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La forêt et le feu

Comme chaque année, l’été apporte son lot d’incendies et de feux de forêts. Partout sur le globe le feu détruit des centaines de millions d’hectares boisés par an.

En France, selon les chiffres de l’ONF, 9 feux sur 10 sont d’origine anthropique et concernent principalement les régions du pourtour méditerranéen et la Corse. Cependant l’organisme alerte sur l’exposition du reste de la France, y compris du nord, à des feux inhabituels du fait des conditions météorologiques en pleine modification à cause du réchauffement climatique.  

Selon l’European Forest Fire Information System, sur la période 1980-2018 ce sont plus de 4 663 feux en moyenne qui se sont déclenchés par an. 90% de ces derniers sont maîtrisés en moins d’une heure, et 5% de ceux qui se produisent dans des conditions extrêmes de sécheresse et de vent sont responsables de 70 à 90% des espaces boisés brûlés.

Les feux représentent en moyenne près de 30 000 hectares de forêts qui partent chaque année en fumée.

La forêt face aux flammes

La proportion la plus importante de ces événements correspond à des feux courants qui se contentent de brûler superficiellement les feuilles et les herbes au sol.

Ces feux courants peuvent être bien plus dommageables s’ils consument une surface importante de sous-bois en brûlant ainsi toute la matière organique qu’il contient. Ces derniers peuvent durer des jours et détruire intégralement le sol. Peu fréquent en méditerranée, ce type de feu est plus courant là où se trouvent de grandes quantités de matière organique comme dans les hêtraies ou les sols humides. 

Même s’ils peuvent faire des ravages dans les systèmes souterrains, ils n’atteignent généralement pas les cimes et se contentent de lécher de leurs flammes les bases des troncs.

Les feux de surface, eux, brûlent la strate supérieure de la litière : les herbes, les arbustes et arbrisseaux, ils peuvent consumer la garrigue et les landes. Les feux de surface se propagent grâce au vent et au rayonnement thermique (la chaleur qui émane des arbres peut entraîner l’augmentation de la température d’un combustible à distance).

Les feux de cimes quant à eux sont les plus destructeurs et les plus difficiles à contenir. Ils brûlent le houppier et les branches de l’arbre en formant une couronne de feu, ils se consument vite et se propagent à une vitesse record, accentuée par le vent. Ils brûlent tout sur leur passage, en particulier lors d’un grand incendie où l’onde de chaleur peut dépasser les 500 degrés.

Ces trois sortes de feux différents peuvent avoir lieu en même temps sur un même espace boisé.

Les feux ont toujours fait partie de l’histoire de nos forêts, et plus particulièrement de celles du bassin méditerranéen. Selon Météo France, les feux de forêts ont progressé de plus de 18% entre 1960 et 2008 sur le territoire métropolitain. Auparavant, la foudre était la cause première des incendies dans le pays ; actuellement, les activités humaines en sont la principale source. Par imprudence ou malveillance, les risques de départ de feux ont explosé durant le siècle passé. 

D’autant plus depuis que les effets du réchauffement climatique se font sentir sur les forêts françaises. La sécheresse fragilise les écosystèmes tout en augmentant fortement le risque d’embrasement de la forêt à la moindre étincelle.

© Paysage de forêt et maquis incendiés – Massif des Maures – Biosphoto

Les espèces pyrophytes 

Étonnamment, malgré les ravages que causent ces incendies, certaines espèces supportent bien le feu et savent même en tirer profit. Il s’agit des espèces pyrophytes.

Présentes dans les régions sèches, elles ont su s’adapter au passage du feu au cours des millénaires. Ces plantes ont développé des aptitudes pour résister aux flammes et certaines ont besoin du feu pour faire perdurer l’espèce.

Ainsi, le chêne-liège dispose d’une écorce très épaisse qui brûle uniquement en surface, libérant de cette manière ses bourgeons. Après un incendie ses branches pourront donc arborer un nouveau feuillage. De leur côté, les ifs et les arbousiers ont une très faible inflammabilité et résistent donc de manière remarquable au passage d’un feu.

Le pin d’Alep quant à lui est une espèce pyrophyte bien connue, particulièrement du fait de son comportement de sérotinie. En effet, comme d’autres espèces de conifères, le pin d’Alep libère ses graines uniquement si les cônes enduits de résine qui les renferment sont soumis à des feux brutaux. Cette espèce est cependant très inflammable, à cause de ses branches qui ne s’élaguent pas d’elles-mêmes, de la présence de cônes en nombre dans son houppier et des éléments chimiques qu’il dégage comme les terpènes. Les nouvelles graines qui tomberont en pluie durant la semaine suivant l’incendie remplaceront ainsi les anciens spécimens calcinés par l’incendie.

D’autres végétaux, sont dits « pyrophytes actifs » car ils favorisent les départs de feu afin de profiter de l’espace laissé par la concurrence (qu’ils colonisent bien plus facilement que les autres espèces). A l’instar de l’Eucalyptus, qui produit des vapeurs fortement inflammables en plus de favoriser la propagation de l’incendie avec son tapis de feuille ou encore l’huile contenue dans son tronc qui est un excellent combustible. 

Les plantes pyrophiles, elles, ont la capacité de se développer sur un sol tout juste incendié, La chaleur émise permet de lever la dormance de leurs bourgeons. Les cistes ou encore les Calistemon (rince-bouteille) sont de parfaits exemples de ce comportement : sans feux seulement 10% des graines des cistes vont germer contre 90% après un incendie.

Indirectement, certaines espèces vont profiter des feux de forêt pour s’octroyer une place dont elles ne bénéficiaient pas auparavant.

hêne liège après incendie – Massif de l’Estérel – Alain Le Toquin – Biosphoto

Les conséquences sur la planète

Les effets d’un incendie, qui peuvent être bénéfiques pour les écosystèmes, ne le sont qu’à condition que la forêt ait le temps de se régénérer entre chaque incendie. Ce processus de régénération, comme nous le verrons, dure des décennies. Auparavant, les fréquences des incendies étaient bien moindres en comparaison à celles que nous connaissons actuellement. Le réchauffement climatique cause des évènements météorologiques extrêmes qui fragilisent en profondeur les écosystèmes et modifient les équilibres existants. Les températures de plus en plus élevées assèchent la végétation qui s’embrase bien plus facilement ; les épisodes caniculaires créent les conditions idéales pour qu’un départ de feu entraîne la destruction de centaines d’hectares de forêt ; sans parler du cercle vicieux qu’engendrent ces espaces boisés qui partent en fumée. En brûlant, la forêt relâche tout le carbone qu’elle avait accumulé, transformant ce puits de carbone en une gigantesque masse de gaz à effets de serre qui contribuent à leur tour à alimenter le réchauffement planétaire. De plus, les feux étant de plus en plus rapprochés dans le temps, les espèces qui ont le temps d’y repousser ne sont pas celles qui absorbent le plus de CO2, ni celles qui résistent le mieux aux flammes. 

