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Les interactions biotiques ou comment vivre ensemble 

Comme sur un champ de bataille, chaque espèce de la forêt possède des alliés, des cibles et des ennemis. L’entraide est un très bon moyen de survivre dans un milieu où la recherche et l’obtention de nourriture est la première préoccupation. Cependant, dans le cas où l’association n’est pas équilibrée, la relation n’est pas profitable aux deux individus, et peut parfois être dangereux pour l’un d’entre eux.

Symbiose et mutualisme

Lorsque deux espèces s’allient de façon bénéfique pour les deux, on parle de mutualisme ou de symbiose. La symbiose est une dépendance entre deux espèces pour la survie. Le mutualisme n’est pas spécifique. Par exemple, le lien qui relie les insectes pollinisateurs et les plantes à fleur est mutualiste, ce ne sont pas deux espèces en particulier qui sont reliées. Certaines fourmis vivent avec un acacia, l’arbre leur donne refuge et nourriture, et les fourmis le défendent contre les prédateurs et les autres plantes. Les lichens sont une symbiose entre un champignon et une algue, qui peuvent coloniser des supports stériles. Le figuier sauvage dépend de la guêpe du figuier (Blastophaga psenes) pour sa pollinisation. La femelle pond ses œufs dans des fleurs qui donneront un fruit non comestible, où se développera la descendance de la guêpe. Elle visite également des fleurs semblables mais qu’elle ne parvient pas à parasiter, ce faisant, elle les féconde avec le pollen qu’elle porte. C’est une symbiose, les deux espèces dépendent l’une de l’autre pour leur reproduction.

Une association très intéressante pour la forêt est le mutualisme qui unit les arbres et les champignons, les mycorhizes. Les champignons se fixent sur les racines et développent des structures filamenteuses à travers le sol, autour des racines. Ils multiplient ainsi la surface d’absorption des racines de 10 000. En retour, les arbres leur confèrent des sucres dont ils ont besoin pour croître. Cette relation est indispensable à la mise en place et à la pérennité de la forêt. Elle permet d’instaurer un véritable réseau de communication entre les végétaux, qui peuvent se développer en puisant moins de ressources dans le sol, le champignon permettant l’utilisation d’éléments alternatifs. Certains champignons que nous ramassons sont la partie reproductrice de ces filaments, étendus jusqu’à la surface. C’est le cas des bolets et des truffes par exemple, des champignons que l’on retrouve spécifiquement au pied de certains arbres.

Mais attention, la mycorhize n’est pas toujours mutualiste : un déséquilibre dans la relation et les échanges d’éléments peuvent la faire passer dans le parasitisme.

Parasitisme

 Il s’agit d’une association qui est bénéfique à l’un et néfaste pour l’autre. Ceci se traduit souvent par un prélèvement de nourriture du parasite à l’hôte. C’est ce que font de nombreux champignons et notamment certains arthropodes comme les puces et les tiques. Le coucou est un parasite de couvée des oiseaux : il pond dans le nid des passereaux, leur volant un œuf. Le bébé coucou va éclore avant les passereaux, il pousse les œufs hors du nid pour être le seul petit, et les parents passereaux le nourriront à la place de leurs petits. Les coucous ne nichent pas et parasitent les nids des autres espèces, tuant leur vraie descendance. Autre exemple, l’amadouvier est un parasite des feuillus. Il profite des blessures des arbres pour d’y fixer et se nourrit des molécules circulant dans le tronc. Au bout de quelques années d’implantation, l’amadouvier épuise et tue son hôte.

Un parasite qui tue son hôte est un « mauvais » parasite, il ne peut pas survivre sans son hôte. Par exemple, la graphiose de l’orme est une infestation de l’orme par le champignon Ophiostoma ulmi. Il sécrète des substances toxiques dans la sève, bouchant les vaisseaux de l’arbre et entraînant un dessèchement de la cime. Un arbre condamné ne peut pas être sauvé. Les ormes ont presque disparu d’Europe à cause de ce champignon. S’il cause leur extinction, il s’éteindra lui aussi.

