Les bilans Élégante striée et Polypore soufré sont en ligne !

En février 2022, Noé a lancé deux quêtes forestières pour une durée d’un an : un escargot, l’Élégante striée (Pomatias elegans), et un champignon, le Polypore soufré (Laetiporus sulphureus).

Ces deux missions ont permis de largement améliorer les connaissances en termes de répartition de ces espèces, notamment pour le Polypore soufré dont la présence est attestée dans deux nouveaux départements, et ont rassemblé de nombreux participants, que nous remercions chaleureusement !

Retrouvez tous les détails en téléchargeant les deux bilans :

Les Missions forêt du printemps sont en ligne !

Le printemps approche, la nature sort de sa torpeur : il est temps de partir en forêt à la recherche de nouvelles espèces ! Pour cette saison, nous vous proposons de découvrir un papillon et un reptile.

La Grande Tortue (Nymphalis polychloros)

Lors de vos promenades printanières, peut-être croiserez-vous un grand papillon de couleur rousse, avec des taches noires, une bordure sombre et des lunules bleues le long des ailes postérieures. Il s’agit de la Grande Tortue, qui sort de sa léthargie hivernale dès le retour des beaux jours. Vous pourrez l’observer en train de butiner des chatons de saules, de se nourrir d’écoulements de sève, de fruits très mûrs ou encore d’excréments.

Grande Tortue en vol © Joël Héras / Biosphoto

Attention à ne pas la confondre avec la Petite Tortue !

La quête sera ouverte jusqu’au 31 août.

Pour en savoir plus, découvrez la fiche espèce de la Grande Tortue.

L’Orvet fragile (Anguis fragilis)

La deuxième espèce que nous vous proposons de découvrir est beaucoup plus discrète : il s’agit de l’Orvet fragile, un lézard apode (qui n’a pas de pattes) mesurant entre 30 et 50cm de long, possédant une petite tête avec un museau conique et arrondi, et dont la peau a un aspect lisse et brillant. Il est actif principalement le matin et en fin de journée, lorsque la météo est humide et peu ensoleillée.

Orvet fragile © Gilles Martin / Biosphoto

La quête sera ouverte jusqu’au 31 octobre.

Pour en savoir plus, découvrez la fiche espèce de l’Orvet fragile.

Vous pouvez également toujours participer à la quête sur la Salamandre tachetée, qui reste ouverte jusqu’à l’automne !

Pour participer, rendez-vous sur l’application INPN Espèces. Un tutoriel est disponible ici pour vous aider à saisir vos observations.

Nous vous souhaitons de belles observations !

Cycle de vie d’un arbre

L’arbre forme la principale structure de la forêt. En vivant en communauté, les arbres créent un habitat accueillant pour de nombreuses espèces de végétaux, d’animaux, de champignons et de microorganismes. Toutes les étapes de la vie d’un arbre ont lieu dans cet espace et participent à son maintien. De la même manière, certaines espèces de la forêt participent à ces jalons de vie. Nous allons parcourir les étapes du cycle de vie de l’arbre, tout en observant sa place au sein de l’écosystème forestier.

Germination

La vie d’un arbre commence avec une graine. Une petite graine qui a traversé l’hiver et qui rencontre les premières gouttes et les premiers rayons de soleil du printemps. Elle va lentement s’ouvrir et mettre en place ce qui va lui permettre de produire de l’énergie : le germe utilise les réserves que contient la graine pour étirer ses premières racines et déployer ses feuilles. Les premières feuilles sont déjà présentes dans la graine, on les appelle les cotylédons, ils permettent de récupérer l’énergie du soleil pour pouvoir grandir. Ils ont souvent une forme différente de celle des autres feuilles. Très rapidement, la petite pousse est donc capable de réaliser la photosynthèse et entame sa longue croissance.

Germination d’un gland 
© Pascal Pittorino / Biosphoto
Plantule de chêne et ses cotylédons 
© Muriel Hazan / Biosphoto
Croissance

Le jeune arbre entame alors sa croissance et devra gagner sa place au soleil s’il veut survivre face à la compétition. Cette phase peut prendre de 10 à 80 ans selon les espèces. Les bourgeons se forment, les branches et les racines s’allongent. Chaque printemps est le temps de la mise en place de nouvelles feuilles et de nouveaux embranchements. Quand l’hiver approche, les bourgeons du printemps suivant sont déjà prêts pour le retour du soleil et du climat doux.