Selon Météo France, les feux de forêt devraient augmenter de 20 à 40% d’ici à 2100, tout en étant plus intenses et en concernant de nouvelles régions qui jusqu’ici étaient épargnées.

Les conséquences sur les écosystèmes et la biodiversité

Les feux de forêts sont dramatiques pour la vie forestière ; cependant leurs effets varient selon l’intensité de l’incendie. 

A chaque échelle, l’écosystème s’en trouve bouleversé même s’il s’agit d’un feu rapide qui n’a brûlé que la végétation de surface. Les arbres seront fragilisés de l’intérieur, deviendront des proies faciles pour les parasites et seront plus sujets aux aléas climatiques.

Concernant les feux de cimes, les dommages sont considérables : les bourgeons et le cambium (responsable de la formation du bois) ne résistent pas aux flammes et à l’intense chaleur dégagée par l’incendie. L’arbre succombe très rapidement.

Des invasions d’insectes et de champignons suivent généralement un incendie et contribuent à fragiliser d’autant plus l’écosystème.

Les arbres décimés créent des trouées dans le sous-bois qui s’en retrouve plus ensoleillé, entraînant ainsi un dessèchement de la végétation et l’apparition de graminées, bien plus inflammables, qui augmente la probabilité qu’un nouveau feu démarre.

© Incendie de forêt entre Cassis et La Ciotat – Alain Le Toquin – Biosphoto

Le type de forêt peut être totalement modifié après le passage d’un incendie qui a ravagé de grandes surfaces, comme par exemple dans les forêts méridionales où le chêne vert a fini par être supplanté par une pinède. Ces dernières se régénèrent en 15 ans après un incendie, bien plus rapidement que les chênes verts qui ont besoin de 25 à 50 ans. 

Les feux modifient également en profondeur la biomasse et le sol forestier. Le sol est lessivé, il s’érode, des coulées de boue ravinent la litière carbonisée. L’érosion peut charrier 1 000 à 2 000 tonnes de terre par km carré dans les mois qui suivent un incendie.

Le sol se meurt, il peut atteindre 70 degrés après le passage du feu et mettre des jours à retrouver une température viable pour commencer à être repeuplé et 5 à 10 ans à retrouver un certain équilibre.

Le sol se dessèche en profondeur, privé de ses composés gorgés d’eau, sa température augmente dans les 5 premiers centimètres de profondeur (les plus riches en biomasse et micro-organismes). Bien que recouvert de cendres facilement assimilables, le sol peine à recouvrer ses forces.

De plus, le feu a eu des effets dévastateurs sur la faune sauvage et particulièrement les invertébrés.

En effet, Bernard Fischesser dans son livre La vie en forêt note que « pour chaque hectare de forêt méditerranéenne brûlée par les flammes, seraient morts 300 oiseaux, 40 mammifères, une centaine de reptiles et de batraciens et des milliers d’insectes”. Bien que ce soit un bilan à nuancer car bien des animaux réussissent à fuir les incendies, cela représente tout de même des millions d’individus calcinés qui vont perturber profondément l’équilibre biologique des lieux. 

La faune et particulièrement les espèces cavicoles voient leurs habitats et abris détruits par les flammes : le bois mort a été consumé, les arbres vieillissants qui les accueillaient précédemment dans leurs creux et cavités sont partis en fumée…

Les oiseaux, reptiles et petits mammifères restants n’ont plus de quoi se nourrir, les arbres à fruits ne sont plus, les insectes ont été carbonisés et la grande faune fuit les lieux sinistrés.

Sans les décomposeurs, les pollinisateurs et autres organismes vitaux à la vie de la forêt, l’écosystème mettra d’autant plus de temps à récupérer et à revenir à ce qu’il a pu être avant le désastre.

La régénération de la forêt

Le feu ravage les forêts à une vitesse record, mais la forêt n’est pas en reste en ce qui concerne la régénération après le passage des flammes. Cette dernière dépend du climat et de l’écosystème forestier préexistant. 

Lors de la première année qui suit un incendie, les graminées, mousses et autres petites plantes refont surface pour coloniser les lieux désolés.

Le chêne kermès ou la bruyère, qui possèdent tous deux des souches souterraines, se développeront avec l’aide nouvelle de la lumière qui profite des trouées dans la canopée des arbres pour chauffer le sol.

Les plantes pyrophiles et pyrophytes prennent la place laissée libre dans la vie forestière à l’instar des champignons et autres plantes pionnières.

5 ans après l’incendie, les traces du passage du feu sont moindres, la forêt a laissé place à une variété de graminées, d’arbustes et de plantes dont près de 75% sont des espèces d’origine. Les rejets de souche et l’ensemencement peuvent aider à l’accélération de cette reconstruction.

15 ans après l’incendie, des conifères ont repoussé, particulièrement les pins qui ont une forte capacité de régénération après incendie. Les lichens reviennent peu à peu en nombre et en variété mais il faudra attendre près de 30 ans pour que l’espace reprenne une allure de forêt et entre 70 et 100 ans pour qu’une grande majorité des arbres atteignent une hauteur de 10 à 20 mètres de haut.

© Flore pionnière de mousses et de champignons sur un tronc brûlé – Jura – Michel Rauch – Biosphoto

Du côté de la faune, les coléoptères colonisent assez rapidement le bois brûlé pour s’y reproduire et se nourrir de cette source nouvelle. Grâce à leurs déjections, le sol se régénère bien plus rapidement. Les petits mammifères, tels que les souris et autres mulots, font leurs apparitions rapidement dans les deux années qui suivent l’incendie. Ils attendent pour cela le retour des populations d’insectes.

Les oiseaux peuvent mettre plus d’un quart de siècle à revenir peupler la forêt comme la microfaune du sol.

Petit à petit la nature reprend ses droits si aucun nouvel événement ne perturbe son cycle naturel.

Sources 

Livre : La vie en forêt de Bernard Fischesser

Face aux changements climatiques, la menace des feux de forêts de plus en plus forte – Oxfam France

Les incendies de forêt et la diversité biologique – FAO

Les plantes pyrophytes – Au Jardin

Conséquences des incendies de forêts – WSL

Les arbres en été, l’heure du farniente ?

 Les infos importantes

·        Les arbres préparent les bourgeons qui débourreront le printemps suivant : de vrais planificateurs !

·        Ils font le plein de sucres pour se développer et se chargent de faire mûrir leurs fruits pour en libérer les graines.