Il existe des parasites qui tuent « intentionnellement » leurs hôtes. Ce sont les parasitoïdes. Un exemple connu est le parasitisme d’insectes par des guêpes. Les guêpes vont pondre les œufs sur un insecte ou dans un insecte. Dès l’éclosion, les larves vont commencer à se nourrir de l’hôte et vont le consommer intégralement lors de leur développement. Les chrysalides des papillons sont notamment la cible de ces guêpes (plus d’informations dans cet article). Les papillons peuvent également être des parasites en s’infiltrant dans des fourmilières, on parle de chenilles myrmécophiles.

Commensalisme

Littéralement, le commensalisme désigne le partage de la nourriture entre hôte et compagnon, le commensal. La définition est étendue à une association bénéfique pour le commensal, et neutre pour l’hôte. Ce bénéfice peut être de la protection, du transport ou de l’obtention de nourriture. Par exemple, certains mulots cohabitent avec des blaireaux, certaines chouettes nichent dans les cavités creusées et laissées par les pics noirs.

Consommation

La consommation a lieu sans échange : un animal consomme un être vivant. On parle de prédation, la proie est un végétal vivant ou un animal vivant. Cette forme de nutrition requiert la mort de la proie. Dans les deux cas, il n’y a pas de coopération entre les espèces, l’une chasse l’autre. Cette relation est une pression qui a favorisé au cours de l’évolution l’apparition de certains caractères et comportements chez les proies et les chasseurs. Les proies animales et végétales ont développé des stratégies de défense (odeur des putois), de camouflage (fourrure blanche en hiver), de fuite (course rapide, enfouissement), d’avertissement de toxicité (couleur des amphibiens) ou encore de mimétisme (écailles des papillons).

Toutes ces interactions se sont mises en place au cours de l’évolution et sont la preuve de l’ingéniosité des espèces : l’évolution simultanée des organismes leur permet d’adopter les caractères facilitant leur mode de vie (appareil buccal accrocheur des puces, pattes rebondissantes des lièvres) tout en délaissant les caractères superflus (ailes des puces), tout cela en fonction de leur environnement, de leur habitat et des espèces avec lesquelles ils cohabitent.


Crédit de la photo principale : Pic noir (Dryocopus martius) et Ecureuils roux (Sciurus vulgaris), Parc naturel régional des Vosges du Nord classé Réserve mondiale de Biosphère par l’UNESCO © Michel Rauch / Biosphoto

Sources :

Les chaînes alimentaires : recycler les éléments et transmettre l’énergie

Toute la matière de la forêt est produite à partir de l’énergie de la lumière du soleil et de la richesse du sol. Cette énergie est récupérée par les arbres et plantes, qui construisent la forêt avec leur « corps ». Une multitude d’organismes prospèrent dans cet habitat et s’échangent constamment de l’énergie sous forme de nutriments, qui sont selon les espèces, des végétaux, d’autres espèces vivantes ou leurs cadavres. 

Dans la forêt, on observe deux processus complémentaires : la formation de matière organique à partir de l’énergie solaire et de minéraux, et la décomposition de cette matière en minéraux pour réenrichir les sols. C’est un cycle constant de complexification et de simplification de molécules. Les animaux sont faits de molécules complexes qui s’assemblent au sein de leur organisme pour construire et faire fonctionner leur corps. Ils sont élaborés à partir d’éléments simples présents dans l’environnement, et de composées complexes qu’ils trouvent dans leur alimentation. Les organismes du sol vont réduire ces composés en éléments simples utilisables par les végétaux.

Au-dessus du sol, la chaîne alimentaire de la matière organique

                  Les nombreuses espèces de la forêt cohabitent dans un même espace. Chaque population est régulée par une autre espèce ou un autre groupe. Ainsi, chaque espèce possède sa niche écologique : son rôle qu’elle remplit inconsciemment en vivant dans son habitat. Par exemple, les insectivores contrôlent la population d’insectes et limitent leur prolifération. 

