Coquille en cône et opercule au pied : c’est l’Elégante striée !

Un escargot bien particulier :

L’Élégante striée (Pomatias elegans) ou Cystome élégant, est un petit escargot terrestre de la famille des Pomatiidae. Elle est l’une des rares espèce appartenant à cette famille, présente en France.

Sa coquille est conique mesure entre 9 et 11,5mm de diamètre et 13 à 18mm de hauteur. Elle présente de fines stries en spirales, qui font penser à un grillage, réparties sur 5 tours convexes avec une ouverture bien ronde. Elle est de couleur brune violacée avec des taches plus sombres. Le corps de l’Élégante est brun clair ou grisâtre. Elle possède également une particularité qui n’est pas présente chez toutes les espèces de Gastéropode. En effet, à son pied on trouve un opercule, une sorte de membrane calcaire qui permet de refermer l’entrée de la coquille et ainsi se protéger des prédateurs.

Les anglais la surnomment « shuffler snail » littéralement « l’escargot trainant ». Cela fait référence au fait que son pied est divisé en deux parties qui bougent séparément. Cette particularité accentue la lenteur de ses déplacements et donne l’impression qu’il traine des pieds.

Elégante et pas difficile :

Elégante striée (Pomatias elegans) sur une herbe sèche, B Dubreuil

On rencontre l’Élégante dans tout type de milieu, du littoral à la montagne, dans des habitats secs ou humides, en zone ouverte comme en milieu plus boisé. Elle a simplement besoin d’un sol suffisamment meuble pour pouvoir s’y enfouir et se protéger des températures extrêmes. C’est également une espèce bioindicatrice : sa présence montre un sol calcaire. Ainsi, si vous croisez une Elégante striée dans votre jardin, vous savez déjà de quelle nature est votre sol !

En forêt, on la rencontre près des bosquets et des buissons. Elle apprécie en effet particulièrement les milieux forestiers où elle trouve en abondance des végétaux en décomposition tels que les feuilles mortes ou le bois. C’est un acteur essentiel dans le recyclage de la matière organique !

Des élégantes et des élégants :

Elégante striée ou Cystome élégant (Pomatias elegans), B. Dubreuil

Pomatias elegans a une reproduction assez atypique. Il existe en effet des « élégantes » et des « élégants ». Contrairement à certaines espèces d’escargots dits hermaphrodites, l’Elégante striée a des individus femelles et des individus mâles qui sont d’ailleurs légèrement plus petits que leurs congénères féminins.

L’accouplement se déroule au printemps et se poursuit jusqu’en automne. Le femelle pond ensuite une soixantaine d’œufs qu’elle enfouit un par un dans le sol. Enfin, les juvéniles éclosent après un à trois mois et atteignent la maturité sexuelle au bout de 18 mois. L’Elégante striée a une durée de vie entre 4 à 5 ans.

Une espèce rare et discrète :

Cette Élégante striée est à ne pas confondre avec l’Elégante des calanques (Tudorella sulcata). Appartenant également à la famille des Pomatiidae, elle est toutefois présente uniquement sur le pourtour méditerranéen, dans le sud de la France. On la différencie aussi au niveau physique par une coquille plus orangée à brunâtre et des stries plus épaisses.

Elégante striée en Corrèze, R. Dauriac

Au niveau national, l’espèce est classée en « Préoccupation mineure » sur la Liste rouge des espèces menacées. Pour la voir dans son jardin, il faut donc avoir un sol calcaire avec par exemple des résidus de bétons ou de nombreux cailloux. Elle doit pouvoir également disposer d’un sol meuble pour pouvoir s’y réfugier en cas de fortes chaleurs ou de présence d’un prédateur. Mais c’est une espèce assez discrète qu’il est plutôt rare d’observer. Alors avec un peu de patience, vous aurez peut-être la chance d’un voir une ! Si c’est le cas, n’oubliez pas de partager votre trouvaille grâce à l’application INPN Espèces et à la quête Elégante striée des Missions forêt de Noé. Voici un lien pour vous rappeler comment participer à ces quêtes et un tutoriel vidéo pour savoir comment ajouter vos observations via l’application INPN Espèces. Nous vous souhaitons de bonnes observations !

