De nouveaux bilans de quêtes sont disponibles !

Trois missions ont été closes à la fin de 2022 : les quêtes du Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) et du Morio (Nymphalis antiopa), lancées au printemps, et la quête de la Langue de bœuf (Fistulina hepatica), lancée à l’automne.

À partir des données que vous avez récoltées, nous avons pu confirmer la présence de ces espèces dans de nombreuses communes où elles n’avaient pas été observées auparavant, ainsi que dans deux nouveaux départements pour la Langue de bœuf.

La mission de la Langue de bœuf a compté plus de participants que l’année précédente, merci à tous les observateurs !

Pour plus de détails, voici les bilans de ces « Missions forêt » : 

Nous vous donnons rendez-vous au printemps pour l’ouverture de nouvelles quêtes ! En attendant, n’hésitez pas à participer aux trois quêtes en cours : la Salamandre tachetée, le Polypore soufré et l’Élégante striée.

Les interactions biotiques ou comment vivre ensemble 

Comme sur un champ de bataille, chaque espèce de la forêt possède des alliés, des cibles et des ennemis. L’entraide est un très bon moyen de survivre dans un milieu où la recherche et l’obtention de nourriture est la première préoccupation. Cependant, dans le cas où l’association n’est pas équilibrée, la relation n’est pas profitable aux deux individus, et peut parfois être dangereux pour l’un d’entre eux.

Symbiose et mutualisme

Lorsque deux espèces s’allient de façon bénéfique pour les deux, on parle de mutualisme ou de symbiose. La symbiose est une dépendance entre deux espèces pour la survie. Le mutualisme n’est pas spécifique. Par exemple, le lien qui relie les insectes pollinisateurs et les plantes à fleur est mutualiste, ce ne sont pas deux espèces en particulier qui sont reliées. Certaines fourmis vivent avec un acacia, l’arbre leur donne refuge et nourriture, et les fourmis le défendent contre les prédateurs et les autres plantes. Les lichens sont une symbiose entre un champignon et une algue, qui peuvent coloniser des supports stériles. Le figuier sauvage dépend de la guêpe du figuier (Blastophaga psenes) pour sa pollinisation. La femelle pond ses œufs dans des fleurs qui donneront un fruit non comestible, où se développera la descendance de la guêpe. Elle visite également des fleurs semblables mais qu’elle ne parvient pas à parasiter, ce faisant, elle les féconde avec le pollen qu’elle porte. C’est une symbiose, les deux espèces dépendent l’une de l’autre pour leur reproduction.

Une association très intéressante pour la forêt est le mutualisme qui unit les arbres et les champignons, les mycorhizes. Les champignons se fixent sur les racines et développent des structures filamenteuses à travers le sol, autour des racines. Ils multiplient ainsi la surface d’absorption des racines de 10 000. En retour, les arbres leur confèrent des sucres dont ils ont besoin pour croître. Cette relation est indispensable à la mise en place et à la pérennité de la forêt. Elle permet d’instaurer un véritable réseau de communication entre les végétaux, qui peuvent se développer en puisant moins de ressources dans le sol, le champignon permettant l’utilisation d’éléments alternatifs. Certains champignons que nous ramassons sont la partie reproductrice de ces filaments, étendus jusqu’à la surface. C’est le cas des bolets et des truffes par exemple, des champignons que l’on retrouve spécifiquement au pied de certains arbres.

Mais attention, la mycorhize n’est pas toujours mutualiste : un déséquilibre dans la relation et les échanges d’éléments peuvent la faire passer dans le parasitisme.