·        Les arbres activent leur production de bois pour former de nouveaux cernes et leurs branches prennent un tour de taille.

·        Ils commencent l’acclimatation à l’hiver en s’endurcissant grâce à la mise en dormance de leurs bourgeons nouvellement créés.

·        Les feuilles et leurs stomates essaient de réguler la température lors de sécheresse même si un des risques premiers lors de ces évènements est l’embolie gazeuse.

L’arbre saisonnier

Le printemps sonne le début de saison pour les arbres de nos forêts tempérées. Comme nous l’avons vu précédemment dans l’article sur le renouveau des arbres au printemps, c’est à cette saison que la forêt semble s’éveiller après des mois de dormance hivernale.

De nombreux phénomènes bouleversent les géants de la forêt, du débourrement des bourgeons à leur reproduction. Mais que se passe-t-il durant la période estivale, les arbres deviennent-ils oisifs, prennent-ils du bon temps au soleil ? Bien au contraire !

Les arbres sont réglés sur le cycle des 4 saisons, chaque année à la même période se reproduisent les mêmes phénomènes. L’été étant la période de l’année (et de loin !) la plus ensoleillée, les arbres font le plein de soleil et se livrent une guerre féroce entre eux pour y avoir accès et ainsi garantir leur survie. Grâce à cette ressource lumineuse, les arbres se développent et font des réserves de sucres (issus de la photosynthèse) dans leurs leur bois pour emmagasiner l’énergie dont ils n’ont pas besoin dans l’immédiat. Ils pourront s’en servir lors des moments difficiles de l’hiver.

La préparation des nouveaux bourgeons

Les arbres sont des as de la planification. Un an en avance, ils prévoient la préparation des bourgeons et pousses qui débourreront et verront le jour au printemps suivant.

C’est grâce au méristème que l’arbre crée ses bourgeons et donc grandit toute sa vie. Le méristème est en effet le tissu végétal de type embryonnaire essentiel à toutes les plantes pour leur développement (presque) infini. Il est chargé de la croissance en longueur des branches et des racines. 9 mois avant le printemps le méristème a déjà préformé le bourgeon grâce à la création de feuilles qui se transforment en écailles pour que le bourgeon survive à l’hiver.

Cependant certaines espèces d’arbres tel que le chêne, se développent en plusieurs vagues au cours de l’année. La première vague est celle du printemps, puis en juin, avec les premières chaleurs l’arbre débourre une seconde fois, comme s’il s’agissait d’un deuxième printemps et peut reproduire ce phénomène une nouvelle fois à la fin de l’été avant d’entrer dans sa phase de dormance.

La confection des fruits et graines

L’été est synonyme de sucres pour l’arbre. En effet, les fruits, les ovules fécondés de l’arbre, alimentent la graine en sucres tout au long de sa maturation.

Ils sont appelés organes-puits car ils se nourrissent des sucres de la sève produites par les organes-sources : les feuilles.

Les graines ont besoin d’une grande quantité de sucres issus de la photosynthèse pour se développer et devenir attrayantes pour les disséminateurs qui les consomment et les dispersent. C’est particulièrement le cas pour les fruits charnus qui ont besoin d’attirer les oiseaux et mammifères qui vont se charger de disséminer les graines. Pour cela, le fruit vert (plein de chlorophylle avec un faible taux de sucre) doit subir de multiples transformations pour devenir comestible et attrayant pour les animaux. Il fait appel pour cela à l’éthylène, une hormone végétale responsable des changements de texture, de couleur et de goût dans le processus de murissement des fruits. Plus le fruit prend de l’âge, plus la quantité d’éthylène augmente. L’éthylène étant volatile, elle se déplace au sein des fruits d’un même arbre pour synchroniser leur maturation. Lors de cette étape, les sucres s’accumulent dans le fruit qui créent des arômes et parfums attrayants signalant le fort taux de sucre et la présence de la graine arrivée à maturité. Ils se colorent pour être vus par les animaux qui s’en délectent.

Une fois les fruits arrivés à maturité, l’arbre stocke le reste de ses réserves carbonées à l’intérieur de son tronc dans le xylème. Cela lui permettra ainsi d’avoir assez d’énergie pour débourrer ses bourgeons déjà préformée au printemps. En effet, sans feuilles l’arbre n’a pas de ressource pour fabriquer des sucres grâce à la photosynthèse.

© Fauvette à tête noire et baies de sureau – Claude Balcaen – Biosphoto

Les branches prennent de l’épaisseur

Les branches cherchent année après année à s’élever un peu plus haut dans le ciel dans le but d’obtenir le plus de lumière possible. Ces dernières doivent également prendre un tour de taille plus important pour s’adapter au poids grandissant des feuilles et petites branches qui viennent s’ajouter chaque année. C’est le rôle du cambium, aussi appelé seconde écorce, qui renferme les cellules méristématiques secondaires responsables de la formation du bois dans l’arbre.

Pour les espèces d’arbres à zones poreuses, contenant des vaisseaux de gros diamètres où la sève circule vite comme le châtaignier ou le chêne par exemple (à l’inverse les espèces à pores diffus comme le hêtre, le bouleau ou encore le tilleul ont des vaisseaux d’un diamètre bien plus petit dans lesquels la sève circule bien moins rapidement), deux bois différents sont créés au cours de l’année : le bois de printemps et le bois d’été.

Le bois de printemps ou bois initial est composé de gros vaisseaux qui permettent un transfert important d’eau indispensable pour irriguer les extrémités de l’arbre. Au moment de l’été, le cambium se transforme pour ne plus fabriquer que de petits vaisseaux bien plus dense et plus rigide que l’on appelle le bois d’été ou bois final. C’est à cause de la réduction (dû aux conditions météos) de la quantité d’eau dans le sol que le cambium change sa configuration et produit un bois bien différent. Ces différences de densité sont observables sur les cernes d’un chêne.

La fin de l’été sonne l’arrêt de la production de bois pour se consacrer uniquement à la confection des bourgeons et des réserves pour l’hiver.

© Cernes de chêne alternance bois de printemps et d’été – H.Curtis – Biosphoto

L’endurcissement et l’aoûtement

L’arbre prévoit bien à l’avance les adaptations nécessaires à la rudesse du futur l’hiver. C’est un être poïkilotherme, dit à sang froid : sa température interne varie avec celle de son milieu, il craint donc tout particulièrement le gel.

Chaque année, il doit repasser par les mêmes étapes entre la fin de l’été et le mois d’octobre afin de s’endurcir. Ce procédé d’acclimatation s’appelle l’aoûtement.