D’un point de vue plus précis, la croissance végétale se fait dans les airs et sous terre, simultanément. Le centre de croissance est situé à l’extrémité de chaque branche et chaque racine. Il est constitué de cellules pouvant se diviser indéfiniment. On appelle cette zone le méristème. Il met en place les prochains embranchements, les ébauches de feuilles et de boutons floraux. Il peut en théorie croître à l’infini. 

Chaque année, une branche gagne un segment en longueur, et peut former des branches secondaires perpendiculaires. Chaque espèce a une allure préconçue : la disposition des bourgeons, l’ordre suivant lequel ils éclosent, la fréquence à laquelle une branche s’allonge. Un chêne n’aura pas la même allure ni la même envergure qu’un hêtre ou qu’un saule.

 Dans les faits, les arbres vont adopter une forme au cours de leur croissance qui dépendra de leur environnement. Ils occuperont l’espace qui leur est donné parmi les autres végétaux. En forêt, les contraintes de lumière et d’espace influencent l’allure des arbres. Les branches les plus basses, à l’ombre, sont délaissées, et certains arbres se tordent pour atteindre la lumière.

L’arbre grandit tout au long de sa vie. Si la croissance verticale ralentit puis s’interrompt progressivement, il continue de croître en largeur. On parle également de méristème, secondaire cette fois-ci. Il désigne les cellules placées sous l’écorce qui seront responsables de créer de nouveaux vaisseaux de circulation de la sève : le phloème et le xylème. Cette nouvelle couche viendra comprimer la précédente, qui ne sera plus utilisée, et formera un nouveau cerne dans le bois. Le nombre de cernes d’un arbre coupé permet bien de déterminer son âge.

Au fil des années, les cernes internes meurent et servent uniquement de support à l’arbre qui gagne en taille et en poids, et à ses branches déployées. Un ancrage puissant dans le sol et un tronc solide protègeront l’arbre des vents violents qui risqueraient de le déraciner ou de le briser. La circulation de la sève se fait en périphérie, sous l’écorce. Voilà pourquoi on retrouve parfois des arbres creux, toujours vivants, qui servent de cachette pour quelques espèces qui les auront repérés. Les cernes morts auront été creusés par un oiseau, ou des insectes et ne sont pas indispensables à la survie de ces arbres.

Reproduction

Passé un certain temps, souvent quelques années, l’arbre devient capable de se reproduire ! Tout comme les autres végétaux, il se reproduit grâce au pollen. Chez les conifères, il est libéré à partir de cônes, chez la plupart des feuillus, ce sont plutôt des fleurs qui s’en chargent. Elles peuvent être grandes ou minuscules, avoir des pétales aux couleurs chatoyantes, ou aucun, un parfum attirant ou une odeur putride ; tout dépend de leur mode de pollinisation.

Si elle se repose sur les insectes, les fleurs sont, larges, colorées et odorantes pour les attirer. C’est le cas des arbres fruitiers comme les cerisiers et les pruniers.

Souvent, elle est plutôt assurée par le vent. Les fleurs sont alors plus discrètes, faites pour larguer le pollen et l’attraper. Les chatons des chênes sont des regroupements de fleurs facilement observables qui utilisent le vent pour être pollinisées. Pour maximiser les chances de féconder une fleur, des quantités abondantes de pollen sont libérées simultanément. C’est pourquoi on retrouve du pollen dans l’air un peu partout quand vient la saison. 

Lorsque le pollen atteint une fleur, il rejoint le pistil et féconde un ovule, la future graine. Un fruit commence alors à se former. Ce fruit peut être une baie avec des pépins, une drupe avec un noyau, ou un akène, un « fruit sec ». Dans la forêt, la plupart des fruits sont des akènes : les glands, les pignons de pin, les samares des érables, les châtaignes… Ce sont des fruits oléagineux, c’est-à-dire avec très peu, ou pas d’eau, et beaucoup d’huile. Ils ne sont donc pas sensibles au gel et traversent l’hiver à même le sol en attendant l’arrivée des beaux jours.

L’objectif des végétaux est de conquérir de nouveaux territoires, de germer loin du parent. Afin de disséminer leurs graines, les arbres optent pour plusieurs stratégies, comme l’utilisation des courants d’air (érable), l’écoulement de l’eau, le transport passif des animaux par ingestion (fruits à chair sucrée) ou par fixation sur leur pelage. Certaines graines commencent à germer dans le système digestif des animaux qui consomment leur fruit. 

