type embryonnaire essentiel à toutes les plantes pour leur développement (presque) infini. Il est chargé de la croissance en longueur des branches et des racines. 9 mois avant le printemps le méristème a déjà préformé le bourgeon grâce à la création de feuilles qui se transforment en écailles pour que le bourgeon survive à l’hiver.

Cependant certaines espèces d’arbres tel que le chêne, se développent en plusieurs vagues au cours de l’année. La première vague est celle du printemps, puis en juin, avec les premières chaleurs l’arbre débourre une seconde fois, comme s’il s’agissait d’un deuxième printemps et peut reproduire ce phénomène une nouvelle fois à la fin de l’été avant d’entrer dans sa phase de dormance.

La confection des fruits et graines

L’été est synonyme de sucres pour l’arbre. En effet, les fruits, les ovules fécondés de l’arbre, alimentent la graine en sucres tout au long de sa maturation.

Ils sont appelés organes-puits car ils se nourrissent des sucres de la sève produites par les organes-sources : les feuilles.

Les graines ont besoin d’une grande quantité de sucres issus de la photosynthèse pour se développer et devenir attrayantes pour les disséminateurs qui les consomment et les dispersent. C’est particulièrement le cas pour les fruits charnus qui ont besoin d’attirer les oiseaux et mammifères qui vont se charger de disséminer les graines. Pour cela, le fruit vert (plein de chlorophylle avec un faible taux de sucre) doit subir de multiples transformations pour devenir comestible et attrayant pour les animaux. Il fait appel pour cela à l’éthylène, une hormone végétale responsable des changements de texture, de couleur et de goût dans le processus de murissement des fruits. Plus le fruit prend de l’âge, plus la quantité d’éthylène augmente. L’éthylène étant volatile, elle se déplace au sein des fruits d’un même arbre pour synchroniser leur maturation. Lors de cette étape, les sucres s’accumulent dans le fruit qui créent des arômes et parfums attrayants signalant le fort taux de sucre et la présence de la graine arrivée à maturité. Ils se colorent pour être vus par les animaux qui s’en délectent.

Une fois les fruits arrivés à maturité, l’arbre stocke le reste de ses réserves carbonées à l’intérieur de son tronc dans le xylème. Cela lui permettra ainsi d’avoir assez d’énergie pour débourrer ses bourgeons déjà préformée au printemps. En effet, sans feuilles l’arbre n’a pas de ressource pour fabriquer des sucres grâce à la photosynthèse.

© Fauvette à tête noire et baies de sureau – Claude Balcaen – Biosphoto

Les branches prennent de l’épaisseur

Les branches cherchent année après année à s’élever un peu plus haut dans le ciel dans le but d’obtenir le plus de lumière possible. Ces dernières doivent également prendre un tour de taille plus important pour s’adapter au poids grandissant des feuilles et petites branches qui viennent s’ajouter chaque année. C’est le rôle du cambium, aussi appelé seconde écorce, qui renferme les cellules méristématiques secondaires responsables de la formation du bois dans l’arbre.

Pour les espèces d’arbres à zones poreuses, contenant des vaisseaux de gros diamètres où la sève circule vite comme le châtaignier ou le chêne par exemple (à l’inverse les espèces à pores diffus comme le hêtre, le bouleau ou encore le tilleul ont des vaisseaux d’un diamètre bien plus petit dans lesquels la sève circule bien moins rapidement), deux bois différents sont créés au cours de l’année : le bois de printemps et le bois d’été.

Le bois de printemps ou bois initial est composé de gros vaisseaux qui permettent un transfert important d’eau indispensable pour irriguer les extrémités de l’arbre. Au moment de l’été, le cambium se transforme pour ne plus fabriquer que de petits vaisseaux bien plus dense et plus rigide que l’on appelle le bois d’été ou bois final. C’est à cause de la réduction (dû aux conditions météos) de la quantité d’eau dans le sol que le cambium change sa configuration et produit un bois bien différent. Ces différences de densité sont observables sur les cernes d’un chêne.

La fin de l’été sonne l’arrêt de la production de bois pour se consacrer uniquement à la confection des bourgeons et des réserves pour l’hiver.

© Cernes de chêne alternance bois de printemps et d’été – H.Curtis – Biosphoto

L’endurcissement et l’aoûtement

L’arbre prévoit bien à l’avance les adaptations nécessaires à la rudesse du futur l’hiver. C’est un être poïkilotherme, dit à sang froid : sa température interne varie avec celle de son milieu, il craint donc tout particulièrement le gel.