Durant deux mois, à partir de juillet, l’arbre occupe la majeure partie de son temps à anticiper la saison froide. Il commence cette préparation par la mise en dormance des bourgeons confectionnés en juillet. On appelle cette dormance une endodormance car rien ne pourra réveiller les bourgeons avant leur terme, même des températures estivales à l’automne. Les bourgeons sont ainsi protégés grâce à une barrière installée entre le méristème du bourgeon (tissu végétal de type embryonnaire essentiel à toutes les plantes pour leur croissance) et le reste de l’arbre.

Ensuite, l’arbre cesse les échanges nutritifs au sein de ses cellules afin de ralentir son métabolisme en coupant les voies de communication.

A l’automne, cet endurcissement continue afin que l’arbre soit paré au début de l’hiver à toutes les éventualités.

Le rôle des feuilles

Comme nous l’avons vu précédemment, les feuilles sont les organes-sources de l’arbre, elles apparaissent au printemps pour les feuillus. Grâce à elles, l’arbre puise son énergie pour s’élancer toujours plus haut dans le ciel. Les feuilles abreuvent l’arbre en sucre mais elles lui servent également de poumons. Les feuilles servent aussi en été de système de refroidissement grâce à l’eau qui s’en évapore lorsqu’elles chauffent au soleil. Les feuilles sont constituées d’une multitude de stomates, situés sur leur face intérieure, par lesquels s’effectuent les échanges gazeux de la plante, de sa respiration à la photosynthèse. L’été, comme nous allons le voir, les stomates jouent un rôle fondamental pour la survie de l’arbre lors de fortes chaleurs.

Sécheresse

Les sécheresses sont caractérisées par un manque d’eau sur une longue durée qui laissent des marques sur la faune, la flore et les écosystèmes. Ces sécheresses peuvent être causées par différents facteurs comme de faibles précipitations, un manque d’eau dans les sols et les nappes phréatiques, et sont de plus en plus fréquentes avec le changement climatique.

L’eau structure toute la vie de l’arbre, de sa croissance à la montée de sève, en passant par la fabrication de la matière organique. La sécheresse perturbe donc complètement la préparation de l’arbre à l’hiver, il ne peut plus faire ses réserves pour cette saison froide faute de ressources nécessaires. Lors d’une sécheresse, il se retrouve en déficit hydrique car il perd bien plus d’eau en se refroidissant avec les feuilles qu’il n’en pompe par ses racines. Les cellules se déshydratent donc et perdent ainsi leur pression interne, c’est alors que l’arbre ferme ses stomates.

Même si cette technique est efficace pour stopper le déficit hydrique, elle a de fortes répercussions sur la vie de l’arbre empêchant de faire entrer du CO2 et de l’oxygène tout en l’empêchant de se refroidir à travers ses feuilles. L’arbre peut donc réagir d’une autre manière en ouvrant ses stomates tout en s’adaptant le plus possible à la déshydratation en augmentant l’entrée d’eau par ses racines, on appelle cela l’ajustement osmotique.

Un des risques directs lié à la sécheresse pour l’arbre (outre le stress hydrique qui attire bon nombre de ravageurs) est l’embolie gazeuse. Quand le sol est très sec, la tension augmente dans le bois car l’arbre a besoin d’évacuer une grande quantité d’eau, ce qui crée alors un fort risque de cavitation. La cavitation est l’entrée d’air dans les vaisseaux où circulent l’eau. C’est alors l’embolie gazeuse, si de nombreux vaisseaux sont concernés en même temps cela entraîne la mort de l’arbre. L’embolie gazeuse est une des causes principales de mortalité lors de sécheresse.

© Embolie gazeuse chez un hêtre – Yann Avril – Biosphoto

L’été n’est donc pas une saison de tout repos pour l’arbre d’autant plus que les changements climatiques qui modifient son environnement ne vont cesser de le soumettre à des conditions de plus en plus difficilement viables.

Nous verrons le mois prochain l’impact ancestral des feux de forêts sur le développement des arbres et les nouveaux risques liés à leur multiplication.

Sources

Les arbres en été – Extrait du Livre de Catherine Lenne – Dans la peau d’un arbre

The forest academy – cycle de vie arbre

ONF – Influence de l’été sur l’arbre

INRAE – Arbres, forêts, sécheresse

L’importance des vieux arbres et du bois mort 2 : fonctions et actions de conservation

Les fonctions du bois mort en forêt

En plus d’héberger et de nourrir bon nombre d’habitants, le bois mort a de multiples fonctions vitales pour les écosystèmes forestiers. Nous avons vu dans l’article du mois passé l’importance des vieux arbres et du bois mort en forêt pour la biodiversité forestière et plus particulièrement pour les insectes, champignons et autres oiseaux cavicoles qui en dépendent.

Voyons à présent les autres fonctions qu’ont ces vieux arbres et ce bois mort en forêt.

Tout d’abord, le bois mort est un réservoir d’eau pour la forêt, le bois en décomposition emmagasine une grande quantité d’eau. L’humus est ainsi humidifié et cela permet à la forêt de mieux gérer les sécheresses.

Le bois mort empêche également l’érosion, les chutes de pierres, ou encore les avalanches. De plus, en montagne particulièrement, s’opère une régénération sur les souches et les troncs couchés. En effet, ces éléments représentent un substrat idéal pour donner vie à de nouveaux arbres. Ils fournissent des nutriments en abondance aux jeunes arbres grâce à leur bois gorgé d’eau.

Les épicéas sont particulièrement actifs en termes de régénération. Cependant ce phénomène n’est possible que si le bois a passé 15 à 30 ans au sol. Le bois trop frais empêche la germination de nouveaux plants. Il est donc nécessaire de programmer sur le long terme la mise en place de ces lits de germination.

Enfin, le bois mort stocke le carbone en grande quantité. Selon l’Institut suisse de recherche sur la forêt, la neige et les paysages, les forêts d’Europe centrale absorbent 1.4 tonnes de carbone par hectare et par an. Ce carbone est conservé dans le bois mort jusqu’à sa décomposition totale où une partie migre dans l’humus et l’autre est minéralisée. La proportion relâchée dans l’atmosphère est donc largement compensée par la grande quantité de CO2 que l’arbre a puisé lors de sa croissance.

Les vieux peuplements d’arbres accumulent du CO2 depuis des décennies voire des siècles, ils ont donc en réserve des quantités bien supérieures à celles des jeunes plantations.

