Le renouveau des arbres au printemps

Dès le mois d’avril, la forêt reprend ses allures verdoyantes caractéristiques de la belle saison. Les arbres feuillus sortent de leur dormance et déploient leurs feuilles : c’est l’éveil de la forêt. Au cours de vos balades, vous avez sûrement déjà remarqué comme les arbres, qui avaient l’air de s’être endormis depuis l’automne précédent, s’éveillent et s’épanouissent dès l’arrivée de la douceur printanière.

De nombreux phénomènes se produisent pour les arbres, dès le début des beaux jours : les bourgeons pointent le bout de leur nez, la germination des graines tombées des arbres l’année précédente se met en route, et les fleurs se préparent à s’ouvrir au monde. Dès la fin de l’hiver, les arbres sortent de leur état de “dormance” (voir notre article sur l’activité des arbres en hiver) grâce à des températures plus clémentes et une luminosité plus intense. L’arbre a néanmoins besoin du froid durant sa période de dormance pour que ses bourgeons puissent éclore au printemps, le débourrement ne se produira pas si l’hiver a été trop doux.

© Forêt riveraine au printemps – Breuer Wildlife

La montée de sève

Le débourrement des bourgeons est un phénomène de ramification de l’arbre. Ce dernier produit de nouvelles pousses qui prolongent les branches de l’arbre et activent la naissance des nouvelles feuilles. Ce processus est provoqué par l’afflux de sève brute. Cette sève provenant des racines est composée en grande partie d’eau et de sels minéraux. Pour faire remonter cette sève jusqu’à leurs bourgeons, les végétaux utilisent le xylème. Ce tissu, correspondant aux vaisseaux du bois, transporte verticalement la sève brute des racines jusqu’aux branches de l’arbre. Grâce à une forte différence de pression entre le sol extérieur et ce tissu xylémique, le phénomène de pression racinaire “propulse” la sève dans l’arbre par capillarité.

© Débourrement d’un bourgeon de chêne – Philippe Giraud

Pour débourrer les dernières feuilles, l’arbre utilise l’évapotranspiration. Il s’agit d’une sorte de système de pompe hydraulique qui aspire la sève vers le haut de l’arbre grâce à la dépression causée par l’évaporation de l’eau au niveau des feuilles de l’arbre. Grâce à ce phénomène, les grands arbres peuvent acheminer l’eau à plus d’une centaine de mètres.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le débourrement des bourgeons au printemps, nous vous invitons à consulter notre article sur ce sujet.

La reproduction des arbres

La reproduction des arbres se distingue en deux catégories : celle des arbres produisant des graines (et donc des fleurs) et celle des arbres dont l’ovule est à nu, porté par des cônes (principalement des conifères). Concernant les arbres à fleurs, le pistil se transforme en fruit qui contient les graines. Pour que le fruit puisse se former, le pistil doit être fécondé par des grains de pollen. Ces derniers peuvent être transportés d’une fleur à l’autre par le vent ou par des pollinisateurs notamment. Ces modalités de pollinisation sont variables selon les espèces. C’est généralement vers la fin de l’été que les graines sont libérées et dispersées. Elles passent la saison hivernale sous cette forme et résistent au froid et à l’humidité grâce à leur forte déshydratation qui leur permettent de vivre au ralenti.

Voilà un exemple de reproduction pour deux espèces communes de nos forêts françaises : les hêtres et les chênes. Ce sont les chatons (fleurs des mâles) qui renferment le pollen. Les fleurs femelles ressemblent à de très petits glands pour les chênes et se trouvent dans des sortes de bogues pour les hêtres. Une fois libéré, le pollen acheminé par le vent rejoint les fleurs femelles qui deviendront des glands ou des faines.

© Chaton de chêne pubescent – Philippe Giraud

Dès que les chatons ont accompli leur rôle et libéré leur pollen, ils tombent et alimentent l’humus au pied de l’arbre. Une fois que les glands et faînes sont mûrs, ils tombent également au sol et servent de garde-manger pour la petite faune. Le peu de survivants donneront de nouveaux spécimens.

La germination des graines

Les graines sont déjà disséminées en automne mais nécessitent une période de froid pour entamer leur germination au printemps. La proportion des graines qui arrivent à germer est basse : 60 à 80% des glands d’un chêne n’atteindront pas le stade de la germination. Des conditions doivent être réunies pour que cette germination soit optimale et finisse par donner un nouvel arbre. La graine doit avoir suffisamment d’oxygène, de chaleur et d’humidité pour se développer. Avec l’arrivée du printemps et des températures de plus en plus favorables, la graine gonfle, une racine minuscule se développe et se fige dans le sol, une tigelle pousse vers le ciel et les premières feuilles apparaissent.