Ventre jaune et pupilles en coeur : c’est le Sonneur !

Nous poursuivons notre série de portraits des espèces des Quêtes Mission forêt du printemps avec cette fois-ci un petit amphibien aux couleurs bien particulières et aux réflexes peu communs … Voici le Sonneur à ventre jaune !

Un crapaud qui cache bien ses couleurs …

Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) dans le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord, M. Rauch

Le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) est un petit amphibien de la famille des Bombinatoridae. Mesurant entre 4 et 5cm de long, il a un dos gris à brun parfois parcouru de taches plus foncées et couvert de petites verrues. Il est facilement reconnaissable à son ventre et au-dessous de ses pates jaune vif à orange marbré de points gris à noir et à ses pupilles en forme de cœur. Petite particularité, il ne possède pas de sac vocal. Ce ventre coloré sert à repousser les prédateurs. Quand il en aperçoit un qui s’approche un peu trop près, le Sonneur se cambre et se retourne sur le ventre de manière à montrer cette partie de son corps : c’est ce qu’on appelle le réflexe d’Unken. Le crapaud peut tenir cette position plusieurs minutes si cela est nécessaire. L’utilisation de couleurs vives, ou du moins de couleurs qui contrastent avec le reste de son corps est appelé la coloration aposématique. Cette technique permet de dissuader de potentiels prédateurs de les attaquer. Le Sonneur, avec sa position de défense et sa coloration, est donc souvent épargné !

Sonneur à ventre jaune en position de défense, E. Boitier
Mâle Sonneur, E. Boitier

Il existe un dimorphisme sexuel assez peu prononcé chez le Sonneur : les mâles sont généralement plus petits et leurs membres antérieurs sont plus robustes avec des callosités noirâtres.

A la recherche de points d’eau

Le Sonneur à ventre jaune s’observe dans de nombreux habitats de milieu bocager dans des prairies, en lisière de forêt ou dans des forêts de feuillus notamment en bord de chemins et dans les clairières. Il apprécie particulièrement les mares permanentes ou temporaires, les fossés, les bordures marécageuses d’étangs, les retenues d’eau artificielles voire les abreuvoirs d’animaux. Les endroits ensoleillés ou peu ombragés sont davantage privilégiés par ce petit amphibien, de même il tolère les eaux boueuses ou légèrement saumâtres tant que les berges sont accessibles pour qu’il puisse facilement accéder et sortir du point d’eau. La présence de végétation aquatique ne le gêne pas, ni son absence totale. 

Sonneur à ventre jaune dans une mare, B. Fischer

Le Sonneur est un opportuniste : il consomme toutes sortes d’invertébrés terrestres de petite taille. Des coléoptères, des fourmis, des myriapodes, des araignées mais aussi des diptères voire des petits papillons. Les larves, elles, se nourrissent, de diatomées et d’algues.

Ses habitudes

Dès octobre, les adultes débutent leur période d’hibernation qui durera jusqu’à mi-avril. Pour éviter la période de froid, le Sonneur cherche un abri sous les pierres ou les souches, dans la vase, l’humus, la mousse ou dans les fissures du sol et les galeries abandonnées. Il est actif de jour comme de nuit mais il reste le plus souvent à proximité d’un point d’eau notamment durant la saison estivale et lors des périodes de fortes chaleurs. Il peut toutefois entreprendre des déplacements relativement longs au printemps lors de la saison de reproduction.

Ponte de Sonneur à ventre jaune dans l’eau, J-P. Noblet

En effet, la maturité sexuelle est atteinte en moyenne vers l’âge de 3 à 4 ans. La reproduction a lieu durant les mois de mai à juin et peut se prolonger jusqu’en été en moyenne montagne. Elle se déroule dans des points d’eau ensoleillés présentant une importante végétation qui lui sert d’abri de protection. La ponte des femelles est fractionnée : de quelques-uns à quelques centaines œufs par amas qui sont déposés sur des brindilles immergées ou sur des plantes aquatiques. Les œufs éclosent en moins de dix jours puis les têtards, de couleur brune se métamorphosent de cinq à sept semaines plus tard, selon les conditions climatiques du milieu. Les jeunes Sonneurs restent dans leur site d’éclosion quelques jours puis le quittent ensuite pour d’autres contrées. La longévité du Sonneur à ventre jaune est de 8 à 9 ans.