                  Afin de trouver de l’énergie dans leur environnement, les êtres vivants se mangent entre eux.  On peut construire un cycle de consommation entre les espèces : la chaîne alimentaire. Les différents acteurs de consommation sont triés en plusieurs catégories en fonction de leur rôle :

  • Les producteurs primaires sont les végétaux chlorophylliens, capables de réaliser la photosynthèse. Ils ne consomment pas d’êtres vivants pour obtenir de l’énergie et croître. Ils sont le premier maillon de la chaîne alimentaire terrestre, la cible des animaux.
  • Les consommateurs primaires sont les herbivores et les granivores. Ils vont se nourrir des végétaux, bourgeons, feuilles, jeunes pousses, sève, fruits… On y retrouve par exemple certains oiseaux, les écureuils, les chevreuils, certains insectes se nourrissant de feuilles comme les chenilles, ou les abeilles et les papillons amateurs de nectar.
  • Les consommateurs secondaires sont les prédateurs. Leurs proies sont les consommateurs primaires ou d’autres prédateurs. On y retrouve aussi bien les rapaces, les renards et les lynx que les hérissons, les putois, les fourmis ou la salamandre tachetée.

On peut observer différentes chaînes alimentaires qui sont très courtes au sein de la forêt. Par exemple, la graine, qui se fait manger par le rongeur, mangé par le hibou, est une chaine complète. Ces relations inter-espèces assurent la distribution de l’énergie aux groupes d’espèces et le contrôle constant des populations de proies et de prédateurs. Un déséquilibre grave peut être engendré par la disparition d’un maillon : prolifération des espèces en amont, et mise en danger des espèces en aval.

Voici quelques exemples : la disparition d’un grand prédateur, le dernier maillon de sa chaîne, entraînera la perte de la régulation des consommateurs secondaires ou primaires dont il se nourrissait. Cette ou ces espèces vont alors se multiplier et consommer davantage les espèces les précédant dans la chaîne. Par exemple, la disparition du loup entraîne la multiplication des herbivores qui vont consommer beaucoup plus de plantes qu’auparavant. La conséquence serait la difficulté des plantes à subsister. De la même manière, si un consommateur primaire disparaît, ses prédateurs risquent la famine, et les producteurs vont proliférer. Si un producteur disparaît, toutes les espèces de sa chaîne alimentaire seront en danger.

Le recyclage en profondeur

Le sol peut être découpé en une succession de couches, appelées horizons, de composition différente : la matière organique non décomposée (feuilles mortes, carcasses), l’horizon de dégradation, l’horizon minéral enrichi en matière organique, l’horizon enrichi en fer et en aluminium, et l’horizon au contact de la roche altérée. Chaque couche est caractérisée par un ensemble de conditions (acidité, température, humidité, éléments) favorables à des espèces particulières et spécifiques. 

Sol de clairière alpine 
© Sylvain Cordier / Biosphoto

Tout ce que la forêt produira se retrouvera sur le sol : feuilles, fruits, cadavres d’animaux, arbres effondrés. Tous ces débris seront attaqués instantanément par des organismes plus ou moins petits : des vers de terre aux minuscules organismes unicellulaires, bactéries et champignons invisibles, qui vont transformer les molécules organiques complexes en éléments simples. 

Animaux de la petite faune du sol et du terreau France 
© Jean-Michel Labat / Biosphoto

Une deuxième chaîne alimentaire débute là, à partir des restes d’êtres vivants. Les premiers consommateurs de matière organique sont eux aussi consommés à leur tour par de petits carnivores.

Rotifère près de feuilles au microscope, microorganisme aquatique se nourrissant d’autres microorganismes en suspension dans l’eau
© Marek Mis / Photo Researchers / Biosphoto

L’issue de cette chaîne alimentaire microscopique est le retour à la terre de ce que la forêt a initialement prélevé par les arbres : les minéraux. Ils sont alors à nouveaux mis à disposition des végétaux ancrés dans le sol pour que ce dernier ne s’épuise pas. Ainsi, le corps des animaux est libéré de sa chair, et les os vont progressivement être réduits et intégrés dans le sol.

Cadavres d’animaux laissés par un Loup Pologne
 © David Allemand / Biosphoto

La quasi-totalité des feuilles d’une année est décomposée en un an. Le peu restant est bien plus difficile à détruire ; les restes améliorent la porosité et la perméabilité des sols.

