Le changement climatique : ennemi des forêts

Les forêts participent à la protection de la biodiversité, à la protection contre l’érosion des sols, ainsi qu’à la stabilisation du climat en régulant le cycle du carbone et celui de l’eau. Mais les forêts reposent également elles-mêmes sur le climat, paramètre majeur de leur fonctionnement. Comme leurs noms l’indiquent si bien, les forêts tempérées ont besoin d’un climat tempéré, les forêts méditerranéennes ont besoin d’un climat méditerranéen, et les forêts tropicales ont besoin d’un climat tropical. Des changements dans ces divers climats ont ainsi un effet direct sur ces écosystèmes.

À travers les siècles, les forêts ont toujours été confrontées à des pressions, mais de par leurs capacités naturelles d’adaptation, elles ont toujours su faire face. Malheureusement aujourd’hui, l’augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces pressions à cause du changement climatique représentent un problème de taille pour l’adaptation des forêts (seuils de tolérance atteints, vitesse de l’évolution trop lente). La hausse des températures, la perturbation des précipitations, l’augmentation des incendies et les espèces exotiques envahissantes (EEE) mettent en péril l’équilibre des écosystèmes forestiers. Certaines de ces pressions ont une durée limitée, comme les incendies, tandis que d’autres se produisent sur de très longues durées, comme les EEE. 

Face au changement climatique, les capacités d’adaptation des forêts restent mal comprises, dépendant d’une part de la diversité des espèces et des ressources génétiques, et, d’autre part, de l’intensité et des fréquences des pressions, sans compter la région géographique. Aujourd’hui, les conséquences du changement climatique sur les forêts sont déjà observables et la santé des forêts se dégrade chaque jour à travers le monde.

Sécheresses et stress hydriques

Les arbres, habitués aux climats de leur forêt, se retrouvent aujourd’hui à perdre leur équilibre face à la hausse des températures. Les périodes de sécheresse s’intensifient et s’allongent, représentant un stress important pour les arbres et l’état sanitaire des forêts. 

En effet, le taux d’humidité dans l’atmosphère a un impact fort sur les forêts : lorsqu’il baisse, la transpiration des arbres s’élève, entraînant une demande en eau plus forte. Si le réservoir en eau du sol n’est plus rempli qu’à 40 % ou moins, les arbres souffrent d’un manque d’eau, pouvant provoquer un stress hydrique. Le stress hydrique se manifeste lorsqu’il y a un déséquilibre entre les ressources en eau disponibles et la quantité d’eau demandée, créant ainsi une situation critique.

Des bulles d’air peuvent également se former dans les vaisseaux de l’arbre et empêcher la conduction de l’eau, générant une embolie, appelée cavitation. Certaines espèces y sont très sensibles, comme les saules, et souffrent donc fortement des stress hydriques. De plus, les stress hydriques empêchent les arbres de réaliser leur photosynthèse correctement, ayant pour conséquence une sous-production de carbone.

Le Calavon à sec, Luberon, Vaucluse, France © David Tatin / Biosphoto

Incendies

Les sécheresses et les stress hydriques causés par le changement climatique mettent également en péril les arbres et leurs forêts face aux incendies. Effectivement, leur vulnérabilité aux incendies augmente considérablement lors des périodes de sécheresse. La superficie des forêts susceptibles d’être incendiées grandit, prolongeant ainsi la durée des incendies et augmentant leur intensité. Malheureusement, quand les forêts brulent, de nombreuses émissions de CO2 sont relâchées dans l’atmosphère, contribuant à l’effet de serre et ainsi favorisant le réchauffement climatique. Ce phénomène, appelé la « boucle de rétroaction climatique », amplifie donc le changement climatique. 

Afin de contrer les feux de forêts, une technique qui a été originellement développée dans le sud de l’Europe consiste à pratiquer ce qui s’appelle le « brûlage dirigé ». Le décret du 29 avril 2002 (article R. 321-33 du code forestier), définit le brûlage dirigé par la « destruction par le feu des herbes, broussailles, litières, rémanents de coupe, branchage, bois morts, sujets d’essence forestière ou autres, lorsqu’ils présentent de façon durable un caractère dominé et dépérissant, dont le maintien est de nature à favoriser la propagation des incendies ». Il est important de noter que cette technique doit être conduite de façon « planifiée et contrôlée, par un chef de chantier qualifié, sur un périmètre prédéfini, avec obligation de mise en sécurité vis-à-vis des personnes et des biens, des peuplements forestiers et des terrains limitrophes et dans le souci de préserver la qualité de l’environnement, conformément aux dispositions d’un cahier des charges spécifique. »

Cette approche réfléchie et contrôlée a montré son efficacité dans la réduction des risques d’incendie tout en préservant la biodiversité forestière, ce qui en fait un outil essentiel dans la lutte contre les feux de forêt. Cette technique est donc actuellement en train de se développer à travers toute l’Europe. 