© Chênes – Oscar Diez Martinez

L’épopée du bois mort à travers les siècles

L’utilité du bois mort n’est aujourd’hui plus à prouver. Cependant le bois mort n’a pas toujours eu sa place en forêt. Il fut considéré durant des décennies, au XVIIème siècle, comme ennemi de la forêt. Quelques siècles auparavant, la récolte de bois mort en forêt était très réglementée : une autorisation préalable du propriétaire de l’espace boisé était nécessaire et devait se faire sans outils. Le bois mort devait être ramassé avec parcimonie à la main. Les temps modernes ont amené la gestion forestière et donc la rationalisation des ressources. Le bois mort devient persona non grata en forêt, il est considéré différemment des arbres vivants. Ces derniers sont favorisés pour que leur croissance soit la plus rapide et donc la plus rentable possible. Il faudra attendre les années 1990 pour que le bois mort retrouve la place qui est la sienne dans les forêts françaises. Ce n’est qu’en 1993 que l’ONF décide de maintenir des vieux arbres (“au moins un par hectare”) pour développer la biodiversité.

La gestion forestière sans bois mort a cependant laissé des traces sur cette biodiversité que l’on peut difficilement mesurer. Privés durant des siècles de bois pourrissant, d’organismes xylophages et saproxyliques, bon nombre d’entre nous se sont habitués à des forêts gérées et “propres”, le bois mort à terre ou les vieux arbres font désordre dans les rangées bien alignées des forêts françaises exploitées.

Il est temps que les regards et les actions évoluent sur la conservation des vieux arbres et du bois mort.

De nos jours, nous pouvons donc observer de plus en plus de bois mort sur pied en forêt. Ce dernier se caractérise par son absence de vie au-delà d’1m30. Les chablis (arbres déracinés) peuvent aider la régénération naturelle de la forêt grâce à la trouée de lumière qu’ils provoquent en chutant. Ils créent des systèmes de “creux/bosses” qui permettent au sol une forte diversification en termes de profondeur, d’exposition ou encore d’humidité : la biodiversité sera plus diversifiée et la quantité de biomasse sera plus élevée. Laissés au sol, ces chablis peuvent mettre des décennies, voire des siècles à disparaître naturellement. S’ils sont retirés des forêts, cela a au contraire un effet néfaste sur la biodiversité et la régénération des sols.

Ce n’est pourtant pas ces bois morts sur pied que l’on retrouve le plus en forêt mais le petit bois mort au sol (branches, jeunes troncs de moins de 20 cm de diamètre). Ce dernier abrite néanmoins bien moins d’espèces compte tenu de sa petite taille mais il contribue largement à la santé des sols.

La conférence de Vienne a établi en 2003 six indicateurs de biodiversité ; la présence de bois mort en fait partie. Selon l’inventaire forestier de l’IGN, la quantité de bois mort au sol est de 263 millions de m3 (17m3 au sol par hectare de forêt) et de 119 millions (7.6 m3 par hectare) pour le bois mort sur pied et les chablis. Cela représente aux alentours de 5% du volume de bois vivant. C’est dans le centre et l’est de la France que cette quantité est la plus élevée.

Ce bois mort est généralement regroupé en andains par les forestiers afin de favoriser la circulation et le passage des engins, d’autres laissent uniquement le petit bois et les souches en place. Cependant, pour obtenir une meilleure régénération naturelle de la forêt, il est préconisé de laisser le bois mort là où il est tombé.

© Chablis de Hêtre – Denis Bringard

Les vieux arbres et le bois mort : une ressource à conserver

Il existe deux manières de déterminer la quantité de bois mort nécessaire à la forêt et aux espèces qui en dépendent. La première consiste à observer les forêts naturelles qui sont des références de gestion forestière au plus près de la nature et d’y mesurer le volume de bois mort. Cependant, en Europe il existe peu de forêts naturelles où l’homme n’a pas imprimé sa trace (à l’exception de certaines dont la forêt primaire de Bialowieza).

L’autre technique consiste à s’adapter aux besoins des organismes saproxyliques. Une étude sur le sujet est parue en 2010 (Müller et Bütler). Il y est question de chiffrer des seuils minimums de bois mort pour les espèces dépendantes. Leur conclusion établit qu’une grande partie des espèces peuvent subsister à partir d’un volume de bois mort de 20 à 50 m3/hectare. Des efforts d’augmentation du bois mort sont donc à réaliser dans nos forêts pour arriver à ces niveaux de base.

Cependant ces seuils sont insuffisants pour la conservation d’autres espèces plus gourmandes qui nécessitent au moins 100 m3/ha. Par exemple, les oiseaux qui sont dépendants des cavités pour y pondre ont besoin de 141 m3/ha de bois mort pour survivre.

Les espèces saproxyliques ne dépendent pas uniquement de la quantité mais aussi de la qualité du bois mort disponible au sein d’une forêt comme l’essence, le diamètre du bois ou le stade de décomposition. En effet, certains insectes xylophages ne s’intéressent qu’au bois mort frais ou aux petites branches, ces réserves ont donc besoin d’être renouvelées fréquemment.

Les espèces saproxyliques étant généralement spécialisées, ce sont soit des colonisateurs de conifères soit de feuillus ; la diversité des essences est donc fondamentale. Il convient également de laisser de grosses pièces de bois mort, ces dernières étant plus hétérogènes dans leur offre d’abris compte tenu des stades de décomposition différents selon l’activité des décomposeurs. Ainsi, on ne peut remplacer une faible quantité de bois mort au sol par une grande quantité de petits bois morts.

D’autre part, le bois mort ne cesse de se transformer selon ses différents stades de décomposition (allant du bois frais à l’humus). Les organismes qui vivent sur ce bois doivent donc changer fréquemment d’habitat, ceux-ci ne sont pas permanents. Il est donc important d’avoir du bois mort dans tout le massif forestier afin que les insectes et autres décomposeurs, puissent aller d’un habitat à un autre.

Une mise en place de corridors écologiques permet la connexion de diverses populations d’insectes (évitant ainsi des problèmes de consanguinité) et donc leur subsistance au sein de la forêt.

Ainsi, sont mis en place des îlots de sénescence. Ces îlots sont des surfaces de forêt où l’homme n’intervient plus, où la nature suit son évolution naturelle jusqu’à la mort des arbres et la régénération du massif. Ils ne doivent pas être confondus avec les îlots de vieillissement qui ne sont conservés que de manière provisoire.

© Sapin – Christophe Sidamon-Pesson

Ces îlots de sénescence doivent couvrir plusieurs hectares afin de montrer leur efficacité. Entre quelques dizaines et quelques centaines d’hectares, ils ont pour effet de conserver dans leur intégralité les différents cycles de vie de l’arbre. A partir de quelques milliers d’hectares, 10 à 100 km2, la biodiversité forestière dans son intégralité (faune et flore) est conservée.

Une trame de vieux bois a fait son apparition dans les parcs français. Cette trame favorise la mise en place d’îlots de vieillissement et de sénescence pour favoriser les continuités écologiques en même temps que la biodiversité.