Samares, « hélicoptères » d’Érable
© Gilles Gonthier / Flickr

Le Geai des chênes (Garrulus glandarius) est un oiseau qui fait des réserves de graines pendant l’automne en prévision de l’hiver. Pour ce faire, il enfouit des glands dans le sol. Un geai peut enfouir jusqu’à 4600 glands dans le sol par an. Il ne les récupèrera pas tous, et les oubliés formeront au printemps une petite plantule. C’est donc un oiseau planteur de forêts !

Geai des chênes portant un gland dans son bec 
© hedera.baltica / Flickr

Les arbres peuvent aussi utiliser un autre mode de reproduction, asexué et végétatif, qui ne demande pas de rencontre avec un autre membre de l’espèce. C’est ce qui est utilisé quand on réalise des boutures. Certaines branches sectionnées sont capables de former de nouvelles racines si les conditions de température et d’humidité sont optimales. On obtient ainsi un jeune spécimen, clone de l’arbre original. Cette technique apporte une sécurité à l’arbre, en cas de tempête violente, une blanche coupée aura sa chance de continuer à vivre, indépendamment de l’arbre. Ces propriétés sont extrêmement exploitées par l’homme, et surviennent rarement en milieu naturel.

              Un autre mode de reproduction végétative est le clonage par stolon. Un plant forme un stolon, une tige aérienne qui a pour origine la base de la plante et qui s’étend à la surface du sol. À partir de ce stolon, la plante-mère va produire une plante-fille sur le stolon, avec ses propres feuilles et racines. Une fois que la plante-fille est autonome et bien ancrée dans le sol, le stolon meurt, et on obtient un clone de la plante-mère. 

C’est un phénomène facilement observable chez les fraisiers, mais on ne le retrouve pas chez les arbres. Un stolon aérien n’est pas adapté, les arbres préfèrent le faire passer sous terre. On parle alors de drageon. Ce phénomène peut être observé chez le pommier ou chez l’acacia (le robinier faux-acacia Robinia pseudoacacia) qui sont souvent entourés d’arbrisseaux, clones de l’arbre principal. Une forêt des États-Unis, Pando, est composée d’un seul arbre, qui s’est cloné au fil des années. Elle est considérée comme l’organisme vivant le plus lourd et le plus âgé de la planète. Elle est aujourd’hui menacée par la population d’herbivores qui prolifère suite à la chasse de leurs prédateurs. (Plus d’informations ici

Ces deux modes de reproduction apportent chacun leurs avantages et leurs inconvénients : la reproduction sexuée est lente et risquée mais permet la mise en place d’une grande diversité génétique et augmente la capacité d’adaptation de l’espèce aux pressions et aux maladies, c’est ce qui permet la sélection naturelle sur une très grande échelle de temps ; la reproduction végétative est quant à elle beaucoup plus rapide, ce qui permet à l’arbre de coloniser très rapidement une zone, de survivre en cas d’accident, et d’augmenter l’étendue de la reproduction sexuée.

Mort

Lorsque la sève n’atteint plus la cime, les branches commencent à sécher et l’arbre meurt peu à peu. Sa structure restera en place, il servira d’habitat pour de nombreux habitants de la forêt : champignons, oiseaux, insectes, petits mammifères, lichens et lierres. Sa décomposition, tout comme sa croissance, est très lente. C’est un corps très dense et solide qui retournera à la terre en temps voulu. En attendant qu’il s’effrite, il restera debout, ou formera de beaux reliefs s’il vient à être couché sur le sol. Le bois mort apporte beaucoup au sol de la forêt.

Saulaie de Mothern, restes de saules 
© Sylvain Cordier / Biosphoto

Crédit de la photo principale : Bois de Buckenberg – Alsace France © Claude Guihard / Biosphoto

Sources :

  • Sueron, C., 1997. La vie de la forêt. Collection Les hommes et la nature, Éditions Office national des forêts. 47p.
  • Méristème, Akène, Stolon, Geai du chêne. Wikipédia France

L’Alimentation d’un arbre : vivre immobile

Les arbres sont des êtres vivants ancrés dans le sol. Dès l’instant qu’ils commencent à germer, ils s’implantent et ne quitteront jamais leur sol, sauf intervention externe.