Un amphibien pourtant menacé …

Bombina variegata est plutôt en régression généralisée sur le territoire national. Les évaluations réalisées par le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle montrent que le Sonneur à ventre jaune fait partie des huit espèces d’amphibiens menacées en France.

Elle est classée « Vulnérable » sur la liste rouge des amphibiens de France métropolitaine. Elle est même considérée comme « Disparue » en Basse-Normandie et dans le Nord-Pas-de-Calais et « En danger critique » dans les Pays-de-la-Loire et en Haute-Normandie. Cela s’explique notamment par la fragmentation et la disparition de son habitat et notamment la raréfaction des biotopes de reproduction. L’empierrement des chemins forestiers et donc la disparition des ornières, la suppression des petites mares ou l’assèchement de zones humides sont des exemples qui participent à la destruction de son habitat. Les pollutions liées aux activités agricoles et forestières sont également une des menaces qui pèsent sur les populations de Sonneur.

Sonneur à ventre jaune dans le Parc Naturel des Monts d’Ardèche, E. Boitier

Pour aider la communauté scientifique à mieux connaitre la répartition des Sonneurs et ainsi aider à leur sauvegarde, ouvrez l’œil lors de vos balades forestières et participez à la quête Sonneur des Missions forêt de Noé. Voici un lien pour vous rappeler comment participer à ces quêtes et un tutoriel vidéo pour savoir comment ajouter vos observations via l’application INPN Espèces. Alors bonnes recherches et bonnes observations à tous !

Une nouvelle saison et de nouvelles quêtes !

Après le succès des précédentes quêtes d’automne, Noé renouvèle l’expérience ce printemps en vous proposant quatre nouvelles espèces à rechercher lors de vos balades en forêt. Rendez-vous sur l’application INPN Espèces mais avant, voici une petite présentation de ces quatre espèces forestières !  

Fin octobre 2021, nous vous avions proposé de partir à la recherche de trois espèces : la Salamandre tachetée (Salamandra salamandra), la Soucoupe commune (Helicigona lapicida) et la Langue de bœuf (Fistulina hepatica). Les résultats avaient été très concluants avec de nombreuses observations dont quatre de Langue de bœuf qui sont venu confirmer la présence dans 4 départements qui n’avaient jusque-là pas d’informations. Si vous souhaitez avoir le bilan complet de ces quêtes d’automne, le voici ici ! Les données récoltées permettent d’alimenter la base de données de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) et d’améliorer les connaissances sur les espèces et leur répartition. Si vous souhaitez participer à des missions de découverte des espèces forestières tout en contribuant à améliorer les connaissances sur la biodiversité de ce milieu, vous êtes au bon endroit !

Soucoupe commune (Helicigona lapicida), N.A Callow

Et ce printemps, ce ne sont pas trois mais quatre espèces qui vous sont proposées : le Morio (Nymphalis antiopa), l’Elégante striée (Pomatias elegans), le Polypore soufré (Laetiporus sulphureus) et le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata). Ces quatre espèces vous permettront de découvrir la diversité forestière à une saison particulièrement propice aux observations naturalistes. Voici donc une petite présentation afin de mieux les connaitre et les reconnaitre

Le Morio (Nymphalis antiopa) :