Chaque année, il doit repasser par les mêmes étapes entre la fin de l’été et le mois d’octobre afin de s’endurcir. Ce procédé d’acclimatation s’appelle l’aoûtement.

Durant deux mois, à partir de juillet, l’arbre occupe la majeure partie de son temps à anticiper la saison froide. Il commence cette préparation par la mise en dormance des bourgeons confectionnés en juillet. On appelle cette dormance une endodormance car rien ne pourra réveiller les bourgeons avant leur terme, même des températures estivales à l’automne. Les bourgeons sont ainsi protégés grâce à une barrière installée entre le méristème du bourgeon (tissu végétal de type embryonnaire essentiel à toutes les plantes pour leur croissance) et le reste de l’arbre.

Ensuite, l’arbre cesse les échanges nutritifs au sein de ses cellules afin de ralentir son métabolisme en coupant les voies de communication.

A l’automne, cet endurcissement continue afin que l’arbre soit paré au début de l’hiver à toutes les éventualités.

Le rôle des feuilles

Comme nous l’avons vu précédemment, les feuilles sont les organes-sources de l’arbre, elles apparaissent au printemps pour les feuillus. Grâce à elles, l’arbre puise son énergie pour s’élancer toujours plus haut dans le ciel. Les feuilles abreuvent l’arbre en sucre mais elles lui servent également de poumons. Les feuilles servent aussi en été de système de refroidissement grâce à l’eau qui s’en évapore lorsqu’elles chauffent au soleil. Les feuilles sont constituées d’une multitude de stomates, situés sur leur face intérieure, par lesquels s’effectuent les échanges gazeux de la plante, de sa respiration à la photosynthèse. L’été, comme nous allons le voir, les stomates jouent un rôle fondamental pour la survie de l’arbre lors de fortes chaleurs.

Sécheresse

Les sécheresses sont caractérisées par un manque d’eau sur une longue durée qui laissent des marques sur la faune, la flore et les écosystèmes. Ces sécheresses peuvent être causées par différents facteurs comme de faibles précipitations, un manque d’eau dans les sols et les nappes phréatiques, et sont de plus en plus fréquentes avec le changement climatique.

L’eau structure toute la vie de l’arbre, de sa croissance à la montée de sève, en passant par la fabrication de la matière organique. La sécheresse perturbe donc complètement la préparation de l’arbre à l’hiver, il ne peut plus faire ses réserves pour cette saison froide faute de ressources nécessaires. Lors d’une sécheresse, il se retrouve en déficit hydrique car il perd bien plus d’eau en se refroidissant avec les feuilles qu’il n’en pompe par ses racines. Les cellules se déshydratent donc et perdent ainsi leur pression interne, c’est alors que l’arbre ferme ses stomates.

Même si cette technique est efficace pour stopper le déficit hydrique, elle a de fortes répercussions sur la vie de l’arbre empêchant de faire entrer du CO2 et de l’oxygène tout en l’empêchant de se refroidir à travers ses feuilles. L’arbre peut donc réagir d’une autre manière en ouvrant ses stomates tout en s’adaptant le plus possible à la déshydratation en augmentant l’entrée d’eau par ses racines, on appelle cela l’ajustement osmotique.

Un des risques directs lié à la sécheresse pour l’arbre (outre le stress hydrique qui attire bon nombre de ravageurs) est l’embolie gazeuse. Quand le sol est très sec, la tension augmente dans le bois car l’arbre a besoin d’évacuer une grande quantité d’eau, ce qui crée alors un fort risque de cavitation. La cavitation est l’entrée d’air dans les vaisseaux où circulent l’eau. C’est alors l’embolie gazeuse, si de nombreux vaisseaux sont concernés en même temps cela entraîne la mort de l’arbre. L’embolie gazeuse est une des causes principales de mortalité lors de sécheresse.

© Embolie gazeuse chez un hêtre – Yann Avril – Biosphoto

L’été n’est donc pas une saison de tout repos pour l’arbre d’autant plus que les changements climatiques qui modifient son environnement ne vont cesser de le soumettre à des conditions de plus en plus difficilement viables.

Nous verrons le mois prochain l’impact ancestral des feux de forêts sur le développement des arbres et les nouveaux risques liés à leur multiplication.

Sources

Les arbres en été – Extrait du Livre de Catherine Lenne – Dans la peau d’un arbre

The forest academy – cycle de vie arbre

ONF – Influence de l’été sur l’arbre

INRAE – Arbres, forêts, sécheresse