© Germination faine de hêtre – Denis Bringard

Le soleil conditionne le développement de la jeune pousse : elle vivait jusque-là sur ses réserves mais doit dorénavant se faire sa place pour capter les rayons du soleil nécessaires à son développement. Les arbres nécessiteront de nombreuses années de croissance avant de pouvoir à leur tour se reproduire. Il faudra 40 ans pour que le hêtre donne ses premières fleurs et cela ne se produira que tous les 5 à 10 ans.

Retrouvez les portraits du hêtre, du saule, du chêne et bien d’autres encore dans les missions d’apprentissage de l’Observatoire de la Biodiversité de la Forêt !

Sources

Futura-Sciences – Bourgeons au printemps

Ecotree Green – Les arbres au printemps

Au jardin – Comment la sève monte dans les plantes

Fondation Lamap – Biologie végétale : fonctions de reproduction

Office National des Forêts – Influence du printemps sur l’arbre

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Les cévennes citoyennes

Les parcs nationaux ont été pensés pour protéger la biodiversité du territoire et permettre d’accroître les connaissances scientifiques de la faune et de la flore française. Le premier parc voit le jour en 1963 en Savoie ; il s’agit de celui de la Vanoise. De nos jours, il en existe 11 répartis dans toute la métropole et les départements d’outre-mer, représentant 8% du territoire.

Nous nous intéresserons aujourd’hui au parc national des Cévennes qui a vu le jour en 1970. Il se situe au sud du Massif central, en moyenne montagne, sur une surface de plus de 2 700 km² (cœur du parc). Le parc national des Cévennes se décompose en 5 massifs : le Mont Aigoual recouvert à plus de 70% de forêt, le plateau calcaire du Causse Méjean, les vallées et le Piémont cévenols (milieux les plus anthropisés) et le dernier et non des moindres, le Mont Lozère, point culminant du parc. Nous vous faisons découvrir aujourd’hui cette enclave de biodiversité, classée au patrimoine mondial de l’Unesco en tant que réserve de biosphère depuis 1985.

L’Observatoire des Forêts compte sur vous pour partir à la recherche des espèces du parc !

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© Le Causse de la Cham des Bondons – Jean-Philippe Delobelle

Milieux naturels et biodiversité du parc

Le parc national des Cévennes est riche de plus de 168 milieux naturels différents. Partez à la découverte des forêts de feuillus et de résineux, observez les torrents emportant des éboulis rocheux sur leur passage, n’oubliez pas de visiter la multitude de réseaux souterrains et laissez-vous surprendre par les quelques 1 000 tourbières du parc qui jouent un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes. Le parc est situé en moyenne montagne avec des variations d’altitude allant de 117 m à Anduze jusqu’à 1 699 m pour le mont Lozère. Avant de devenir un parc national, la région du massif central sud était essentiellement composée de pâturages et de roches, la faute à une surexploitation des ressources.

Des millions d’arbres ont été plantés afin de pallier le manque de biodiversité ainsi que l’appauvrissement des sols. 21% des forêts du parc sont considérées comme “forêt ancienne” (présente depuis au moins 150 ans). Sur le plateau du Causse Méjean, situé à l’ouest du parc, il existe près de 630 grottes et cavités, certaines sont accessibles au public, d’autres nécessitent des qualités de spéléologie pour les découvrir.

L’eau est un élément incontournable du parc ; plus de 2 000 zones humides ont été recensées. Ces milieux sont précieux pour notre planète : ce sont des refuges de matières organiques, ils représentent 0,5% des terres mais contiennent 30% des matières organiques. Ils stockent également une grande quantité de carbone et alimentent les nappes phréatiques et donc contribuent à la réduction des sécheresses (courantes dans la région). Additionnés au 1 000 km de cours d’eau qui sillonnent la réserve, on peut dire qu’il y a de bonnes chances que le parc fasse de vieux os !

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© Cascades des runes – Michel Cavalier

Grâce à cette grande diversité, de nombreuses espèces peuplent les contrées cévenoles. Le parc compte près de 45% des vertébrés de France mais aussi de nombreux oiseaux nicheurs et plus de 2 000 espèces d’invertébrés. Ces derniers représentent près de 85% de la faune du parc ! Selon l’UICN, 42 espèces du parc sont considérées comme menacées et font l’objet d’une attention toute particulière. Le parc a réalisé de nombreuses actions de réintroductions d’espèces depuis sa création. Le vautour moine (Aegypius monachus) et le vautour fauve (Gyps fulvus) ont pu à nouveau survoler les Cévennes à l’instar du cerf élaphe (Cervus elaphus) et de la loutre d’Europe (Lutra lutra) même si eux, ne volent pas !