Le sol des forêts est le facteur le plus important de leur croissance. C’est un réservoir de nourriture minérale, le support d’ancrage des arbres, il sert à la rétention d’eau et propose argiles et aération. La pluie permet aux éléments de pénétrer en profondeur, assurant un mélange progressif des couches.

Plus le sol est fertile, plus les arbres sont hauts. La forêt aura des difficultés à se développer sur un sol friable ou trop dense. 

Les êtres vivants de la forêt sont majoritairement composés de la faune du sol. Il ne pourrait pas y avoir de forêt sans ces organismes qui maintiennent la terre en vie.

L’immense biodiversité de la forêt n’est pas un hasard, chaque espèce a sa place dans une chaîne alimentaire et un rôle autour de son habitat, permettant de réguler une population par la prédation, ou d’aider à la reproduction d’une autre inconsciemment, via la pollinisation par exemple.


Crédit de la photo principale : Écureuil roux mangeant sur une souche au printemps France © Guy Piton / Biosphoto

Sources :

Au cœur de la forêt, partager les ressources, l’énergie, l’espace et le temps.

L’écosystème de la forêt est très riche et très organisé, et s’est construit au fur et à mesure de l’évolution. La forêt peut paraître chaotique : dans une guerre constante pour les ressources et une place au sol, chaque organisme a un besoin minimal de nutriments et d’un abri pour pouvoir survivre. Plusieurs stratégies sont apparues au cours de l’évolution pour pouvoir répartir au mieux les ressources.

Dans son fonctionnement, la forêt peut ressembler à un seul être vivant qui récupère son énergie de l’extérieur et qui doit être capable de la redistribuer à toutes les parties de son organisme. La source principale d’énergie est la lumière du Soleil. Elle permet la formation de matière organique à partir de matière minérale. Ce processus a lieu dans les végétaux grâce à la photosynthèse. Les autres sources sont la richesse du sol, auto-entretenue par la forêt elle-même, et l’eau.

Partager l’énergie du Soleil

La photosynthèse est réalisée par les plantes vertes, à l’intérieur des cellules de leurs feuilles. Ces cellules contiennent des chloroplastes : compartiments cellulaires contenant de la chlorophylle, le pigment vert à l’origine de la couleur des végétaux. Ce sont dans ces organites que la photosynthèse a lieu. La couleur verte que nous percevons est issue de l’absorption des rayons ultraviolets et infrarouges de la lumière du Soleil. Cette énergie est utilisée pour produire du sucre à partir de minéraux et d’eau. Le sucre produit est ensuite mis à disposition des cellules pour produire de l’énergie utilisable par l’organisme. 

La photosynthèse est indispensable aux plantes. Les cellules végétales, tout comme les cellules animales, ont besoin des éléments chimiques contenus dans la matière organique pour fonctionner : carbone, hydrogène, oxygène, azote et phosphore principalement. Ils ne sont pas capables de récupérer de la matière organique du monde extérieur comme les animaux le font en la consommant. Ils doivent donc la produire eux-mêmes : le sucre est un composé organique issu de la photosynthèse. Grâce à ce processus, le végétal va croître et produire des tissus organiques : bois, tiges, feuilles, fleurs… 

Chevreuil (Capreolus capreolus) brocard se nourrissant de bourgeons en forêt au printemps, Brognard, Franche-Comté, France 
© Dominique Delfino / Biosphoto

Ces tissus vont à leur tour être une source d’énergie pour les animaux. Ils pourront se la répartir au travers des chaînes alimentaires. L’énergie solaire est donc redistribuée à tous les habitants de la forêt, des microorganismes de l’humus aux grands mammifères.

Trouver sa place pour pousser, le défi de la flore et de la fonge des forêts.

La forêt couvre un territoire restreint. Sa population ne peut pas se répandre en largeur, elle s’est donc adaptée et préfère la hauteur. On peut délimiter plusieurs strates allant de la surface du sol à la cime des arbres.