Sources

Focus sur les ressources en bois mort du WSL

Bois mort en rivière – Zoom nature

Section bois mort du WSL

L’importance des vieux arbres et du bois mort en forêt

La biodiversité forestière est composée d’une kyrielle d’écosystèmes différents, bien que l’Homme ait, depuis la nuit des temps, aménagé les forêts selon ses besoins. Le couvert forestier ne cesse d’augmenter ces dernières années, mais qu’en est-il de la naturalité de ces nouvelles forêts ? 

Nous le savons, les monocultures forestières ne cessent de fragiliser nos forêts, une diversité spécifique est nécessaire pour leur équilibre, de même que la conservation des vieux arbres et du bois mort. C’est sur ce dernier point que nous allons centrer notre article ainsi que celui qui suivra le mois prochain.

En effet, comme nous allons le voir, la présence des vieux arbres et du bois mort est fondamentale pour l’équilibre de nos forêts : entre 20 et 40% de la biodiversité forestière dépend à un moment de sa vie des vieux arbres et du bois mort. Ces derniers fournissent un support de vie, grâce à leurs cavités, pour de nombreux oiseaux, mammifères et insectes. La décomposition du bois est également une source de nourriture pour les champignons et autres insectes mangeurs de bois. Pourtant, en France, le bois mort est absent de près de 75% des forêts exploitées, il est 20 à 40 fois plus abondant dans les forêts naturelles.

Nous verrons également, dans le prochain article, les actions possibles pour créer un capital de bois mort en forêt et une trame de vieux bois avec l’implantation d’îlots de vieillissement, de sénescence et autres “arbres habitats”.

© Tronc de chêne en décomposition – Yoann Avril

Le vieux bois comme support de vie 

Depuis des décennies le vieux bois n’a plus sa place en forêt. Il fait désordre au sein des sylvicultures ordonnées et exploitées au maximum de leurs capacités. Les arbres sont généralement abattus autour de 100 ans, cependant les hêtres atteignent leur maturité biologique aux alentours de 250 ans et les chênes à plus de 400 ans. Les arbres n’arrivent donc pas à un stade de vieillissement, ils sont abattus dès qu’ils peuvent servir à la construction, ou encore au chauffage, alors qu’ils sont indispensables pour la santé des forêts. Sans eux, ces dernières sont appauvries et deviennent vulnérables aux aléas climatiques et perdent beaucoup en termes de biodiversité. De plus, la décomposition du bois enrichit le sol forestier en éléments minéraux.

En effet, les arbres sont de plus en plus hospitaliers en vieillissant, ils offrent le gîte et le couvert à de nombreuses espèces grâce aux aspérités qui se sont créées tout au long de la vie de l’arbre. Les espèces qui dépendent du bois mort ou des vieux arbres sont dites saproxyliques. En Europe, ces espèces représentent le quart de la biodiversité des forêts naturelles feuillues.

Il existe plusieurs catégories d’arbres qualifiés de “vieux” : les arbres à cavités dues à la décomposition du bois et aux forages des pics, les arbres vivants avec des parties mortes, et les arbres morts sur pied.

Ces “arbres habitats” sont appréciés des oiseaux cavicoles : 41% des 68 espèces d’oiseaux uniquement forestiers dépendent étroitement des cavités présentes sur les vieux arbres ou sur les arbres morts pour se reproduire.

© Pic noir (Dryocopus martius) – Alain Roux

Les espèces cavicoles primaires aménagent leurs cavités elles-mêmes dans l’arbre alors que les cavicoles secondaires ont besoin de cavités qui existent déjà. Les espèces dites primaires, essentiellement des pics, y nidifient et s’y nourrissent (en hiver 97% de leur nourriture est composée d’insectes du bois mort). Le pic noir creuse de larges loges dans des hêtres âgés de plus 100 ans qui serviront en grande partie aux cavicoles secondaires. Ces derniers peuvent être d’autres oiseaux (mésanges, gobe-mouches, rouges-queues à front blanc, chouettes…) mais également des mammifères : 33 espèces, sur les 91 qui peuplent les forêts, sont dépendantes des dendro-microhabitats des arbres (ce sont les différents petits habitats qui existent sur les arbres : les cavités, les excroissances, les blessures du bois…). Ces mammifères : lérot, écureuil, genette, martre, fouine ou encore chauve-souris, déclinent si le nombre d’abris présents n’est pas suffisant. Les chauves-souris sont les mammifères les plus inféodés aux arbres morts, et particulièrement de nombreuses espèces de noctules (de Leisler ou commune).

Ces vieux arbres sont aussi des refuges pour des insectes comme les fourmis, abeilles, frelons, ou guêpes.

© Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus) – Jean-Philippe Delobelle 

La décomposition du bois, tout un écosystème ! 

Les champignons sont parmi les premiers à s’attaquer au bois mort. Ce sont des organismes xylophages : ils ont la faculté d’assimiler et de digérer la cellulose et la lignine dont est composé le bois. Les spores de champignons xylophages s’installent dans les fentes du bois et germent en créant un réseau de mycélium (appareil végétatif des champignons) qui fragmente les cellules de lignine et de cellulose ; le bois devient alors spongieux et mou ou se retrouve en fine sciure.

Il existe trois sortes de champignons décomposeurs de bois mort : la pourriture cubique, celle fibreuse et celle alvéolaire.

La pourriture cubique dite rouge décompose uniquement la cellulose, ne laissant que la lignine donnant un couleur brun-rouge aux champignons à l’instar du polypore soufré.

Celle fibreuse ou blanche, la plus répandue, mais aussi la plus aboutie, dégrade la lignine et la cellulose, donnant des tâches et une teinte très pâle au bois. Il s’agit de l’amadouvier, ou encore des pleurotes par exemple.

La pourriture alvéolaire ou tabulaire a besoin d’un microclimat humide pour décomposer la cellulose et la lignine du bois, elle est donc étroitement liée aux mousses, fougères et lichens qui peuplent les vieux arbres et le bois mort pour obtenir l’humidité nécessaire à son action de décomposition (polypore du pin par exemple).

Certains insectes ne se nourrissent pas de bois mais de ces champignons xylophages ou bien s’attaquent à d’autres insectes ou à des parasites, contribuant ainsi à la bonne santé des forêts.

© Polypores soufrés (Laetiporus sulphureus) – Bernard Dubreil

Vient le tour maintenant des insectes mangeurs de bois qui sont également des organismes xylophages. Pour commencer, plus de 2000 espèces de coléoptères sont dépendantes du bois mort. Plus il y en a, plus l’écosystème forestier est en bonne santé. Ce sont eux, à 95%, qui poursuivent la désintégration du bois ; les autres 5% sont composés de fourmis, de collemboles ou de cloportes.