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© Vautours fauves au Causse Méjean – Dominique Delfino

Le parc abrite de nombreuses espèces de papillons, preuve de sa biodiversité variée. Parmi lesquelles l’Apollon (Parnassius apollo), un papillon présent sur la liste rouge de l’UICN. Il y est fréquemment observé, bien que le réchauffement climatique menace sa fragile population. C’est généralement une espèce emblématique du climat montagnard et dépendante de l’orpin blanc (Sedum album) nécessaire au développement des chenilles.

Le petit Paon de nuit (Saturnia pavonia) a quant à lui été vu à de rares occasions dans les hauteurs du parc. Cependant en journée, vous ne pourrez croiser que le mâle, qui est capable de percevoir les phéromones de sa dulcinée à des kilomètres ; la femelle quant à elle est toujours nocturne !

Avec un peu de chance vous aurez également l’occasion d’observer les couleurs chatoyantes du Pacha à deux queues (Charaxes jasius), en effet il apprécie particulièrement la garrigue dont le parc est couvert. C’est une espèce friande de fruits bien mûrs et fermentés !

Les portraits de ces trois espèces sont à retrouver dans le Guide de terrain des papillons des jardins, des prairies et des champs.

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© Pacha à deux queues (Charaxes jasius) – Michel Rauch

La variété du paysage ainsi que les variations climatiques favorisent également l’implantation d’une importante diversité de végétaux. Ce sont plus de 11 000 espèces qui sont recensées à ce jour dans le parc (fougères, mousses, lichens, champignons…).

Vous trouverez sur l’Atlas de la faune et la flore du parc national des Cévennes les dernières observations naturalistes qui ont été réalisées ainsi qu’un inventaire des espèces du territoire.

Les visiteurs du parc à la rescousse avec le micro-projet Pl@ntNet Cévennes

Le parc national des Cévennes a pour but d’inclure les citoyens dans la démarche d’identification de la flore locale et dans le recensement d’espèces sur le territoire. La Société Botanique d’Occitanie a donc développé une plateforme scientifique citoyenne, en partenariat avec l’application Pl@ntNet, pour permettre aux visiteurs du parc national des Cévennes d’identifier grâce à leurs téléphones et à l’intelligence artificielle de l’application les végétaux du parc. En effet, le parc ne bénéficie pas suffisamment de personnes qualifiées pour développer la connaissance de sa flore. Il est par ailleurs compliqué pour des citoyens non-naturalistes d’identifier correctement une plante sans aide externe.

La plateforme Pl@ntNet choisie pour relever ce défi existe depuis une dizaine d’années et permet d’identifier automatiquement à l’aide de photos une espèce végétale. Pour le micro-projet Pl@ntNet Cévennes, une plateforme dédiée a été créée avec une liste complète des noms d’espèces de plantes terrestres de la région cévenole (près de 2 400). L’application permet à l’aide d’une photo d’identifier la plante, d’avoir accès à son statut de conservation, à des fiches descriptives et aux usages de l’espèce.

Depuis le lancement de l’application en juin 2020, plus de 135 000 requêtes d’identification ont été recensées. Les contributeurs ont observé près de ⅔ des espèces présentes sur la plateforme et leurs travaux permettent aux gestionnaires du parc d’avoir des données sur sa flore en temps réel. L’initiative n’étant qu’à ses débuts, les requêtes vont également contribuer à soutenir les actions de gestion du parc. Le parc national des Cévennes est un des pionniers dans ce genre d’expérimentation et sera, certainement rejoint par nombre d’autres parcs ou réserves. Vous pouvez retrouver ici la liste des espèces de l’initiative citoyenne.

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© Flore sauvage parc national des Cévennes – Régis Domergue

Partez à la découverte de la flore cévenole, de ses papillons d’altitude sans oublier les 42 espèces de l’Observatoire des forêts (lien) !Et comme l’a dit Robert Louis Stevenson en 1895 lors d’un séjour dans les Cévennes : “Ici nous touchons à l’un des hauts lieux de l’humanité” !

Sources :

Parc national des Cévennes

Parc national des Cévennes – Biodiversité

Contribution citoyenne au suivi de la flore du parc national des Cévennes – SBOCC

Allumez le feu avec l’Amadouvier

Ni animaux, ni végétaux, les champignons forment un règne à part appelé la « fonge » (Fungi). D’une grande diversité, il existe près de 9 600 espèces de champignons à chapeau et plus de 3 000 lichens rien qu’en France métropolitaine (100 chiffres expliqués sur les espèces – INPN, 2020). Capables de coloniser n’importe quel milieu, les champignons poussent dans tous types de forêts tant que les conditions environnementales le leur permettent.