La strate arborescente est formée par le feuillage des arbres les plus grands : les chênes, les pins, les hêtres et épicéas dans les forêts tempérées. Ici se déroule un combat silencieux pour parvenir à capter le plus de lumière solaire possible. Certains arbres dominent les autres, s’accaparant une très grande part des rayonnements. Les arbres dominés reçoivent bien moins d’énergie. On observe parfois des « fentes de timidité » : la cime des différents arbres ne se touche pas, et laisse un écart de 10 à 50 cm. L’origine de ce phénomène reste encore inconnue, mais une hypothèse serait que cette fente laisse passer la lumière, et limite la transmission de maladies d’arbre à arbre en limitant leur contact. C’est le cas des pins parasols (Pinus pinea).

Timidité chez les pins parasols
© Muriel Hazan / Biosphoto

La strate arbustive, située entre 1 et 7 mètres de hauteur est formée par les jeunes arbres. La strate herbacée contient les fleurs et les fougères. Ces deux strates dépendent de la densité de la strate arborescente et de la composition des sols. Si la strate arborescente est très dense, peu de lumière sera accessible aux végétaux situés en dessous. Ils seront en conséquence bien moins développés. De cette manière, si un arbre meurt, beaucoup de lumière sera disponible autour de sa souche, ce qui permettra à un autre arbre de grandir et de prendre sa place.

Forêt mixte des Vosges du Nord au printemps 
© Michel Rauch / Biosphoto

La strate muscinale représente le tapis de mousses, de lichen et de champignons qui couvre le sol de la forêt. Ils ont besoin de peu de lumière pour se développer mais de beaucoup d’eau. On peut donc observer une compétition dans l’épaisseur de l’humus à travers plusieurs morphologies de racines. Certaines restent en surface, d’autres vont puiser l’eau dans les profondeurs.

Tapis de lichens en sous-bois en automne Auvergne 
© Philippe Bousseaud / Biosphoto
La place des autres espèces

Les animaux se répartissent à leur tour dans cet espace. Certains oiseaux volent à la cime des arbres, d’autres préfèrent leur tronc, d’autres encore le sol. Les petits mammifères choisissent eux aussi la position de leurs abris : galeries creusées dans le sol, terriers, creux des arbres ou buissons. De la même manière, certains champignons poussent à même le sol, alors que d’autres se hissent en hauteur sur les troncs.

Perce-neige en fleurs en sous-bois France
© Michel Gunther / Biosphoto

Pour se partager un même espace, les espèces alternent également dans le temps. À la fin de la journée, les animaux nocturnes prennent la place des animaux diurnes. Même chose pour la flore : au fur et à mesure des saisons, les fleurs ne fleurissent pas en même temps, pour avoir une chance d’être pollinisées. À chaque saison ses propres fleurs : grâce à des conditions de développement légèrement différentes d’une espèce à l’autre, chacune a sa chance de s’épanouir.

Ce sont dans les zones de changement que les populations sont les plus diverses : changement de strate, aube et crépuscule, printemps et automne. Au cours de l’évolution, chaque espèce a trouvé sa place dans ce système. On observe donc une très grande diversité d’espèces au même endroit, partageant la même énergie en se la répartissant dans le temps et l’espace.


Crédit de la photo principale : Hérisson d’Europe et champignons sur chablis en forêt France © Régis Cavignaux / Biosphoto

Sources :

  • Sueron, C., 1997. La vie de la forêt. Collection Les hommes et la nature, Éditions Office national des forêts. 47p.
  • Timidité , Wikipédia France

La forêt, un écosystème en constante adaptation

Dans la forêt, les arbres sont source de nutriments, d’énergie et de confort pour les espèces y habitant. Ce sont eux qui forment la principale structure de l’écosystème, et qui font le lien entre les organismes et la terre qu’ils occupent. Intimement liés à leur lieu d’implantation, ils ne sont pas capables de se déplacer. Pour prospérer et survivre, ils doivent vivre en harmonie avec leur environnement, et ses aléas.

La forêt contre les intempéries

Pour maintenir et protéger l’écosystème forestier, la forêt doit être capable de s’adapter aux variations de son environnement. Elle doit donc résister à son climat et ses imprévus. Voilà quelques exemples de pressions que peuvent connaître les forêts, et de comment elles y font face.