Incendie de forêt Lozère, France, été 2003 © Michel Gunther / Biosphoto

Espèces exotiques envahissantes et changement climatique

Des animaux et des plantes venus du monde entier ont progressivement gagné du terrain à travers la France, majoritairement à cause du commerce international, au point de perturber la biodiversité locale. Ces animaux et plantes sont appelés « espèces exotiques envahissantes » (EEE). Le terme exotique est utilisé afin de souligner la caractéristique non-autochtone de ces espèces et envahissante pour leur capacité à proliférer en raison de l’absence de leurs prédateurs naturels. De par leur exotisme et leur capacité envahissante, les EEE représentent une menace pour la biodiversité car elles rentrent en compétition ou en prédation avec les espèces indigènes présentes sur le territoire. 

Malheureusement, les conséquences environnementales du changement climatique et des EEE sont liées et cumulatives, accentuant leurs effets sur la biodiversité. En effet, le changement climatique favorise la progression des EEE et leur permet de trouver de nouveaux territoires propices à leur installation. La modification des conditions biotiques et abiotiques causée par le changement climatique permet aux EEE de franchir des barrières qu’elles ne pouvaient pas avant. Plus les conditions du nouvel environnement où les EEE vont se rapprochent de celles de leur milieu d’origine, plus les EEE ont la capacité de survivre et de s’installer dans ce nouvel environnement. 

Actuellement, les EEE sont reconnues comme la troisième cause de l’érosion de la biodiversité mondiale. Selon les dernières estimations de la Liste rouge de l’UICN, elles représentent un danger pour environ 30% des espèces terrestres menacées et sont impliquées dans 50% des extinctions d’espèces que l’on connait. Les EEE représentent la première menace des forêts européennes, impactant jusqu’à 42% des essences d’arbres présentes en Europe.

Les invasions sont nombreuses en France métropolitaine : Ragondin, Ecrevisse de Louisiane, Grenouille taureau, Ambroisie, jussies, etc. Les départements et régions d’outre-mer et collectivités d’outre-mer sont particulièrement concernés, en raison de leurs taux d’endémisme élevés. À Tahiti par exemple, environ 45 espèces de plantes endémiques sont menacées d’extinction à cause d’une EEE : l’arbre Miconia. À la Réunion ou dans les îles du Pacifique, c’est le Rat noir qui représente une véritable menace pour plusieurs oiseaux endémiques. 

Capture d’un rat noir dans le reliquat de forêt sèche du Ouentoro, Nouméa © Thibaut Vergoz / Biosphoto

Les pressions, telles que la sécheresse ou le stress hydrique, qui s’exercent sur la biodiversité à cause du changement climatique peuvent également affaiblir la résilience des communautés endémiques et la résistance des écosystèmes, les rendant plus vulnérables aux invasions biologiques. L’écosystème forestier français connaît par exemple de nombreuses victimes : marronniers, ormes et sorbiers sont attaqués par des EEE. 

De nombreuses mesures sont mises en place afin de prévenir leur introduction sur le territoire, les contrôler et gérer celles qui sont déjà présentes ainsi que minimiser leurs impacts. Malheureusement, de nouvelles EEE peuvent apparaître et les populations existantes peuvent évoluer. Ainsi, une gestion à long terme est essentielle pour protéger nos écosystèmes.

Comment les forêts pourraient évoluer dans 30 ans ? 