Bien particuliers, ils sont à la fois visibles et invisibles : même si vous ne les voyez pas, ils sont bel et bien présents ! En effet, ils sont constitués d’un vaste réseau de filaments appelé mycélium, présent sous terre ou dans les arbres, qui représente 99% de leur poids. Et lorsque les conditions de température et d’humidité sont favorables, il y a fructification : deux de ces mycélium dits primaires fusionnent pour donner un mycélium secondaire en surface, qu’on appelle carpophore (ou sporophore). C’est l’appareil reproducteur, qui n’équivaut qu’à 1% du poids du champignon dans son ensemble ! Il correspond au champignon visible, celui du langage courant, avec un chapeau et parfois un pied.

Le « champignon » auquel on s’intéresse aujourd’hui est l’Amadouvier (Fomes fomentarius). C’est un basidiomycète, de la classe Agaricomycetes et de la famille des Polyporacées. Dépourvu de pied, ce champignon pousse en forme de sabot de cheval (ou de console) sur le tronc des arbres.

© Amadouvier (Fomes fomentarius) – Visions Pictures

Pouvant atteindre jusqu’à 50cm de diamètre, son chapeau massif arbore une teinte brun foncé quand il est jeune, qui vire par la suite au brun pâle voire grisâtre. Il est bossu au sommet et gravé de sillons concentriques formant des bourrelets jusqu’à la marge qui délimite le bourrelet inférieur (le plus jeune). Cette dernière est irrégulière et de couleur claire. L’hyménium, la partie fertile du carpophore, se trouve sur la face inférieure de l’Amadouvier. Il est constitué de tubes longs et stratifiés, de couleur ocre à brunâtre, qui débouchent sur des pores de toute petite taille, gris à brunâtre. Les organes de dissémination, appelés spores, s’en échappent et se répandent avec le vent, jusqu’à finir sur un support où un nouveau mycélium primaire pourra se développer.

On trouve l’Amadouvier sur les hêtres principalement, mais aussi sur d’autres feuillus comme les peupliers et les platanes, et exceptionnellement sur des résineux. Il s’installe sur son hôte vivant à l’occasion d’une blessure et le parasite jusqu’à sa mort. Arrivé à ce stade, le champignon se maintient sur son arbre et devient saprophyte, c’est-à-dire qu’il se nourrit du bois en décomposition. Ainsi, il peut vivre plusieurs années sur son hôte : c’est une espèce pérenne.

© Amadouviers (Fomes fomentarius) – Cyril Ruoso

Un champignon aux utilités diverses

Pour les gourmands, l’Amadouvier n’est malheureusement pas un champignon que l’on mange : non pas qu’il soit toxique, mais sa chair coriace lui enlève tout intérêt culinaire.

On peut noter cependant son utilité toute autre pour la préparation de l’amadou. Très inflammable, la chair de l’Amadouvier a été utilisée dès la Préhistoire comme combustible : il suffit d’une étincelle pour qu’elle prenne feu. Cette propriété lui a valu le nom de « polypore allume-feu ».

L’Amadouvier a également servi en médecine pour ses vertus cicatrisantes et hémostatiques : ainsi, il faisait office de pansement pour les blessures légères.

Risque de confusion avec le Polypore marginé

Attention à la confusion avec le Polypore marginé (Fomitopsis pinicola) ! Ce champignon basidiomycète appartient lui aussi à la classe Agaricomycetes, mais fait partie de la famille des Fomitopsidacées. Tout comme l’Amadouvier, le Polypore marginé ne possède pas de pied et pousse en forme de sabot de cheval. Il est cependant de taille plus petite, et son habitat préférentiel est différent : s’installant sur les souches et troncs d’arbres le plus souvent morts, il affectionne principalement les résineux, bien qu’il ne soit pas rare de le trouver sur des feuillus. De plus, les couleurs de son chapeau vont du noir près du bois de l’arbre, au jaune-orangé / rouge vers l’extérieur, tandis que la marge du champignon est plutôt blanc crème.

© Polypores marginés (Fomitopsis pinicola) – SPL Science Photo Library / Bjorn Svensson

En ce mois de janvier où les missions de l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts tournent autour des champignons, pourquoi n’en profiteriez-vous pas pour partir à la recherche de l’Amadouvier et du Polypore marginé ?