Créer sa propre énergie pour grandir

Au sein de la chaîne alimentaire, les arbres forment le premier maillon : les producteurs primaires. Ils ne consomment pas d’autres êtres vivants pour grandir. Pourtant, en tant qu’organisme vivant, la matière première permettant de construire les tissus et de fournir l’énergie nécessaire au maintien des fonctions vitales est la matière organique. Elle désigne les éléments riches en atomes de carbone, comme les sucres, qui forment la majorité de notre alimentation. S’ils ne s’en nourrissent pas, les arbres tout comme les autres végétaux, la produisent grâce à la photosynthèse. Ils récupèrent l’énergie solaire grâce à leurs feuilles, et à partir des minéraux et de l’eau qu’ils extraient du sol par leurs racines, ils créent la matière organique dont ils ont besoin. Les racines s’étendent de plus en plus au cours de la croissance de l’arbre, tout comme son feuillage. Il n’est donc pas étonnant que le sol des forêts soit recouvert de très grosses racines.

Cette réaction a lieu dans les cellules contenant de la chlorophylle, dans les feuilles de l’arbre. Les feuilles sont donc à l’origine de la production de toute l’énergie de l’arbre. Pour redistribuer cette énergie à toutes les cellules au travers de son corps, il possède tout comme les animaux un système circulatoire.

Le système circulatoire des végétaux

Comme au sein de tout être vivant, les molécules doivent pouvoir se déplacer de part et d’autre de l’organisme. Chez l’arbre il est important d’acheminer les minéraux des racines jusqu’aux feuilles, et de distribuer l’énergie produite par les feuilles au reste de l’organisme. Cette circulation se fait dans des vaisseaux grâce à un liquide, la sève. On distingue deux types de sèves qui n’ont pas la même composition : la sève brute et la sève élaborée.

La sève brute est riche en minéraux et est formée à partir des cellules racinaires. Elle doit être conduite aux feuilles qui ont besoin de l’eau et des minéraux qu’elle contient. L’arbre ne possède pas de pompe équivalente au cœur des vertébrés. La sève brute s’élève dans le xylème, vaisseau de bois s’étendant des racines aux branchages le long du tronc. Elle circule du bas vers le haut, dans le sens contraire de la gravité. Ce phénomène serait issu de la transpiration végétale : l’eau présente dans la sève brute est évaporée au niveau des stomates, minuscules pores que l’on retrouve au revers des feuilles. Cette évaporation induit une perte en eau en haut du xylème. Les racines puisant l’eau dans le sol, elles concentrent l’eau dans le bas du xylème. Ce déséquilibre entraîne la poussée de l’eau vers le haut, qui à l’état liquide cherche toujours à se répartir de façon homogène.

Sous l’écorce, dans des vaisseaux qu’on appelle le phloème, circule la sève élaborée. Elle est constituée des acides aminés et des glucides issus de la photosynthèse. Elle s’écoule hors de l’arbre lorsqu’il est blessé. De nombreux insectes profitent de ces blessures pour récupérer les nutriments de ce liquide gorgé de sucre. La sève élaborée a pour rôle d’acheminer les nutriments aux cellules de l’arbre qui pourront les utiliser comme source d’énergie. Certains endroits en ont particulièrement besoin, les boutons floraux, les fruits en croissance, les bourgeons de feuilles, les nouvelles branches ou racines.

Goutte de sève élaborée © Phil / Flickr

Le système respiratoire

Les arbres respirent, comme tous les êtres vivants. La conversion de matière organique en énergie est une réaction chimique qui demande du dioxygène (O2) et qui libère du dioxyde de carbone (CO2). Ces échanges gazeux ont lieu au revers des feuilles. La libération de CO2 est l’issue inévitable de l’utilisation de glucides comme source d’énergie. Cependant, chez les arbres comme chez tous les végétaux, la photosynthèse compense la respiration, en consommant du dioxyde de carbone et en libérant du dioxygène. La composition de l’air reste donc équilibrée. Tout ce système reste opérationnel tant que l’arbre porte ses feuilles – ou ses aiguilles pour les conifères. Puisqu’en automne, les feuillus perdent leur couverture, ils entrent en dormance. Ils ne peuvent plus produire d’énergie. Le bourgeonnement de nouvelles feuilles le printemps venu est extrêmement énergivore, mais ce fonctionnement permet à l’arbre de traverser la saison à risques. La plupart des conifères ne perdent pas leurs aiguilles – sauf températures extrêmes – et restent actifs tout au long de l’hiver. 