Le Morio ou « Mantea royal » (Nymphalis antiopa), M. Rauch

Mesurant jusqu’à 75mm, c’est une des plus grandes espèces de papillon français de la famille de Nymphalidae. Ce papillon assez sombre et facile à reconnaitre est diurne et hiverne à l’état adulte, ce qui accroit particulièrement sa longévité : il peut facilement atteindre les 10 mois de vie. Les chenilles, de couleur rouge orangé et parcourues de piquants, sont visibles à partir de fin avril/début mai sur diverses espèces d’arbres comme le bouleau, le peuplier ou le saule. Car le Morio privilégie les arbres pour pondre et trouver sa nourriture. Il préfère en effet la sève des arbres, les fruits mûrs voire fermentés ou les sécrétions mielleuses des pucerons que le nectar des fleurs. Auparavant très abondant, le Morio est aujourd’hui une espèce plus discrète voire rare dans certains départements à cause notamment de la disparition de son habitat. Un portrait complet de cette espèce est disponible à ce lien. Vous pouvez participer à la quête Morio jusqu’au 30 novembre 2022.

L’Elégante striée (Pomatias elegans) :

Elégante striée (Pomatias elegans), B. Dubreuil

Cette espèce d’escargot à coquille en forme de cône mesure entre 13 et 18mm de haut et est de couleur brune à violacée en passant par le blanc orangé avec des striures plus sombres à rougeâtres. L’Elégante striée dispose d’un opercule qu’elle peut fermer pour se protéger des prédateurs. Elle fréquente les forêts à sol calcaire, trouvant refuge dans des bosquet ou de petits buissons mais on peut également l’observer dans des zones plus ouvertes comme des prairies, des zones littorales ou montagneuses. Elle n’est pas hermaphrodite, les sexes sont séparés et la femelle est plus grande que le mâle. Après l’accouplement, elle pond une cinquantaine d’œuf un par un. Après 20 jours, les œufs éclosent. Les adultes se nourrissent essentiellement de végétaux en décomposition comme le bois ou les feuilles. La quête Elégante est disponible jusqu’au 28 février 2023.

ATTENTION : Elle est très semblable à l’Elégante des calanques (Tudorella sulcata), présente sur le pourtour méditerranéen. La coquille est plus brune rougeâtre mais possède surtout des striures plus épaisses et moins nombreuses.

Le Polypore soufré (Laetiporus sulphureus) :

Polypore soufré (Laetiporus sulphureus), D. Delfino

Le Polypore soufré est une espèce assez particulière de champignon car il ne possède pas de pied : il est directement appliqué au support. Mesurant environ 50cm de longueur, il est reconnaissable à sa surface assez rugueuse, sa chair épaisse, sa couleur jaune rosé et est constitué de plusieurs imbrications bosselées. Il a également une forte odeur faisant penser à de la chair de poulet. Il s’agit d’un champignon parasite saprophyte, qui se nourrit de bois vivant. Avec son action, il attire une biodiversité riche et notamment des insectes xylophages. On le retrouve ainsi sur diverses essences de feuillus, de chênes aux châtaigniers en passant par les peupliers et plus rarement sur les conifères. Champignon comestible uniquement au stade juvénile, il se développe du printemps à l’automne et peut aisément atteindre les 10kg. Cette quête est accessible pour une durée d’un an, soit jusqu’au 28 février 2023.

ATTENTION :  Le Polypore soufré est très proche d’un autre Polypore : le Polypore géant (Meripilus giganteus). Ce dernier peut se différencier par la couleur de son chapeau brun-ocre et sa taille pouvant atteindre 80cm. Contrairement au Polypore soufré, il ne se développe qu’à la base du tronc souvent de hêtres et de chênes, et il a tendance à noircir avec l’âge.

Le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) :

Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata), M. Rauch

Ce petit crapaud n’excède en effet pas les 5cm de long pour un poids d’environ 15g. La couleur très atypique sur son ventre, jaune taché de noir, permet de dissuader de potentiels prédateurs. Si besoin, il peut se servir de sa peau pour libérer un liquide visqueux et irritant à l’odeur nauséabonde. Outre son ventre, le reste de son corps est brun gris terne parcouru de verrues cutanées, parfois couplées de petites épines noires et il possède des pupilles en forme de cœur. Il affectionne tout particulièrement les habitats humides, les bocages, les prairies ou les lisières de forêts dans des dessous de pierres, de souches, dans la vase, la mousse ou dans les fissures des sols et les galeries. Actif de jour comme de nuit, il ne s’éloigne toutefois jamais très loin d’un point d’eau, à la recherche de petits coléoptères. A l’approche du printemps, on peut entendre de petits jappements, signe que la saison de reproduction est ouverte. Les femelles pondent en amas et de façon fractionnée entre une dizaine et une cinquantaine d’œuf qui éclosent au bout de 5 jours pour ensuite se changer en têtard. La quête du Sonneur est disponible jusqu’au 31 octobre 2022.