Ces coléoptères dévorent le liber, ce tissu végétal, bien plus nourrissant que le bois, situé entre l’écorce et le bois, qui contient la sève de l’arbre. Ils s’en servent comme alimentation au stade larvaire. Citons par exemple les longicornes comme les rhagies qui pondent dans l’arbre, mangent le liber et s’enroulent dans des morceaux de lignine pour nymphoser.

Les larves de longicornes sont fondamentales dans la décomposition du bois car elles digèrent la cellulose (en la transformant en amidon et en sucres) ; ainsi leurs excréments sont composés uniquement de sciure de bois. 

© Rhagie inquisitrice (Rhagium inquisitor) nouvellement éclose sur tronc de pin – Steem Lund

Les charançons comme les scolytes creusent leurs galeries sous l’écorce. Ce sont ces fameux scolytes qui détruisent des pans entiers de forêts du nord-est de la France depuis 2018 : le réchauffement climatique augmentant le stress hydrique des arbres, cela permet à ces coléoptères de pulluler. Cependant, ils sont inoffensifs pour des arbres sains.

D’autres insectes profitent de l’espace maintenant libéré par le liber entre l’écorce et le bois et viennent y chercher refuge : les limaces, fourmis ou punaises.

Grâce aux galeries creusées par les larves de la multitude de coléoptères dévorant le bois mort, l’eau s’infiltre mieux dans le bois et permet le développement de nouveaux champignons. 

La microfaune du sol (mille-pattes, cloportes, vers…) et les bactéries ne vont laisser de l’arbre que du terreau. Ce terreau est rempli de minéraux nécessaires à l’équilibre des sols forestiers. Ainsi, l’arbre retourne, sous forme d’humus, nourrir les futures générations de ses congénères.

Après avoir vu l’importance des vieux arbres et du bois mort pour la biodiversité forestière, nous aborderons le mois prochain les actions mises en place pour favoriser la naturalité des milieux boisés en laissant de nouveau le bois à la forêt. 

Sources :

Livre : La vie de la forêt – Bernard Fischesser

Biodiversité et bâti : arbres morts et cavités

CPIE 60 : plaquette bois mort

CRPF Pays de la Loire : fiches le bois mort  

Le renouveau des arbres au printemps

Dès le mois d’avril, la forêt reprend ses allures verdoyantes caractéristiques de la belle saison. Les arbres feuillus sortent de leur dormance et déploient leurs feuilles : c’est l’éveil de la forêt. Au cours de vos balades, vous avez sûrement déjà remarqué comme les arbres, qui avaient l’air de s’être endormis depuis l’automne précédent, s’éveillent et s’épanouissent dès l’arrivée de la douceur printanière.

De nombreux phénomènes se produisent pour les arbres, dès le début des beaux jours : les bourgeons pointent le bout de leur nez, la germination des graines tombées des arbres l’année précédente se met en route, et les fleurs se préparent à s’ouvrir au monde. Dès la fin de l’hiver, les arbres sortent de leur état de “dormance” (voir notre article sur l’activité des arbres en hiver) grâce à des températures plus clémentes et une luminosité plus intense. L’arbre a néanmoins besoin du froid durant sa période de dormance pour que ses bourgeons puissent éclore au printemps, le débourrement ne se produira pas si l’hiver a été trop doux.

© Forêt riveraine au printemps – Breuer Wildlife

La montée de sève

Le débourrement des bourgeons est un phénomène de ramification de l’arbre. Ce dernier produit de nouvelles pousses qui prolongent les branches de l’arbre et activent la naissance des nouvelles feuilles. Ce processus est provoqué par l’afflux de sève brute. Cette sève provenant des racines est composée en grande partie d’eau et de sels minéraux. Pour faire remonter cette sève jusqu’à leurs bourgeons, les végétaux utilisent le xylème. Ce tissu, correspondant aux vaisseaux du bois, transporte verticalement la sève brute des racines jusqu’aux branches de l’arbre. Grâce à une forte différence de pression entre le sol extérieur et ce tissu xylémique, le phénomène de pression racinaire “propulse” la sève dans l’arbre par capillarité.

© Débourrement d’un bourgeon de chêne – Philippe Giraud

Pour débourrer les dernières feuilles, l’arbre utilise l’évapotranspiration. Il s’agit d’une sorte de système de pompe hydraulique qui aspire la sève vers le haut de l’arbre grâce à la dépression causée par l’évaporation de l’eau au niveau des feuilles de l’arbre. Grâce à ce phénomène, les grands arbres peuvent acheminer l’eau à plus d’une centaine de mètres.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le débourrement des bourgeons au printemps, nous vous invitons à consulter notre article sur ce sujet.

La reproduction des arbres

La reproduction des arbres se distingue en deux catégories : celle des arbres produisant des graines (et donc des fleurs) et celle des arbres dont l’ovule est à nu, porté par des cônes (principalement des conifères). Concernant les arbres à fleurs, le pistil se transforme en fruit qui contient les graines. Pour que le fruit puisse se former, le pistil doit être fécondé par des grains de pollen. Ces derniers peuvent être transportés d’une fleur à l’autre par le vent ou par des pollinisateurs notamment. Ces modalités de pollinisation sont variables selon les espèces. C’est généralement vers la fin de l’été que les graines sont libérées et dispersées. Elles passent la saison hivernale sous cette forme et résistent au froid et à l’humidité grâce à leur forte déshydratation qui leur permettent de vivre au ralenti.

Voilà un exemple de reproduction pour deux espèces communes de nos forêts françaises : les hêtres et les chênes. Ce sont les chatons (fleurs des mâles) qui renferment le pollen. Les fleurs femelles ressemblent à de très petits glands pour les chênes et se trouvent dans des sortes de bogues pour les hêtres. Une fois libéré, le pollen acheminé par le vent rejoint les fleurs femelles qui deviendront des glands ou des faines.

© Chaton de chêne pubescent – Philippe Giraud

Dès que les chatons ont accompli leur rôle et libéré leur pollen, ils tombent et alimentent l’humus au pied de l’arbre. Une fois que les glands et faînes sont mûrs, ils tombent également au sol et servent de garde-manger pour la petite faune. Le peu de survivants donneront de nouveaux spécimens.