L’eau, nécessaire pour survivre

Digestion, respiration… hydratation ! L’arbre boit lui aussi. Il a besoin d’eau pour transporter les minéraux des racines aux feuilles et pour réaliser la photosynthèse. La majorité de l’eau absorbée par la sève brute est évaporée au niveau des feuilles. C’est le phénomène de transpiration évoqué précédemment. Cette circulation d’eau permet à la sève brute d’avoir une consistance adéquate pour être élevée à plusieurs mètres ou dizaines de mètres de hauteur. On parle d’évapotranspiration, l’eau est transpirée sous forme de gaz, et comme une sueur. L’eau sert également de liquide de refroidissement : toutes ces réactions chimiques produisent beaucoup de chaleur. Il est donc indispensable que cette eau circule et maintienne la température de l’arbre à des valeurs normales.

La morphologie des feuilles permet à un maximum de gouttes de tomber au-dessus de l’étendue des racines. Elles interceptent les gouttelettes et les réunissent en gouttes plus grosses qui atterrissent sur le sol. Elles permettent aussi de créer une atmosphère humide si les gouttelettes ne sont pas assez nombreuses pour rejoindre le sol : elles d’évaporent sur les feuilles et rejoignent l’air ambiant.

Goutte d’eau sur feuille de rosier © cris.e / Flickr

L’organisation en forêt est un véritable avantage pour l’arbre. Le milieu devient une véritable éponge grâce aux mousses et à l’hummus. L’eau interceptée n’est pas qu’utilisée par les arbres et les végétaux, elle est également filtrée peu à peu à travers les couches du sol dans les profondeurs pour rejoindre les nappes phréatiques. Ainsi, la forêt est un barrage aux ruissellements et permet donc de limiter les inondations, de ralentir l’érosion des roches et de lutter contre l’assèchement des sols.


Crédit de la photo principale : Arbres en forêt ©  *pascal* / Flickr

Sources :

De nouveaux bilans de quêtes sont disponibles !

Trois missions ont été closes à la fin de 2022 : les quêtes du Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) et du Morio (Nymphalis antiopa), lancées au printemps, et la quête de la Langue de bœuf (Fistulina hepatica), lancée à l’automne.

À partir des données que vous avez récoltées, nous avons pu confirmer la présence de ces espèces dans de nombreuses communes où elles n’avaient pas été observées auparavant, ainsi que dans deux nouveaux départements pour la Langue de bœuf.

La mission de la Langue de bœuf a compté plus de participants que l’année précédente, merci à tous les observateurs !

Pour plus de détails, voici les bilans de ces « Missions forêt » : 

Nous vous donnons rendez-vous au printemps pour l’ouverture de nouvelles quêtes ! En attendant, n’hésitez pas à participer aux trois quêtes en cours : la Salamandre tachetée, le Polypore soufré et l’Élégante striée.

Les interactions biotiques ou comment vivre ensemble 

Comme sur un champ de bataille, chaque espèce de la forêt possède des alliés, des cibles et des ennemis. L’entraide est un très bon moyen de survivre dans un milieu où la recherche et l’obtention de nourriture est la première préoccupation. Cependant, dans le cas où l’association n’est pas équilibrée, la relation n’est pas profitable aux deux individus, et peut parfois être dangereux pour l’un d’entre eux.

Symbiose et mutualisme

Lorsque deux espèces s’allient de façon bénéfique pour les deux, on parle de mutualisme ou de symbiose. La symbiose est une dépendance entre deux espèces pour la survie. Le mutualisme n’est pas spécifique. Par exemple, le lien qui relie les insectes pollinisateurs et les plantes à fleur est mutualiste, ce ne sont pas deux espèces en particulier qui sont reliées. Certaines fourmis vivent avec un acacia, l’arbre leur donne refuge et nourriture, et les fourmis le défendent contre les prédateurs et les autres plantes. Les lichens sont une symbiose entre un champignon et une algue, qui peuvent coloniser des supports stériles. Le figuier sauvage dépend de la guêpe du figuier (Blastophaga psenes) pour sa pollinisation. La femelle pond ses œufs dans des fleurs qui donneront un fruit non comestible, où se développera la descendance de la guêpe. Elle visite également des fleurs semblables mais qu’elle ne parvient pas à parasiter, ce faisant, elle les féconde avec le pollen qu’elle porte. C’est une symbiose, les deux espèces dépendent l’une de l’autre pour leur reproduction.