Voici pour la présentation des quatre espèces à recherche en forêt. Pour y participer, c’est très simple. Il faut d’abord télécharger l’application INPN Espèces, disponible gratuitement sur Google Play et l’App Store puis rendez-vous dans l’onglet des quêtes. Cherchez ensuite celles s’intitulant « Mission forêt » et portant le logo de Noé. Vous pouvez ensuite rentrer votre observation en y ajoutant une ou des photo(s) puis le nom de l’espèce, en n’oubliant pas de l’enregistrer. Pour vous aider, voici un tutoriel vidéo qui vous montre comment ajouter votre observation depuis l’application.

En espérant vous voir encore plus nombreux en cette nouvelle saison !

Nous vous souhaitons de belles observations !

Bilan Mission forêt d’automne 2021

Fin octobre 2021 étaient lancées, grâce à l’application INPN Espèces, 3 quêtes portant sur trois espèces du milieu forestier : la Salamandre tachetée (Salamandra salamandra), la Soucoupe commune (Helicigona lapicida) et la Langue de bœuf (Fistulina hepatica). Après un mois de recherche, nous avons pu récolter les données que vous nous avez transmises. Et pour une première, nous ne sommes pas déçus ! Voici donc le bilan de ces 3 quêtes Mission Forêt de Noé d’automne 2021 !

Redécouvrez l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts !

L’Observatoire de la Biodiversité des Forêts : qu’est-ce que c’est ?

Créé en 2014 par Noé en partenariat avec l’Unité Mixte de Services Patrimoine Naturel (OFB-CNRS-MNHN), l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts propose de partir à la découverte du milieu forestier à travers des missions, correspondant à des espèces à rechercher. Amphibiens, escargots, champignons, de nombreux groupes sont concernés. Destiné aussi bien aux néophytes qui veulent enrichir leurs connaissances qu’aux naturalistes chevronnés souhaitant compléter les cartes de répartition, cet Observatoire permet d’alimenter la base de données nationale de référence sur la biodiversité : l’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel) et ainsi d’améliorer les connaissances nationales sur la répartition des espèces ciblées.

Une nouvelle formule

Historiquement lié à l’application smartphone « Mission forêt avec Noé », l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts change cette année de formule. En effet, l’application dédiée va disparaitre au profit d’un nouvel outil de saisie des données, l’application « INPN Espèces », téléchargeable gratuitement sur Google Play et l’App Store.

Trois missions forestières

Cet automne, ce sont trois missions qui sont ouvertes : la Salamandre tachetée (Salamandra salamandra), la Soucoupe commune (Helicigona lapicida) et la Langue de bœuf (Fistulina hepatica). Trois espèces appartenant à trois groupes très différents qui vous permettront d’appréhender la diversité du milieu forestier et des observations qui peuvent y être faites en automne. Pour plus d’informations, rendez-vous sur les fiches dédiées à chaque espèce :

Salamandre tachetée.

Soucoupe commune.

Langue de bœuf.

Profitez donc de vos promenades forestières pour rechercher ces espèces ! Vous avez jusqu’au 30 novembre pour participer !

Enfin, nous remercions la Société Herpétologique de France et la Société Mycologique de France pour leur appui précieux sur les quêtes Salamandre tachetée et Langue de bœuf.

Comment participer ?

Pour retrouver les missions de l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts, rendez-vous sur l’onglet « Quêtes » de l’application INPN Espèces.

Les quêtes de l’Observatoire sont reconnaissables à leur intitulé commençant par « Mission forêt » et sont estampillées des logos de l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts et de Noé.