Parasitisme

 Il s’agit d’une association qui est bénéfique à l’un et néfaste pour l’autre. Ceci se traduit souvent par un prélèvement de nourriture du parasite à l’hôte. C’est ce que font de nombreux champignons et notamment certains arthropodes comme les puces et les tiques. Le coucou est un parasite de couvée des oiseaux : il pond dans le nid des passereaux, leur volant un œuf. Le bébé coucou va éclore avant les passereaux, il pousse les œufs hors du nid pour être le seul petit, et les parents passereaux le nourriront à la place de leurs petits. Les coucous ne nichent pas et parasitent les nids des autres espèces, tuant leur vraie descendance. Autre exemple, l’amadouvier est un parasite des feuillus. Il profite des blessures des arbres pour d’y fixer et se nourrit des molécules circulant dans le tronc. Au bout de quelques années d’implantation, l’amadouvier épuise et tue son hôte.

Un parasite qui tue son hôte est un « mauvais » parasite, il ne peut pas survivre sans son hôte. Par exemple, la graphiose de l’orme est une infestation de l’orme par le champignon Ophiostoma ulmi. Il sécrète des substances toxiques dans la sève, bouchant les vaisseaux de l’arbre et entraînant un dessèchement de la cime. Un arbre condamné ne peut pas être sauvé. Les ormes ont presque disparu d’Europe à cause de ce champignon. S’il cause leur extinction, il s’éteindra lui aussi.

Il existe des parasites qui tuent « intentionnellement » leurs hôtes. Ce sont les parasitoïdes. Un exemple connu est le parasitisme d’insectes par des guêpes. Les guêpes vont pondre les œufs sur un insecte ou dans un insecte. Dès l’éclosion, les larves vont commencer à se nourrir de l’hôte et vont le consommer intégralement lors de leur développement. Les chrysalides des papillons sont notamment la cible de ces guêpes (plus d’informations dans cet article). Les papillons peuvent également être des parasites en s’infiltrant dans des fourmilières, on parle de chenilles myrmécophiles.

Commensalisme

Littéralement, le commensalisme désigne le partage de la nourriture entre hôte et compagnon, le commensal. La définition est étendue à une association bénéfique pour le commensal, et neutre pour l’hôte. Ce bénéfice peut être de la protection, du transport ou de l’obtention de nourriture. Par exemple, certains mulots cohabitent avec des blaireaux, certaines chouettes nichent dans les cavités creusées et laissées par les pics noirs.

Consommation

La consommation a lieu sans échange : un animal consomme un être vivant. On parle de prédation, la proie est un végétal vivant ou un animal vivant. Cette forme de nutrition requiert la mort de la proie. Dans les deux cas, il n’y a pas de coopération entre les espèces, l’une chasse l’autre. Cette relation est une pression qui a favorisé au cours de l’évolution l’apparition de certains caractères et comportements chez les proies et les chasseurs. Les proies animales et végétales ont développé des stratégies de défense (odeur des putois), de camouflage (fourrure blanche en hiver), de fuite (course rapide, enfouissement), d’avertissement de toxicité (couleur des amphibiens) ou encore de mimétisme (écailles des papillons).

Toutes ces interactions se sont mises en place au cours de l’évolution et sont la preuve de l’ingéniosité des espèces : l’évolution simultanée des organismes leur permet d’adopter les caractères facilitant leur mode de vie (appareil buccal accrocheur des puces, pattes rebondissantes des lièvres) tout en délaissant les caractères superflus (ailes des puces), tout cela en fonction de leur environnement, de leur habitat et des espèces avec lesquelles ils cohabitent.


Crédit de la photo principale : Pic noir (Dryocopus martius) et Ecureuils roux (Sciurus vulgaris), Parc naturel régional des Vosges du Nord classé Réserve mondiale de Biosphère par l’UNESCO © Michel Rauch / Biosphoto

Sources :

Les chaînes alimentaires : recycler les éléments et transmettre l’énergie

Toute la matière de la forêt est produite à partir de l’énergie de la lumière du soleil et de la richesse du sol. Cette énergie est récupérée par les arbres et plantes, qui construisent la forêt avec leur « corps ». Une multitude d’organismes prospèrent dans cet habitat et s’échangent constamment de l’énergie sous forme de nutriments, qui sont selon les espèces, des végétaux, d’autres espèces vivantes ou leurs cadavres. 