Les tempêtes peuvent déraciner ou briser des arbres par leurs vents forts, pouvant atteindre 100 km/h. Certains arbres comme le chêne ou le mélèze sont plus résistants que d’autres, l’épicéa, le pin sylvestre ou le hêtre. Les forêts sujettes aux vents forts n’ont donc pas la même composition que les autres. La tempête Klaus de janvier 2009 a ravagé plus de 60% de la forêt des Landes de Gascogne, qui se remettait encore de la tempête Martin de 1999. Cette forêt est principalement composée de pins maritimes (Pinus pinaster) qui ont été sectionnés et déracinés, et de quelques chênes qui ont été dessouchés.

Forêt landaise dévastée par la tempête Klaus France ; Quelques jours après la tempête 
© Hugues de Cherisey / Biosphoto

La sècheresse durable est dangereuse. Les racines des arbres puisent l’eau profondément dans le sol. S’il est déshydraté, leur croissance est plus lente et ils perdent une partie de leur feuillage, pour limiter la consommation et l’évaporation d’eau. Si la forêt n’est pas adaptée, la pénurie d’eau peut être destructrice. Les herbes sèchent et sont plus sujettes aux incendies, qui vont fragiliser les arbres qui peinent déjà à survivre.

Les pluies acides changent la composition des sols. Elles sont issues de la suspension de polluants dans l’air, rapportés au sol par l’eau. Ces polluants proviennent naturellement des éruptions volcaniques, mais sont principalement rejetés par l’industrie de nos jours, conséquences du chauffage, des usines, et de la circulation automobile. L’augmentation de l’acidité du sol est dangereuse pour les invertébrés qui l’habitent, ce qui provoque un déséquilibre dans le cycle de nutriments de la forêt. Le sol s’en retrouve appauvri et les arbres en pâtissent : défoliation des feuillus, lésions pour les conifères. Les eaux acides provoquent des blessures aux feuilles, qui laissent apparaître des traces de brulure. Ces pluies rejoignent ensuite les cours d’eau, faisant fuir les poissons des rivières et ruisseaux. Les mammifères et oiseaux de la forêt sont indirectement touchés car la nourriture est plus rare et potentiellement polluée, porteuse de maladies.

Aiguilles de pin endommagées par les pluies acides en France © Bruno Pambour / Biosphoto
Une adaptation nécessaire

Étant obligée de subir ces intempéries, la forêt doit s’adapter pour survivre et se reconstruire. Elle se régénère toute seule et s’étend progressivement sur les sols non boisés. En fonction des milieux et de leurs contraintes, elle adapte sa végétation et sa population : les espèces les moins adaptées vont laisser leur place aux plus résistantes. Les paramètres déterminants sont l’humidité, la composition des sols, l’exposition au soleil au fil des saisons, les températures, et les imprévus. La synthèse de toutes ces variables définit la composition des forêts en fonction des régions et des climats. Voici quelques exemples :

La forêt méditerranéenne est adaptée à un climat chaud et sec. L’eau est rare, puisée en profondeur. Les feuilles des végétaux sont recouvertes de cire pour limiter son évaporation. Les feuilles des persistants photosynthétisent en hiver, saison humide plus clémente et plus pluvieuse. On retrouve le chêne vert, le chêne pubescent, le chêne-liège et des pins, notamment le pin-parasol. Ces forêts sont composées de nombreux arbustes issus des sols appauvris par les fortes exploitations et les incendies, très fréquents dans cette région. Les feux de forêts sont principalement d’origine humaine, mais se répandent très facilement à cause de la composition des forêts et de la sècheresse générale. 

Paysage de forêt brulée en repousse au printemps, Collines des environs de Hyères, Var, France
© André Simon / Biosphoto

En montagne, la forêt ne pousse pas partout de la même manière : le gain d’altitude induit un changement de température, de composition d’air et d’humidité. Depuis la vallée, des populations se succèdent : hêtre, sapin et pin sylvestre laissent progressivement leur place au mélèze, au pin cembro et au pin à crochets. Dans les hauteurs, plus rien ne pousse, on parle de limite de végétation.