Une fois sur la quête, il vous suffit de cliquer sur l’icône de saisie des données et de vous laisser guider !

Nous vous souhaitons de belles observations forestières !

Si vous rencontrez un quelconque problème, vous pouvez nous contacter à obf@noe.org.

Les dendro-microhabitats et la biodiversité forestière

Nous sommes déjà tous passés devant des arbres avec d’étonnants « trous » dans le tronc ou avec de curieuses excroissances en se demandant s’il n’était pas malade … Absolument pas, bien au contraire ! Et cela porte même un nom : les dendro-microhabitats.

Classés en tant qu’arbres remarquables, les Chênes creux de la Chapelle de Kernéant en Bretagne ont abrité un évadé et trois réfractaires au travail, alors obligatoire en Allemagne. Cachés entre 1940 et 1944, ils ne furent jamais découverts. © Jean-Luc & Françoise Ziegler, 2016 (Biosphoto)

Formé de « dendro » qui provient du grec « dendron » qui signifie arbre et « micro » qui signifie petit, il s’agit d’un ensemble de structures forestières de petites tailles qui constituent un lieu de vie pour la faune, la flore et les champignons. La durée de formation d’un dendro-microhabitat est très variable selon la nature de celui-ci, cela peut aller de quelques secondes à plusieurs dizaines d’années. Les arbres portant au moins un dendro-microhabitat sont appelés « arbres-habitats ». L’apparition de ces microhabitats est fortement corrélée à l’âge et au diamètre de l’arbre : plus l’arbre est vieux et présente un diamètre élevé, plus la diversité et l’abondance des dendro-microhabitats s’accroit considérablement. Une étude anglaise a en effet montré que moins de 1% des Chênes pédonculés (Quercus robur) âgés de moins de 100 ans portaient une cavité alors que ce chiffre monte à 50% pour les doubles voire triples centenaires. Les individus de plus de 400 ans eux portent tous au moins un dendro-microhabitat. Ce sont donc les arbres les plus vieux et les plus gros qui sont susceptibles de porter des dendro-microhabitats. La nature de l’arbre joue également un rôle dans la distribution de ces habitats, les conifères présentant généralement moins de dendro-microhabitats que les feuillus.

On distingue 7 types de dendro-microhabitats :

  • Les cavités sont des trous dans le bois. Sur le tronc, en pied d’arbre ou en cuvette, elles sont créées soit par des insectes saproxyliques ou par des animaux comme les oiseaux excavateurs soit par des processus de décomposition du bois. Ces cavités jouent un rôle important pour l’avifaune et les chiroptères mais également pour les champignons comme le Phellinus robustus, une espèce lignivore qui se nourrit de bois ou les coléoptères dont le Pique-Brune (Osmoderma eremita), particulièrement menacé.
  • Les blessures et bois apparents sont des points d’entrée pour les champignons. Ils sont créés par des effets mécaniques comme des cassures de tronc ou de cime par le vent, la neige, le gel, les incendies ou le débardage du bois. Par exemple, les cavités à fente décollée sont particulièrement propices au repos, à la reproduction ou à l’hivernage de certaines chauves-souris et à la nidification d’oiseaux.
  • Le bois mort dans le houpier constitut un excellent habitat pour les insectes, en particulier les coléoptères xérothermophiles qui ont besoin d’un environnement chaud et sec. De nombreux champignons, lichens mais aussi insectes et larves viennent également y trouver refuge ce qui attire les oiseaux en quête de nourriture.
  • Les excroissances surviennent à la suite d’une attaque parasitaire ou microbienne comme la loupe des bois, le chancre bactérien ou les balais de sorcières, qui sont toutes d’origine parasitaire (autre espèce végétale, bactérie, champignons, …).
Mésange bleue (Cyanistes caeruleus) sur un Polypore du bouleau (Piptoporus betulinus) © Mike Lane (Biosphoto)
  • Les sporophores de champignons et myxomycètes sont les organes reproducteurs des champignons et des myxomycètes, des organismes mobiles d’aspect gélatineux et visqueux, quasi semblable à de la moisissure. Y sont regroupés les polypores pérennes et éphémères, les champignons colonisant les troncs d’arbres. Leur présence signifie la mort complète de l’arbre dans un temps plus ou moins bref mais ce sont d’excellents microhabitats pour la biodiversité.
Les 7 types de dendro-microhabitat selon Emberger et Larrieu (2014)
  • Les structures épiphytiques[i], épixyliques[ii] ou les parasites n’utilisent l’arbre que comme un support physique. Il s’agit notamment des bryophytes, des lichens, des fougères ou du gui, ainsi que des nids d’oiseaux et des invertébrés. Il y a également les microsols d’écorce et de houpier qui résultent d’une accumulation de matière organique en décomposition soit dans les crevasses de l’écorce soit dans entre les fourches de l’arbre.
  • Les exsudats sont des coulées de sève. Elles contiennent du sucre qui attire certaines espèces de coléoptères, de diptères et de papillons comme le Grand Mars changeant (Apatura iris).