Dans la forêt, on observe deux processus complémentaires : la formation de matière organique à partir de l’énergie solaire et de minéraux, et la décomposition de cette matière en minéraux pour réenrichir les sols. C’est un cycle constant de complexification et de simplification de molécules. Les animaux sont faits de molécules complexes qui s’assemblent au sein de leur organisme pour construire et faire fonctionner leur corps. Ils sont élaborés à partir d’éléments simples présents dans l’environnement, et de composées complexes qu’ils trouvent dans leur alimentation. Les organismes du sol vont réduire ces composés en éléments simples utilisables par les végétaux.

Au-dessus du sol, la chaîne alimentaire de la matière organique

                  Les nombreuses espèces de la forêt cohabitent dans un même espace. Chaque population est régulée par une autre espèce ou un autre groupe. Ainsi, chaque espèce possède sa niche écologique : son rôle qu’elle remplit inconsciemment en vivant dans son habitat. Par exemple, les insectivores contrôlent la population d’insectes et limitent leur prolifération. 

                  Afin de trouver de l’énergie dans leur environnement, les êtres vivants se mangent entre eux.  On peut construire un cycle de consommation entre les espèces : la chaîne alimentaire. Les différents acteurs de consommation sont triés en plusieurs catégories en fonction de leur rôle :

  • Les producteurs primaires sont les végétaux chlorophylliens, capables de réaliser la photosynthèse. Ils ne consomment pas d’êtres vivants pour obtenir de l’énergie et croître. Ils sont le premier maillon de la chaîne alimentaire terrestre, la cible des animaux.
  • Les consommateurs primaires sont les herbivores et les granivores. Ils vont se nourrir des végétaux, bourgeons, feuilles, jeunes pousses, sève, fruits… On y retrouve par exemple certains oiseaux, les écureuils, les chevreuils, certains insectes se nourrissant de feuilles comme les chenilles, ou les abeilles et les papillons amateurs de nectar.
  • Les consommateurs secondaires sont les prédateurs. Leurs proies sont les consommateurs primaires ou d’autres prédateurs. On y retrouve aussi bien les rapaces, les renards et les lynx que les hérissons, les putois, les fourmis ou la salamandre tachetée.

On peut observer différentes chaînes alimentaires qui sont très courtes au sein de la forêt. Par exemple, la graine, qui se fait manger par le rongeur, mangé par le hibou, est une chaine complète. Ces relations inter-espèces assurent la distribution de l’énergie aux groupes d’espèces et le contrôle constant des populations de proies et de prédateurs. Un déséquilibre grave peut être engendré par la disparition d’un maillon : prolifération des espèces en amont, et mise en danger des espèces en aval.

Voici quelques exemples : la disparition d’un grand prédateur, le dernier maillon de sa chaîne, entraînera la perte de la régulation des consommateurs secondaires ou primaires dont il se nourrissait. Cette ou ces espèces vont alors se multiplier et consommer davantage les espèces les précédant dans la chaîne. Par exemple, la disparition du loup entraîne la multiplication des herbivores qui vont consommer beaucoup plus de plantes qu’auparavant. La conséquence serait la difficulté des plantes à subsister. De la même manière, si un consommateur primaire disparaît, ses prédateurs risquent la famine, et les producteurs vont proliférer. Si un producteur disparaît, toutes les espèces de sa chaîne alimentaire seront en danger.

Le recyclage en profondeur

Le sol peut être découpé en une succession de couches, appelées horizons, de composition différente : la matière organique non décomposée (feuilles mortes, carcasses), l’horizon de dégradation, l’horizon minéral enrichi en matière organique, l’horizon enrichi en fer et en aluminium, et l’horizon au contact de la roche altérée. Chaque couche est caractérisée par un ensemble de conditions (acidité, température, humidité, éléments) favorables à des espèces particulières et spécifiques. 