Sources :

Office National des Forêts (ONF) – Les champignons

Office National des Forêts (ONF) – Fiche champignon : Amadouvier

Au jardin – Amadouvier, Allume-feu

Futura Planète – A la découverte de l’Amadouvier

Les sciences participatives en forêt : l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts

C’est l’automne, les feuilles des arbres ont revêtu leurs couleurs de saison du jaune-orangé au rouge avant de tomber et tapisser le sol. Malgré le confinement, peut-être que certains d’entre vous ont la possibilité de se dégourdir les jambes lors d’une petite promenade en forêt, et que d’autres anticipent leurs balades forestières post-confinement. Et pourquoi pas prévoir de participer à l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts ?

L’Observatoire de la Biodiversité des Forêts (OBF), mis en place par Noé en partenariat avec l’Unité Mixte de Service PatriNat (OFB-CNRS-MNHN), est un programme national de sciences participatives qui a pour but d’améliorer les connaissances sur les espèces forestières. Lorsque vous êtes en forêt, vous pouvez rencontrer de nombreux animaux ou trouver des champignons, et l’OBF vous invite à transmettre vos observations sur certaines de ces espèces. Petits et grands peuvent y participer, il n’y a pas d’âge pour observer la nature !

© Forêt en automne – Georges Lopez

Les espèces de l’OBF

Nul besoin de connaissances naturalistes pour y participer, l’Observatoire est ouvert à tous ! A travers un total de 56 missions, vous pouvez découvrir un peu de la richesse de la biodiversité en forêt et apprendre à mieux la connaître.

Pour ceux qui débutent, vous avez la possibilité de commencer avec des missions d’apprentissage ! Au nombre de 14, elles vous permettent d’en apprendre davantage sur les milieux boisés et de repérer des indices qui vont aideront dans vos autres missions.

Partez ensuite à la recherche des espèces de l’OBF grâce aux 42 missions d’observation portant sur chacune de ces espèces. Parmi ces dernières, retrouvez de nombreux insectes comme les papillons, les scarabées ou les capricornes, mais aussi d’autres animaux, tels que les escargots et les amphibiens. Mais il n’y a pas que des animaux en forêt et l’OBF vous propose également d’observer les champignons ! De plus, l’OBF n’a pas de saison, ni d’adresse : vous pouvez retrouver les missions mois par mois, ou région par région !

© Une espèce de l’OBF : le Carabe doré – Frank Deschandol & Philippe Sabine

L’OBF, pour quoi faire ?

Cet observatoire est très utile à différents niveaux. L’un des objectifs de l’OBF consiste à sensibiliser le public à la biodiversité pour mieux la préserver. Mais pour mieux préserver, il faut déjà connaître, et quoi de mieux pour connaître ce qui nous entoure que de commencer par l’observer ?

Un second objectif de cet inventaire participatif, et pas des moindres, est de compléter la base de données nationale sur la biodiversité française, l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN), grâce aux données récoltées. Chaque observation envoyée est reversée à l’INPN, ce qui permet de renseigner la présence et l’abondance des différentes espèces observées dans l’OBF partout sur le territoire français.

Enfin, le dernier objectif est d’obtenir une récolte de données massive et sur le long terme, qui permette aux scientifiques d’étudier ces espèces (par exemple l’évolution de leurs populations), voire de lancer des plans de conservation d’espèces menacées. En effet, il n’est pas aisé pour les chercheurs seuls d’amasser autant de données sur des territoires aussi grands, et l’existence d’observatoires nationaux ouverts au grand public comme l’OBF permet cela.

Les outils de l’OBF

Divers outils sont à votre disposition pour que vous puissiez mener au mieux vos missions.

Vous pouvez trouver notamment des outils d’aide à l’observation : il s’agit de fiches descriptives des espèces de l’OBF qui vous permettent de mieux connaître leur morphologie et vous aident à ne pas confondre des espèces voisines entre elles.

Pour participer, téléchargez l’application « Mission Forêt avec Noé ». Avec elle, vous pouvez réaliser directement les missions de l’OBF lors de vos promenades en forêt !

« Mission Forêt avec Noé »

Alors, au détour de vos futures promenades en forêt, voire d’une balade pour partir sur la piste des animaux pour les curieux ou à la cueillette des champignons pour les gourmands quand l’occasion se représentera, n’hésitez pas à y associer l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts !

La salamandre tachetée, un amphibien mauvais nageur

La salamandre tachetée (Salamandra salamandra) est un urodèle de la famille des Salamandridae. Un urodèle est un amphibien (eh oui, la salamandre n’est pas un lézard !) au corps allongé, possédant deux paires de pattes et conservant une queue à l’âge adulte, contrairement aux anoures (représentés par les grenouilles et les crapauds). Pouvant être confondus avec les tritons (également des urodèles), les salamandres se distinguent par leur corps lisse à l’aspect huileux et par leur queue cylindrique.

La salamandre tachetée peut atteindre jusqu’à une vingtaine de centimètres à l’âge adulte. Elle a le corps noir et présente des taches jaune vif à orangé sous forme de points et/ou de lignes, ce qui la rend facilement reconnaissable. Chaque individu possède un motif qui lui est propre et qui permet de l’identifier. Par ailleurs, étant un animal nocturne, ses grands yeux noirs sont adaptés à la vision de nuit.

© Salamandre tachetée (Salamandra salamandra) – Emmanuel Boitier

A l’arrière de ses yeux se trouvent des glandes parotoïdes, qui sécrètent une neurotoxine, le samandarin. Grâce à cela, la salamandre adulte ne connaît pas de prédateur : cette sécrétion blanchâtre est toxique voire mortelle à forte dose, pour tout animal tentant de la prédater. Les couleurs de la salamandre sont d’ailleurs un avertissement quant à sa toxicité : on parle d’aposématisme. L’Homme n’a cependant pas à craindre cette toxine qui ne passe a priori pas à travers la peau : tant que la peau n’est pas abimée ou que la toxine n’entre pas en contact avec les muqueuses ou les yeux, il n’y a pas de risque !

Par ailleurs, la salamandre possède une autre caractéristique bien pratique, notamment lorsqu’elle se sent en danger, et que l’on retrouve aussi chez les lézards : la capacité à régénérer un membre perdu !

© Sécrétion de samandarin au niveau des glandes parotoïdes d’une salamandre tachetée – Daniel Heuclin

Bien qu’il ne soit pas facile de la rencontrer, la Salamandre tachetée n’est pas un animal rare. Très répandue en Europe, elle se trouve partout en France (exceptée sur l’île de Beauté, où on trouve une autre espèce ressemblante : la Salamandre de Corse). Exclusivement terrestre à l’âge adulte, elle vit principalement dans les milieux forestiers, notamment dans les forêts de feuillus ou forêts mixtes, tant que le sol présente une certaine humidité. Elle vit cachée dans toutes sortes de cavités humides : sous des pierres, du bois mort ou des feuilles, dans des fissures rocheuses, des recoins de grottes, etc. Il arrive qu’elle s’installe aussi dans des trous anciennement occupés par d’autres animaux, comme des terriers de rongeurs ou des trous de taupes. Bien que ce soit un amphibien, l’adulte ne vit pas du tout en milieu aquatique et est même très mauvais nageur. Il peut même finir par se noyer s’il est bloqué dans un point d’eau et ne parvient pas à en sortir : par exemples, si le point d’eau est profond avec des parois trop abruptes et lisses, ou si un autre amphibien (grenouille ou crapaud) l’agrippe par erreur et le maintient pour s’accoupler.

Essentiellement nocturne, il est tout de même possible de l’observer en journée après de fortes précipitations et de participer par la même occasion à la mission qui la concerne sur l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts ! Par ailleurs, c’est un animal qui hiverne : lorsque les températures se font de plus en plus fraîches de novembre à février, elle se retire dans ses quartiers d’hiver, qui sont souvent les mêmes que pendant sa période d’activité.

Côté alimentation, la salamandre a un régime varié. Elle se nourrit d’animaux invertébrés : cloportes, vers de terre, limaces, araignées et coléoptères font son festin ! Il arrive même qu’elle mange d’autres amphibiens, comme des tritons ou des petites grenouilles.

© Salamandre tachetée mangeant un ver de terre – Daniel Heuclin

La salamandre tachetée a une durée de vie pouvant aller jusqu’à une vingtaine d’années. Elle peut atteindre la maturité sexuelle à partir de l’âge de 2 ans (jusqu’à 6 ans), et contrairement à la plupart des amphibiens, la reproduction se fait entièrement sur milieu terrestre, entre mai et septembre, avec un pic en juillet. La gestation a lieu ensuite pendant plusieurs mois jusqu’au printemps, entre février et mai, où la femelle se rend à un point d’eau calme (flaque d’eau, mare, petit cours d’eau) pour y déposer jusqu’à une cinquantaine de larves, qui ont elles une vie aquatique. C’est pourquoi, bien que l’adulte ait une vie totalement terrestre, la présence de points d’eau aux alentours est nécessaire pour la reproduction.