Plus les dendro-microhabitats sont nombreux, plus l’accueil de la biodiversité sera important. Ils sont en effet indispensables à des milliers d’organisme car ils servent de substrat et fournissent nourriture, perchoir, lieu d’alimentation, de reproduction et nichoir pour une grande variété d’espèces vertébrées, invertébrées et de champignons. D’autant plus quand on sait qu’au moins 25% des espèces forestières dépendent ou profitent du bois, mort ou vivant, et que nombre d’entre elles font partie des organismes les plus menacés des écosystèmes forestiers européens. Les cavités de pied, de tronc ou les écorces décollées sont considérées comme des indicateurs de biodiversité (bio-indicateurs) : on retrouve principalement des insectes, des arachnides, des gastéropodes, des oiseaux, des amphibiens, des reptiles et quelques petits mammifères ainsi que des champignons et des lichens. Par ailleurs, certains microhabitats hébergent des groupes spécifiques. C’est le cas de ce qu’on appelle les dendrotelmes. Il s’agit de cavités remplies d’eau de manière intermittente, qui hébergent des espèces animales, végétales et fongiques inféodées au milieu aquatique et que l’on trouve dans les forêts tempérées. D’ailleurs, plus de la moitié des insectes vivant dans les dentrotelmes (de « dendron » et « telma », la mare) leur sont strictement rattachés comme les larves de Systenus albimanus, une espèce de la famille des mouches typique de ces microhabitats aquatiques.  A l’inverse, un microhabitat peut se voir occupé par une espèce que partiellement. Par exemple, la Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri), une espèce de chauve-souris, pourra tantôt utiliser une cavité de nidification d’oiseau, tantôt une cavité de tronc selon plusieurs paramètres liés à son cycle de vie et aux conditions de ces microhabitats. Autre exemple, les galeries d’insectes xylophages, qui creusent au sein même du bois mort, sont une zone de vie pour les araignées ou les abeilles solitaires et les cavités en pied d’arbre sont des protections physiques contre la pluie et la neige pour les petits mammifères et les amphibiens. Les dendro-microhabitats se trouvent donc tout autant sur du bois vivant que du bois mort ; on les appelle alors des dendro-microhabitats saproxyliques. 

Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri) dans une cavité de tronc © Hugo Willocx (Biosphoto)

Les dendro-microhabitats sont donc des structures importantes pour la biodiversité des forêts : si un peuplement de dendro-microhabitat est diversifié alors les besoins spécifiques de plusieurs espèces seront satisfaits. Et plus il y a d’espèces, plus les fonctions écologiques comme la pollinisation ou la décomposition du bois sont assurées. Un nombre important d’espèces signifie donc une bonne santé de l’écosystème forestier. Enfin, en se décomposant ils s’incorporent au sol de la forêt par le biais des nutriments et contribuent ainsi tout au long de leur vie au maintien d’importantes fonctions écologiques.