Si le changement climatique continue sur cette voie, les forêts françaises pourraient fortement changer :

  • Le chêne vert, aujourd’hui présent majoritairement dans le bassin méditerranéen pourrait s’étendre en Aquitaine et dans l’Ouest, là où les climats seront plus doux
  • Le sapin et l’épicéa monteraient en altitude afin de trouver un climat qui leur conviendra
  • Le hêtre disparaîtrait de 2/3 de la surface forestière où il est présent aujourd’hui pour se replier dans les massifs et le Nord-Est de la France
  • Les forêts subalpines reculeraient fortement en Polynésie Française, et les forêts sèches ou semi-sèches augmenteraient
  • Les forêts humides à Mayotte pourraient disparaître
  • Les forêts de montagne aux Antilles pourraient disparaître tandis que les forêts sèches augmenteraient
  • Des forêts semi-arides (comme des savanes) pourraient apparaître en Amazonie à cause du stress hydrique

Impact du changement climatique

Ces pressions engendrées par le changement climatique interagissent entre elles, augmentant l’impact sur les écosystèmes, dont les forêts. La biodiversité est en danger et les services écosystémiques sont compromis. Il est crucial de comprendre ce phénomène dans toute sa complexité pour élaborer des stratégies de conservation efficaces. La préservation des forêts ne se limite pas uniquement à la lutte contre les incendies ou la gestion des EEE, mais elle exige également une action coordonnée, à l’échelle mondiale, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique.

Il est impératif de promouvoir une gestion forestière durable et de favoriser l’adaptation des écosystèmes forestiers aux conditions changeantes, tout en réduisant nos émissions. En outre, il est essentiel d’éduquer et de sensibiliser le public sur les enjeux liés au changement climatique et à la préservation des forêts.

En fin de compte, la lutte contre le changement climatique et la protection des forêts sont étroitement liées, et leur réussite dépend de notre engagement collectif pour une planète plus durable. À travers l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts, un programme national de sciences participatives ouvert à tous et en partenariat avec l’Inventaire National du Patrimoine Naturel, vous pouvez participer à recenser la présence de diverses espèces dans les forêts de France métropolitaine ! Ainsi vous aiderez à mieux connaître et protéger nos forêts. Pour en savoir plus, découvrez comment participer à l’observatoire.

Sources : 

Arte Regards (2022) Sécheresse, la lente agonie de la forêt. Consulté le 16 mai 2023, sur : http://youtube.com/

Arte Regards (2023) Protéger la forêt, sauver le climat. Consulté le 16 mai 2023, sur : http://youtube.com/

France Nature Environnement – Les forêts françaises : atouts, défis et bonnes pratiques. Consulté le 11 octobre 2023, sur : fne.asso.fr/dossiers/

IUCN – Forests and climate change. Consulté le 12 octobre 2023, sur : www.iucn.org/resources/issues

Légifrance – Article R*321-33. Code forestier. Consulté le 24 octobre 2023, sur : http://www.legifrance.gouv.fr/codes/article

MNHN (2020) Espèce envahissante et changement climatique. Consulté le 19 octobre 2023, sur : www.mnhn.fr/fr/alerte-presse

Rivers, M.C., Beech, E., Bazos, I., Bogunić, F., Buira, A., Caković, D., Carapeto, A., Carta, A., Cornier, B., Fenu, G., Fernandes, F., Fraga, P., Garcia Murillo, P.J., Lepší, M., Matevski, V., Medina, F.M., Menezes de Sequeira, M., Meyer, N., Mikoláš, V., Montagnani, C., Monteiro-Henriques, T., Naranjo Suárez, J., Orsenigo, S., Petrova, A., Reyes-Betancort, J.A., Rich, T., Salvesen, P.H., Santana López, I., Scholz, S., Sennikov, A., Shuka, L., Silva, L.F., Thomas, P., Troia, A., Villar, J.L. and Allen, D.J. (2019) European Red List of Trees. Cambridge, UK and Brussels, Belgium: IUCN. viii + 60pp.Consulté le 26 octobre 2023, sur : https://portals.iucn.org/library/sites/library/files/documents/RL-4-026-En.pdf

UICN (2016) Espèces exotiques envahissantes. Consulté le 19 octobre 2023, sur : https://uicn.fr/especes-exotiques-envahissantes/

UICN Comité français et OFB (2022). Espèces exotiques envahissantes et changements climatiques : quels impacts et conséquences pour la gestion ? Eclairage scientifique. Centre de ressources espèces exotiques envahissantes et Réseau espèces exotiques envahissantes outre-mer. France. Consulté le 19 octobre 2023, sur : http://especes-exotiques-envahissantes.fr/

United States Environmental Protection Agency – Climate change impacts on Forests. Consulté le 12 octobre 2023, sur : www.epa.gov/climateimpacts/