© Larves de salamandres tachetées – José-Luis Gomez de Francisco

A la naissance, les larves possèdent déjà des branchies externes qui leur permettent de respirer sous l’eau. Très ressemblantes aux larves de tritons, on peut les différencier grâce aux taches jaunes à la base de leurs pattes. Elles se nourrissent de tout ce qu’elles trouvent, notamment des invertébrés, et peuvent également prédater leurs congénères si la nourriture n’est pas présente en quantité suffisante. Après trois à six mois (deux mois minimum dans le cas de conditions très favorables), les larves se métamorphosent pour prendre leur forme finale d’adulte terrestre.

Menaces et protection

La salamandre tachetée est un animal protégé en France et dans la plupart des pays d’Europe depuis son inscription à l’annexe III de la Convention de Berne. Malgré ce statut, les populations de salamandres diminuent à cause de la destruction et du fractionnement de leurs habitats (construction de routes notamment), mais aussi à cause du trafic routier. En effet, les salamandres se déplacent lentement et ne sont pas assez vives pour échapper aux roues des véhicules lorsqu’elles traversent une route…

Petite anecdote

La salamandre est également appelée « salamandre de feu ». Son origine ? Autrefois, les hommes pensaient que c’était un animal qui naissait des flammes ! En effet, la salamandre s’abritant dans le bois mort, lorsque ce bois était mis au feu, la salamandre devait se précipiter pour en sortir, faisant naître ainsi de nombreux mythes et légendes.

Sources :

INPN – Fiche Salamandre tachetée

Les Parcs Nationaux de France – La salamandre tachetée

Découvrir la faune – La salamandre tachetée

Wikipédia – La salamandre tachetée

Sur la piste des animaux

Quand on se balade en pleine nature, il n’est pas aisé d’observer des animaux sauvages. N’ayant pas l’habitude de l’Homme, ils ont tendance à se cacher ou à fuir, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas là. Les traces qu’ils laissent derrière eux nous le prouvent !

Les principales traces auxquelles on pense sont celles laissées par les pattes, comme nous l’avons vu ici. Et pourtant, les empreintes des animaux ne sont pas les seuls indices de leur passage… Tout comme nous, ils se nourrissent et font leurs besoins, ils grandissent, leur peau se renouvelle, et ils ont un endroit où s’abriter et dormir. Et pour chacune de ces choses, on peut trouver des traces.

Les traces et restes de nourriture

Les animaux peuvent laisser différentes traces lorsqu’ils se nourrissent : des herbes et des branches broutées, des restes de fruits, le sol fouillé… Par exemple, le sanglier fouille la surface du sol à la recherche de larves, vers et racines : il crée ainsi des tas de terre retournée, qu’on appelle des vermillis. S’il laboure le sol plus en profondeur, on nomme cela des boutis. D’autres animaux se nourrissent de fruits et laissent derrière eux ce qu’ils ne mangent pas. Ainsi, pour une pomme de pin par exemple, on peut essayer de déterminer qui l’a mangée : un écureuil l’épluche quasi entièrement alors qu’un pic le fait de façon éparse, un lapin ronge la pomme de pin sur une partie seulement tandis que le mulot le fait sur son ensemble. Certains animaux, par leur toute petite taille, percent un petit trou dans le fruit pour pénétrer dans sa chair et le dévorer de l’intérieur, comme un balanin fait avec un gland ou un petit ver dans une pomme. Si vous trouvez un lot de fruits enterrés (glands, noisettes, noix, etc.), il peut s’agir d’un stock fait par un écureuil pour préparer l’hiver.

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© Écureuil en train de manger un gland – Juniors / P. Frischknecht

Les excréments

Après digestion de leur nourriture, les animaux défèquent et laissent derrière eux des matières fécales qui peuvent nous renseigner sur leur identité. En effet, les excréments ne se ressemblent pas tous, ainsi il est possible de savoir qui en est à l’origine. Les plus faciles à reconnaître sont les turricules, des petits tortillons de terre que les vers de terre rejettent à la surface du sol. Le hérisson fait des crottes allongées, tandis que celles du lièvre sont rondes. Chez le chevreuil, les crottes sont appelées « moquettes » : elles sont relativement petites et ont une forme ovale avec une pointe à chaque extrémité. Chez le cerf, ces crottes, nommées « fumées », sont plus grandes et plus agglomérées. Le sanglier, quant à lui, fait des crottes dont la forme et l’aspect peuvent varier avec la saison et la nourriture : une forme de boudins agglomérés en hiver, et des boules verdâtres ou noires le reste de l’année. De nombreux animaux font des crottes nommées « laissées » : celles de la belette sont longues et fines tandis que les laissées du renard sont allongées et présentent des restes de sa nourriture, comme par exemple des os ou des noyaux de fruits. Les excréments des oiseaux se présentent sous forme de fientes, mais certaines espèces d’oiseaux, dont les rapaces, rejettent également ce qu’on appelle des pelotes de réjection : ce sont des boulettes de débris non digérés (poils, plumes, os, noyaux…) qu’ils régurgitent.