Les dendro-microhabitats devraient donc être intégrés dans les politiques de gestion car ils constituent un outil assez pratique pour les gestionnaires d’espaces forestiers dans la mesure où ils constituent un indicateur de biodiversité. Il est donc important pour les gestionnaires soucieux de pratiquer une gestion intégrant la biodiversité d’identifier et de conserver ces arbres-habitats. Cette gestion axée sur la protection des éléments naturels comme les arbres ou les animaux renforce les services écologiques de plus en plus appréciés par les sociétés, comme la production de bois, la protection contre les dangers ou la récréation. Mais le développement d’une gestion forestière moderne et l’abandon des utilisations dites traditionnelles de la forêt provoque le déclin de ces arbres, pourtant d’une importance culturelle et écologique reconnue.

Polypore hérissé (Inonotus hispidus) sur un arbre conservé par l’Office National des Forêts © Dominique Delfino (Biosphoto)

Avec des mesures et une gestion appropriée, il est tout à fait possible de conserver et promouvoir la biodiversité forestière. Un rôle particulier revient aux vieux et aux gros arbres présentant des singularités morphologiques permettant le développement de microhabitats. Parmi quelques initiatives encourageantes, l’Ancient Tree Forum en Angleterre mérite d’être mentionné : depuis plus de 20 ans les arbres dits vétérans sont inventoriés dans tout le pays avec l’aide de la population afin de mieux connaitre et promouvoir ces arbres remarquables. L’inventaire des dendro-microhabitats est effectivement accessible à tous. Leur potentiel de bio-indicateur est également facilement visible par tous, y compris par un public non expert. Récemment une application allemande gratuite nommée HabiApp, permet de recenser les arbres-habitats par GPS selon plusieurs caractéristiques (espèce, diamètre, …) ainsi que d’importer des photos pour décrire son observation. Ces données précieuses peuvent en effet servir de base pour une planification forestière sur le long terme et ainsi aider à évaluer la valeur écologique de ces arbres-habitats.

Bibliographie :

PAILLET, Y. (2018). Les microhabitat des arbres : facteurs d’influence lien avec la biodiversité et potentiel indicateur. Thèse d’Ecologie, Museum National d’Histoire Naturelle, Paris.

REBER, A., LARRIEU, L., SCHUBERT, M., BÜTLER, R., (2015). Guide de poche des dendro-microhabitats : description des différents types de microhabitats liés aux arbres et des principales espèces qui y sont associées. 23p.

LARRIEU, L. (2014). Les dendro-microhabitats : facteurs clés de leur occurrence dans les peuplements forestiers, impact de la gestion et relation avec la biodiversité taxonomique. Thèse d’Ecologie, Université de Toulouse, Toulouse.

Swiss Federal Institute for Forest, Snow and Landscape Research, 7 formes de dendro-microhabitat. https://totholz.wsl.ch/fr/arbres-habitats/diversite-des-dendromicrohabitats/7-formes-de-dendromicrohabitats.html

KRAUS, D., BÜTLER R., KRUMM, F., LACHAT, T., LARRIEU, L., MERGNER, U., PAILLET, Y., RYDKVIST T., SCHUCK, A., WINTER, S. (2016). Catalogue des dendro-microhabitat : liste de référence pour inventaires de terrain, document technique, 16p.

BÜTLER, R. LACHAT, T., KRUMM, F., KRAUS, D. LARRIEU, L. (2020). Connaitre, conserver et promouvoir les arbres-habitats. 12p.

BÜTLER, R. ROSSET, C., LARRIEU, L. (2021). Reconnaitre les arbres-habitats grâce à l’application habitat.sylvotech.ch. Schweizerische Zeitschrift fur Forstwesen, 172(4), 242-245p.

BÜTLER, R., LACHAT, T., LARRIEU, L. PAILLET, Y. (2013). Arbres-habitats, éléments clés de la biodiversité forstières dans KRAUS, D. & KRUMM, F. Les approches intégratives en tant qu’opportunités de conservation de la biodiversité forestière, Institut européen des forêts, 308p.


[i] Organisme végétal qui croit sur d’autres végétaux sans se nourrir à ses dépens (définition CNRTL)

[ii] Organisme qui se développe à la surface du bois