Sol de clairière alpine 
© Sylvain Cordier / Biosphoto

Tout ce que la forêt produira se retrouvera sur le sol : feuilles, fruits, cadavres d’animaux, arbres effondrés. Tous ces débris seront attaqués instantanément par des organismes plus ou moins petits : des vers de terre aux minuscules organismes unicellulaires, bactéries et champignons invisibles, qui vont transformer les molécules organiques complexes en éléments simples. 

Animaux de la petite faune du sol et du terreau France 
© Jean-Michel Labat / Biosphoto

Une deuxième chaîne alimentaire débute là, à partir des restes d’êtres vivants. Les premiers consommateurs de matière organique sont eux aussi consommés à leur tour par de petits carnivores.

Rotifère près de feuilles au microscope, microorganisme aquatique se nourrissant d’autres microorganismes en suspension dans l’eau
© Marek Mis / Photo Researchers / Biosphoto

L’issue de cette chaîne alimentaire microscopique est le retour à la terre de ce que la forêt a initialement prélevé par les arbres : les minéraux. Ils sont alors à nouveaux mis à disposition des végétaux ancrés dans le sol pour que ce dernier ne s’épuise pas. Ainsi, le corps des animaux est libéré de sa chair, et les os vont progressivement être réduits et intégrés dans le sol.

Cadavres d’animaux laissés par un Loup Pologne
 © David Allemand / Biosphoto

La quasi-totalité des feuilles d’une année est décomposée en un an. Le peu restant est bien plus difficile à détruire ; les restes améliorent la porosité et la perméabilité des sols.

Le sol des forêts est le facteur le plus important de leur croissance. C’est un réservoir de nourriture minérale, le support d’ancrage des arbres, il sert à la rétention d’eau et propose argiles et aération. La pluie permet aux éléments de pénétrer en profondeur, assurant un mélange progressif des couches.

Plus le sol est fertile, plus les arbres sont hauts. La forêt aura des difficultés à se développer sur un sol friable ou trop dense. 

Les êtres vivants de la forêt sont majoritairement composés de la faune du sol. Il ne pourrait pas y avoir de forêt sans ces organismes qui maintiennent la terre en vie.

L’immense biodiversité de la forêt n’est pas un hasard, chaque espèce a sa place dans une chaîne alimentaire et un rôle autour de son habitat, permettant de réguler une population par la prédation, ou d’aider à la reproduction d’une autre inconsciemment, via la pollinisation par exemple.


Crédit de la photo principale : Écureuil roux mangeant sur une souche au printemps France © Guy Piton / Biosphoto

Sources :

Découvrez le bilan des quêtes estivales !

Entre le mois de juin et le mois de septembre, Noé vous a proposé de partir à la découverte de deux espèces de papillons estivales et présentes dans nos forêts : la Bacchante (Lopinga achine) et le Grand Mars changeant (Apatura iris).

Les données récoltées ont permis de compléter les connaissances sur ces espèces, en attestant par exemple leur présence sur des communes où elles n’avaient jamais été observées.

À noter également une observation de Bacchante qui vient confirmer la présence d’une population fonctionnelle dans le département des Alpes de Haute Provence, où elle avait été déclarée éteinte en 2014 et où elle recommence à être observée ces dernières années.

Pour plus d’informations, découvrez les bilans de ces deux missions !

Au cœur de la forêt, partager les ressources, l’énergie, l’espace et le temps.

L’écosystème de la forêt est très riche et très organisé, et s’est construit au fur et à mesure de l’évolution. La forêt peut paraître chaotique : dans une guerre constante pour les ressources et une place au sol, chaque organisme a un besoin minimal de nutriments et d’un abri pour pouvoir survivre. Plusieurs stratégies sont apparues au cours de l’évolution pour pouvoir répartir au mieux les ressources.

Dans son fonctionnement, la forêt peut ressembler à un seul être vivant qui récupère son énergie de l’extérieur et qui doit être capable de la redistribuer à toutes les parties de son organisme. La source principale d’énergie est la lumière du Soleil. Elle permet la formation de matière organique à partir de matière minérale. Ce processus a lieu dans les végétaux grâce à la photosynthèse. Les autres sources sont la richesse du sol, auto-entretenue par la forêt elle-même, et l’eau.