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© Turricules de ver de terre – Sylvain Cordier

Les mues

Certains animaux subissent un phénomène de renouvellement de leur corps : c’est la mue. Cela peut être lié à la croissance de l’animal ou à son âge, mais également au changement de saison. Chez les mammifères, la mue correspond au renouvellement du pelage de l’animal afin de l’adapter au mieux aux saisons. Ainsi, on peut retrouver des pelotes de poils perdues par un mammifère en pleine mue, notamment lors du passage de l’hiver à la saison plus douce. Par ailleurs, pour les cervidés, la mue correspond également à la perte des bois ou du velours des bois. Les oiseaux, eux, perdent leurs plumes et les renouvellent. Parfois, ces plumes qu’ils laissent derrière eux permettent de les identifier. C’est le cas par exemple des plumes présentant une alternance de bandes bleues et noires, caractéristiques des plumes des ailes de geais. Chez les arthropodes, la mue permet un renouvellement de leur cuticule et est nécessaire à leur croissance. Si vous trouvez un insecte immobile et que son corps semble transparent, il est probable que vous soyez en présence d’un exosquelette d’un insecte qui a mué ! Les serpents et lézards aussi, du fait d’une croissance continue tout au long de leur vie, muent en renouvelant leur peau : chez les serpents, cette mue se fait sur l’ensemble du corps en une fois, tandis que pour les lézards, elle se fait par plaques sur une ou plusieurs parties du corps à la fois.

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© Bois de cerf – José-Luis Gomez de Francisco

Les habitations

Une autre façon de savoir qu’un animal est dans les parages est de trouver son habitation. En effet, les animaux ne s’éloignent jamais trop de leur maison. Mais encore faut-il savoir la reconnaître ! Il est aisé d’identifier un barrage construit par un castor : c’est un amassement de branches sur toute la largeur d’une rivière qui peut ralentir l’écoulement de l’eau. De même, les nids de branches appartiennent aux oiseaux, et leur emplacement et leur taille peuvent renseigner sur le propriétaire : de très grands nids de plus d’un mètre de diamètre, si vous êtes dans l’est de la France, sont la marque de la présence de cigognes. Une cavité dans un tronc d’arbre peut être le nid d’un pic ou d’un autre oiseau s’y étant installé. Plusieurs petits tas de terre, dans votre jardin par exemple, peuvent vous indiquer la présence d’une taupe qui vit sous vos pieds. Ou encore, un ou plusieurs grands trous dans la terre, souvent au niveau d’un talus ou d’une butte, peuvent être les entrées d’un terrier de renards ou de blaireaux.  Il n’est pas facile de savoir quelle espèce occupe un terrier car les renards s’installent souvent dans des anciens terriers de blaireaux.

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© Barrage de castor – Rémi Masson

D’autres traces…

Enfin, d’autres traces peuvent indiquer le passage d’un animal : des traces de griffes sur un tronc peuvent avoir été faites par un félin rôdant dans les parages ; les cervidés peuvent se frotter contre les troncs et arracher à cette occasion des morceaux d’écorce ; des traces de boue sur les arbres sont laissées par les sangliers qui s’y frottent après s’être vautrés dans des souilles (flaques boueuses) ; des troncs d’arbres sont taillés en pointe par les castors, etc.

Il y a donc de nombreuses façons de suivre les traces d’un animal, mais il faut avoir les yeux grands ouverts et être attentif au moindre signe. Avoir quelques connaissances est également utile pour ne pas se méprendre sur des indices qui n’en seraient pas ou sur l’identité des animaux. Si pister des animaux vous tente, de nombreux ouvrages et guides peuvent vous renseigner sur tous types de traces animales, comme le « Guide des traces d’animaux – France et Europe » de Muriel Chazel et Luc Chazel. Maintenant, vous avez les outils de base pour partir sur leur piste. Ouvrez l’œil, soyez patient et les surprises viendront à vous !

Sources :

Parc Animalier La Garenne (Suisse) – Traces et indices

Muséum de Genève (Suisse) – Dossier pédagogique : sur la piste des animaux sauvages

Bourgogne Nature – Mille et une traces en forêt…

Wikipédia – Mue