Une association très intéressante pour la forêt est le mutualisme qui unit les arbres et les champignons, les mycorhizes. Les champignons se fixent sur les racines et développent des structures filamenteuses à travers le sol, autour des racines. Ils multiplient ainsi la surface d’absorption des racines de 10 000. En retour, les arbres leur confèrent des sucres dont ils ont besoin pour croître. Cette relation est indispensable à la mise en place et à la pérennité de la forêt. Elle permet d’instaurer un véritable réseau de communication entre les végétaux, qui peuvent se développer en puisant moins de ressources dans le sol, le champignon permettant l’utilisation d’éléments alternatifs. Certains champignons que nous ramassons sont la partie reproductrice de ces filaments, étendus jusqu’à la surface. C’est le cas des bolets et des truffes par exemple, des champignons que l’on retrouve spécifiquement au pied de certains arbres.

Mais attention, la mycorhize n’est pas toujours mutualiste : un déséquilibre dans la relation et les échanges d’éléments peuvent la faire passer dans le parasitisme.

Parasitisme

 Il s’agit d’une association qui est bénéfique à l’un et néfaste pour l’autre. Ceci se traduit souvent par un prélèvement de nourriture du parasite à l’hôte. C’est ce que font de nombreux champignons et notamment certains arthropodes comme les puces et les tiques. Le coucou est un parasite de couvée des oiseaux : il pond dans le nid des passereaux, leur volant un œuf. Le bébé coucou va éclore avant les passereaux, il pousse les œufs hors du nid pour être le seul petit, et les parents passereaux le nourriront à la place de leurs petits. Les coucous ne nichent pas et parasitent les nids des autres espèces, tuant leur vraie descendance. Autre exemple, l’amadouvier est un parasite des feuillus. Il profite des blessures des arbres pour d’y fixer et se nourrit des molécules circulant dans le tronc. Au bout de quelques années d’implantation, l’amadouvier épuise et tue son hôte.

Un parasite qui tue son hôte est un « mauvais » parasite, il ne peut pas survivre sans son hôte. Par exemple, la graphiose de l’orme est une infestation de l’orme par le champignon Ophiostoma ulmi. Il sécrète des substances toxiques dans la sève, bouchant les vaisseaux de l’arbre et entraînant un dessèchement de la cime. Un arbre condamné ne peut pas être sauvé. Les ormes ont presque disparu d’Europe à cause de ce champignon. S’il cause leur extinction, il s’éteindra lui aussi.

Il existe des parasites qui tuent « intentionnellement » leurs hôtes. Ce sont les parasitoïdes. Un exemple connu est le parasitisme d’insectes par des guêpes. Les guêpes vont pondre les œufs sur un insecte ou dans un insecte. Dès l’éclosion, les larves vont commencer à se nourrir de l’hôte et vont le consommer intégralement lors de leur développement. Les chrysalides des papillons sont notamment la cible de ces guêpes (plus d’informations dans cet article). Les papillons peuvent également être des parasites en s’infiltrant dans des fourmilières, on parle de chenilles myrmécophiles.

Commensalisme

Littéralement, le commensalisme désigne le partage de la nourriture entre hôte et compagnon, le commensal. La définition est étendue à une association bénéfique pour le commensal, et neutre pour l’hôte. Ce bénéfice peut être de la protection, du transport ou de l’obtention de nourriture. Par exemple, certains mulots cohabitent avec des blaireaux, certaines chouettes nichent dans les cavités creusées et laissées par les pics noirs.

Consommation

La consommation a lieu sans échange : un animal consomme un être vivant. On parle de prédation, la proie est un végétal vivant ou un animal vivant. Cette forme de nutrition requiert la mort de la proie. Dans les deux cas, il n’y a pas de coopération entre les espèces, l’une chasse l’autre. Cette relation est une pression qui a favorisé au cours de l’évolution l’apparition de certains caractères et comportements chez les proies et les chasseurs. Les proies animales et végétales ont développé des stratégies de défense (odeur des putois), de camouflage (fourrure blanche en hiver), de fuite (course rapide, enfouissement), d’avertissement de toxicité (couleur des amphibiens) ou encore de mimétisme (écailles des papillons).

Toutes ces interactions se sont mises en place au cours de l’évolution et sont la preuve de l’ingéniosité des espèces : l’évolution simultanée des organismes leur permet d’adopter les caractères facilitant leur mode de vie (appareil buccal accrocheur des puces, pattes rebondissantes des lièvres) tout en délaissant les caractères superflus (ailes des puces), tout cela en fonction de leur environnement, de leur habitat et des espèces avec lesquelles ils cohabitent.


Crédit de la photo principale : Pic noir (Dryocopus martius) et Ecureuils roux (Sciurus vulgaris), Parc naturel régional des Vosges du Nord classé Réserve mondiale de Biosphère par l’UNESCO © Michel Rauch / Biosphoto

Sources :