Partager l’énergie du Soleil

La photosynthèse est réalisée par les plantes vertes, à l’intérieur des cellules de leurs feuilles. Ces cellules contiennent des chloroplastes : compartiments cellulaires contenant de la chlorophylle, le pigment vert à l’origine de la couleur des végétaux. Ce sont dans ces organites que la photosynthèse a lieu. La couleur verte que nous percevons est issue de l’absorption des rayons ultraviolets et infrarouges de la lumière du Soleil. Cette énergie est utilisée pour produire du sucre à partir de minéraux et d’eau. Le sucre produit est ensuite mis à disposition des cellules pour produire de l’énergie utilisable par l’organisme. 

La photosynthèse est indispensable aux plantes. Les cellules végétales, tout comme les cellules animales, ont besoin des éléments chimiques contenus dans la matière organique pour fonctionner : carbone, hydrogène, oxygène, azote et phosphore principalement. Ils ne sont pas capables de récupérer de la matière organique du monde extérieur comme les animaux le font en la consommant. Ils doivent donc la produire eux-mêmes : le sucre est un composé organique issu de la photosynthèse. Grâce à ce processus, le végétal va croître et produire des tissus organiques : bois, tiges, feuilles, fleurs… 

Chevreuil (Capreolus capreolus) brocard se nourrissant de bourgeons en forêt au printemps, Brognard, Franche-Comté, France 
© Dominique Delfino / Biosphoto

Ces tissus vont à leur tour être une source d’énergie pour les animaux. Ils pourront se la répartir au travers des chaînes alimentaires. L’énergie solaire est donc redistribuée à tous les habitants de la forêt, des microorganismes de l’humus aux grands mammifères.

Trouver sa place pour pousser, le défi de la flore et de la fonge des forêts.

La forêt couvre un territoire restreint. Sa population ne peut pas se répandre en largeur, elle s’est donc adaptée et préfère la hauteur. On peut délimiter plusieurs strates allant de la surface du sol à la cime des arbres.

La strate arborescente est formée par le feuillage des arbres les plus grands : les chênes, les pins, les hêtres et épicéas dans les forêts tempérées. Ici se déroule un combat silencieux pour parvenir à capter le plus de lumière solaire possible. Certains arbres dominent les autres, s’accaparant une très grande part des rayonnements. Les arbres dominés reçoivent bien moins d’énergie. On observe parfois des « fentes de timidité » : la cime des différents arbres ne se touche pas, et laisse un écart de 10 à 50 cm. L’origine de ce phénomène reste encore inconnue, mais une hypothèse serait que cette fente laisse passer la lumière, et limite la transmission de maladies d’arbre à arbre en limitant leur contact. C’est le cas des pins parasols (Pinus pinea).

Timidité chez les pins parasols
© Muriel Hazan / Biosphoto

La strate arbustive, située entre 1 et 7 mètres de hauteur est formée par les jeunes arbres. La strate herbacée contient les fleurs et les fougères. Ces deux strates dépendent de la densité de la strate arborescente et de la composition des sols. Si la strate arborescente est très dense, peu de lumière sera accessible aux végétaux situés en dessous. Ils seront en conséquence bien moins développés. De cette manière, si un arbre meurt, beaucoup de lumière sera disponible autour de sa souche, ce qui permettra à un autre arbre de grandir et de prendre sa place.

Forêt mixte des Vosges du Nord au printemps 
© Michel Rauch / Biosphoto

La strate muscinale représente le tapis de mousses, de lichen et de champignons qui couvre le sol de la forêt. Ils ont besoin de peu de lumière pour se développer mais de beaucoup d’eau. On peut donc observer une compétition dans l’épaisseur de l’humus à travers plusieurs morphologies de racines. Certaines restent en surface, d’autres vont puiser l’eau dans les profondeurs.