Les hivers montagnards étant très rudes, les arbres sont capables de se préparer aux températures glaciales en une dizaine de jours. Leurs cellules diminuent leur teneur en eau pour éviter le gel, et s’entourent d’une paroi glacée. Une vague de froid soudaine peut les prendre au dépourvu. Un gel précoce en automne 1998 a fragilisé la forêt des Ardennes. Les troncs d’arbres, non préparés au froid, ont subi des lésions : le gel a traversé l’écorce et a provoqué la mort de nombreuses cellules. D’autres organismes ont profité de ces points faibles : dans les années 2000, les arbres se sont retrouvés envahis de champignons se nourrissant du bois et provoquant leur décomposition. De nombreux insectes xylophages, consommateurs de bois, ont également été attirés par les ouvertures de l’écorce.

Forêt mixte en automne Vallée de la Wormsa Vosges France © Berndt Fischer / Biosphoto
Mont Aiguille en automne Vercors France 
© Antoine Boureau / Biosphoto

La forêt tropicale possède un climat idéal à la prolifération des organismes : humidité constante et température stable, entre 25 et 30 °C. Les espèces ont pu évoluer sans trop de contraintes et sans la pression de la sélection naturelle. De ce fait, elles sont très nombreuses et variées, en compétition constante pour l’espace et les ressources.

La forêt des plaines et des collines couvre 60% du territoire français, elle est adaptée au climat tempéré. Elle est entretenue par les forestiers pour produire du bois tout en surveillant la santé des arbres et en protégeant les espèces qu’elle abrite. Les forêts domaniales sont régulièrement nettoyées pour permettre le passage de visiteurs.

Sous-bois de forêt tempérée en automne
Champagne France ; Réserve biologique intégrale de la forêt domaniale d’Auberive
© Franck Fouquet / Biosphoto

La France possède une variation de climat notable sur l’ensemble de son territoire, et regroupe donc des forêts très variées. Une grande partie des espèces peut changer d’une région à l’autre. Quelques espèces sont endémiques à certaines zones, c’est-à-dire qu’elles prospèrent dans un territoire limité. D’autres sont adaptatives et peuvent être retrouvées dans des régions radicalement différentes. Lorsqu’une espèce quitte son territoire pour en envahir un autre, on parle d’espèce invasive. C’est un phénomène naturel amplifié par le dérèglement du climat. Il est donc toujours intéressant de garder l’œil ouvert lors de vos balades, on peut toujours faire des observations étonnantes. L’Observatoire de la Biodiversité des Forêts vous propose des quêtes sur des espèces particulières afin de pouvoir constater leurs déplacements et leur évolution en fonction du changement climatique. Vos observations permettent aux scientifiques de surveiller les mouvements des populations.

Le réchauffement climatique provoque de grandes variations du climat en très peu de temps. Les espèces motiles peuvent se déplacer avec leurs conditions idéales de vie, mais les arbres n’en sont pas capables. Ces changements brusques de température et d’humidité mettent les arbres dans des conditions pour lesquelles ils ne sont pas adaptés, les rendant plus sujets à des pertes à grande échelle comme les incendies de plus en plus fréquents chaque été et les pénuries d’eau. 


Crédit de la photo principale : Forêt de montagne dans le massif du Ballon de Servance ; Jour de pluie et de brume © Denis Bringard / Biosphoto

Sources :

  • Sueron, C., 1997. La vie de la forêt. Collection Les hommes et la nature, Éditions Office national des forêts. 47p.
  • Pluie acide, Tempête Klaus, Forêt des Landes, Wikipédia France

65 Millions d’Observateurs : Retour sur les nouveaux outils en développement

Noé était présent la semaine dernière au comité de pilotage de 65 Millions d’Observateurs (aussi connu sous le nom de 65MO), projet porté par le Museum national d’Histoire naturelle.

L’idée motrice de 65MO est de développer des outils innovants et performants au service des programmes de sciences participatives qui connaissent un fort engouement. En effet depuis 2011, la participation à ces programmes de sciences participatives a augmenté de 154%. Le développement de programmes à destination du grand public permet à chacun de prendre conscience qu’il est possible d’agir localement en faveur de l’environnement et pour la préservation de la biodiversité.

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