Tapis de lichens en sous-bois en automne Auvergne 
© Philippe Bousseaud / Biosphoto
La place des autres espèces

Les animaux se répartissent à leur tour dans cet espace. Certains oiseaux volent à la cime des arbres, d’autres préfèrent leur tronc, d’autres encore le sol. Les petits mammifères choisissent eux aussi la position de leurs abris : galeries creusées dans le sol, terriers, creux des arbres ou buissons. De la même manière, certains champignons poussent à même le sol, alors que d’autres se hissent en hauteur sur les troncs.

Perce-neige en fleurs en sous-bois France
© Michel Gunther / Biosphoto

Pour se partager un même espace, les espèces alternent également dans le temps. À la fin de la journée, les animaux nocturnes prennent la place des animaux diurnes. Même chose pour la flore : au fur et à mesure des saisons, les fleurs ne fleurissent pas en même temps, pour avoir une chance d’être pollinisées. À chaque saison ses propres fleurs : grâce à des conditions de développement légèrement différentes d’une espèce à l’autre, chacune a sa chance de s’épanouir.

Ce sont dans les zones de changement que les populations sont les plus diverses : changement de strate, aube et crépuscule, printemps et automne. Au cours de l’évolution, chaque espèce a trouvé sa place dans ce système. On observe donc une très grande diversité d’espèces au même endroit, partageant la même énergie en se la répartissant dans le temps et l’espace.


Crédit de la photo principale : Hérisson d’Europe et champignons sur chablis en forêt France © Régis Cavignaux / Biosphoto

Sources :

  • Sueron, C., 1997. La vie de la forêt. Collection Les hommes et la nature, Éditions Office national des forêts. 47p.
  • Timidité , Wikipédia France

À vos paniers, les châtaignes sont tombées !

L’automne est une saison riche en activités dans la forêt. De nombreuses espèces sortent le bout de leur nez, c’est l’occasion de varier les plaisirs lors de vos sorties !

La récolte des châtaignes

Le mois d’octobre est le mois propice à la récolte des châtaignes. Nous vous présentons rapidement le cycle de l’arbre et quelques astuces pour faciliter vos récoltes et bien préparer votre sortie.

Panier rempli de Châtaignes, récolte familiale, Bretagne, France
© Jean Mayet / Biosphoto
Le châtaignier, Castanea sativa

Le châtaignier européen est un arbre courant des forêts de plaine françaises. Il mesure entre 25 et 35 m de hauteur. Il fait partie de la famille des fabacées, comme le chêne et le hêtre et il est à feuillage caduc. Ses fleurs sont des chatons jaune pâle qui fleurissent en juin et en juillet. Les bogues contenant les futures châtaignes commencent leur croissance en août et maturent jusqu’en octobre, où elles s’ouvrent et tombent des branches de l’arbre. Chaque boque contient environ trois châtaignes.

Ce marron n’est pas un marron ?

Le châtaignier est facilement confondu avec le marronnier. Dans la langue courante, un « marron » désigne le fruit du marronnier (Aesculus hippocastanum) et le fruit du châtaignier de culture, les plus grosses châtaignes qui occupent la totalité de leur bogue. C’est pourquoi, quand on parle de crème de marron, on parle en réalité de crème de châtaigne. Le marron, fruit du marronnier, n’est pas comestible, il contient une molécule anticoagulante toxique pour les humains. Il faut impérativement savoir différencier ces deux arbres et leurs fruits.

Châtaignier (gauche), Marronnier d’inde (droite)
© Muriel Hazan, Pascal Goetgheluck / Biosphoto
  • Afin de les distinguer, il suffit de comparer leurs feuilles, leurs bogues et leurs fruits : Les feuilles du châtaignier poussent en spirale autour de leur tige. Elles sont individualisées, longues et fines. Celles du marronnier en revanche sont plus larges et poussent de manière opposée à partir d’une même origine par 5 ou par 7.
  • Les bogues du châtaignier sont dures et recouvertes d’une multitude d’épines acérées. Vertes à la pousse, elles sont souvent orangées une fois tombées au sol et contiennent environ trois châtaignes. Les bogues du marronnier sont vertes et plus souples, elles ne portent pas d’épines mais des pointes souples également. Elles ne renferment qu’un seul fruit.
  • La châtaigne est petite, vient par trois, et est surmontée d’une petite queue portant des petits piques similaires à sa bogue. Le marron est gros, légèrement boursouflé, et ne présente pas de petite queue.
À vos paniers !

Pour récolter des châtaignes vous aurez besoin d’un récipient pour transporter vos fruits. Le traditionnel panier en osier est toujours un très bon choix, permettant de laisser les fruits à l’air libre sans les abîmer et les renfermer. Il permet également aux petits insectes de s’échapper avant qu’ils ne se retrouvent chez vous ! Si vous n’en avez pas ce n’est pas très grave, privilégiez tout de même les sacs en tissu aux sacs en plastique. 

Munissez-vous également de matériel pour ramasser et sortir les châtaignes de leurs bogues. Il peut s’agir de chaussures robustes pour écraser les bogues, de gants de jardinage pour les ouvrir avec les mains, de la traditionnelle fourcole, une pince en bois artisanale, pour les extraire de leur carapace… Si vous êtes assez délicats et résistants, vous pouvez les ouvrir à mains nues, mais il faut savoir faire attention aux épines !

Lors de la récolte, il faut repérer les châtaignes percées : la présence d’un petit trou indique qu’elle contient probablement un insecte à l’intérieur. Pas terrible pour la dégustation : il faut essayer de récupérer des châtaignes intactes.

Châtaignes trempées © Visions Botanical / Visions Pictures / Biosphoto

Pour finir d’éliminer les mauvaises châtaignes, vous pouvez tremper votre récolte dans un grand volume d’eau. Toutes les châtaignes qui flottent à la surface ne sont pas bonnes : elles risquent d’être infestées ou d’avoir mauvais goût après cuisson. Les châtaignes qui ont coulé au fond du récipient sont bonnes à cuire.

Pour faire cuire vos châtaignes, il y a plusieurs techniques possibles, nous vous proposons une cuisson traditionnelle au four. Si vous privilégiez d’autres modes de cuisson, le site des Châtaignes d’Ardèche regorge d’astuces. 

Pour cuire vos châtaignes au four, il faut les inciser avec la pointe d’un couteau sur la face bombée. Ceci permettra d’éviter qu’elles explosent dans votre four pendant la cuisson. Elles pourront cuire pendant une petite demi-heure sur une plaque à 220°C, ou thermostat 6-7. Elles pourront être dégustées en sortant du four après épluchage.

Pendant votre sortie

Une sortie en forêt est l’occasion de chercher quelques champignons et plantes. Pour rappel, la chasse aux champignons est règlementée : 5 litres par jour et par personne. Les infractions peuvent entraîner des amendes, il vous faut bien vérifier les règlementations locales. Voici un article qui vous donne quelques indications sur la chasse aux champignons.  

Les plantes comestibles les plus fréquentes sont l’ortie, le pissenlit et le chénopode. Cet article vous présente plus en détail les plantes sauvages que vous pourrez croiser lors de vos balades.

Une fois sur place n’hésitez pas à chercher les quêtes du moment. L’Observatoire de la Biodiversité des Forêts vous propose de rechercher des espèces de champignons, d’amphibiens, de gastéropodes et de papillons dans la forêt. Voici plus d’informations sur l’observatoire et comment participer.

Vous pouvez également emporter un sac poubelle avec vous pour enlever les potentiels déchets polluant la forêt. Le nettoyage volontaire de la forêt par les visiteurs aide les gardes forestiers qui ne peuvent malheureusement pas le faire parfaitement sur tout leur terrain, escarpé, encombré, et régulièrement pollué par des détritus abandonnés.


Crédit de la photo principale : Châtaigneraie du PNR des Monts d’Ardèche France © Hervé Chellé / Biosphoto

Sources :