La germination des graines

Les graines sont déjà disséminées en automne mais nécessitent une période de froid pour entamer leur germination au printemps. La proportion des graines qui arrivent à germer est basse : 60 à 80% des glands d’un chêne n’atteindront pas le stade de la germination. Des conditions doivent être réunies pour que cette germination soit optimale et finisse par donner un nouvel arbre. La graine doit avoir suffisamment d’oxygène, de chaleur et d’humidité pour se développer. Avec l’arrivée du printemps et des températures de plus en plus favorables, la graine gonfle, une racine minuscule se développe et se fige dans le sol, une tigelle pousse vers le ciel et les premières feuilles apparaissent.

© Germination faine de hêtre – Denis Bringard

Le soleil conditionne le développement de la jeune pousse : elle vivait jusque-là sur ses réserves mais doit dorénavant se faire sa place pour capter les rayons du soleil nécessaires à son développement. Les arbres nécessiteront de nombreuses années de croissance avant de pouvoir à leur tour se reproduire. Il faudra 40 ans pour que le hêtre donne ses premières fleurs et cela ne se produira que tous les 5 à 10 ans.

Retrouvez les portraits du hêtre, du saule, du chêne et bien d’autres encore dans les missions d’apprentissage de l’Observatoire de la Biodiversité de la Forêt !

Sources

Futura-Sciences – Bourgeons au printemps

Ecotree Green – Les arbres au printemps

Au jardin – Comment la sève monte dans les plantes

Fondation Lamap – Biologie végétale : fonctions de reproduction

Office National des Forêts – Influence du printemps sur l’arbre

La Grande Vadrouille des amphibiens

On répartit généralement les amphibiens en deux groupes : les Urodèles, dont font partie les tritons et les salamandres, et les Anoures, comme les crapauds ou les grenouilles. Ils sont tous protégés sur l’ensemble du territoire français.

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Comme leur nom l’indique, les amphibiens mènent leur vie dans deux environnements, aquatique et terrestre. De la fin de l’automne à l’arrivée du printemps, l’animal reste enfoui dans le sol et réduit l’activité de son métabolisme au minimum. Il retourne dans le milieu aquatique pendant la partie plus active de sa vie, le restant de l’année, pendant laquelle il grandit ou se reproduit.
Les grenouilles, salamandres ou autres tritons qui ont vécu tout l’hiver en forêt, entament une migration à la fin de la saison. C’est le début d’un grand voyage vers les mares, plans d’eau ou bordures de rivières, où ils sont nés, pour se reproduire à leur tour. Ces lieux sont alors pris d’assaut par des centaines, voire des milliers d’individus. Cette période ne correspond qu’à une courte phase de leur cycle de vie, celle de leur période d’accouplement et de la ponte des oeufs : c’est la migration prénuptiale des amphibiens. Ces phénomènes sont décrits comme des migrations « explosives », à savoir qu’elles sont très limitées dans le temps, et massives.

Une fois les conditions réunies (un temps relativement doux, entre 5 et 10°C, de l’humidité et peu de vent), les amphibiens se mettent en route et parcourent des distances extrêmement variables entre les espèces et les points de reproduction. En moyenne, ils parcourent quelques centaines de mètres, parfois jusqu’à un kilomètre !

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On estime que c’est dans cette période là que les populations d’amphibiens disparaissent le plus : jusqu’à 20% pour les crapauds communs et 40% pour les grenouilles rousses, chaque année. C’est notamment le réseau routier qui s’avère le plus meurtrier pour ces animaux. Soyez donc vigilants ce mois-ci, et levez le pied à proximité des « routes à amphibiens ».
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Sur certains secteurs, des systèmes pérennes de protection ont été installés, comme les crapauducs ou les batrachoducs, petits tunnels sous la route.

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Par ailleurs, une protection temporaire peut être mise en place de manière ponctuelle, qui permet en plus d’effectuer un suivi des populations. On installe des filets accompagnés de seaux, des crapaudromes, qui préservent les animaux récoltés au matin pour leur faire traverser la voie.

Ces démarches sont généralement mises en place de manière locale, grâce aux acteurs de la collectivité ou des bénévoles.

La Société Herpétologique de France a mené un inventaire de ces pratiques, et a ainsi dénombré plus de 298 sites d’après des sources très diverses. Plus de 84% des installations sont temporaires : la majorité de ces actions sont la pose de filets et seaux à proximité des routes. D’autres actions quelquefois complémentaires ont été identifiées : fermeture temporaire de routes, ramassage nocturne d’amphibiens avec ou sans pose de filet, limitation de vitesse…

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Si ces programmes vous intéressent, vous pouvez participer aux appels en Ile-de-France. Pensez d’abord à bien vous couvrir et à avoir un bon matériel en cas de pluie et pour affronter le froid. Munissez-vous d’une lampe de poche,  d’un seau, de gants (que vous humidifierez) et d’un gilet jaune pour être vu.

Par ailleurs, depuis quelques années, l’Agence régionale pour la biodiversité en Île-de-France procède au recensement des sites d’écrasements grâce à sa plateforme participative de saisie en ligne.

Dans cette perspective, vous pouvez également mettre en place des moyens de protection au quotidien :

– Laisser un espace non tondu aux abords des mares, en préférant un fauchage manuel, moins destructeur.

– Ne pas utiliser de produits de traitement ni d’engrais, en particulier à proximité de la mare.

– Ne pas utiliser de produits pour traiter l’eau.

– Ne pas introduire de poissons dans la mare, ils dévorent les têtards.

– Mettre à disposition des cachettes à proximité de la mare où les amphibiens peuvent se réfugier: un tas de bois,  de pierres,  une grosse souche, des tas de feuilles.

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Toutes ces démarches de protection peuvent aider à faire la différence pour protéger ces amphibiens, par ailleurs menacés sur beaucoup d’autres fronts, quand ils sont essentiels à la bonne santé de nos écosystèmes. Ils jouent en effet un rôle très important dans l’équilibre de notre environnement : ils sont des prédateurs pour les petits invertébrés comme les limaces ou les cloportes, et sont eux-mêmes la proie de certains oiseaux ou poissons. Or, non seulement ces animaux s’exposent à des risques de mortalité élevée ponctuellement lors des migrations, mais s’ajoutent également tout au long de leur vie d’autres facteurs, à savoir la destruction des zones humides, l’introduction d’espèces exotiques (et avec elles, des maladies, comme la chrytridiomycose, qui a décimé 90 espèces d’amphibiens), la pollution, ou les systèmes d’exploitation intensifs à proximité.

 

En conclusion sur une note plus joyeuse, pour le plaisir des curieux, petit focus sur quelques espèces emblématiques :

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La Grenouille rousse, ou Rana temporaria, fait partie des Anoures (c’est-à-dire qu’elle n’a pas de queue), au sein des Ranidés comme la grenouille verte ou la grenouille agile. Leur capacité à bondir est emblématique, de vraies championnes olympiques !

Elle rejoint les zones humides à partir de la mi-février. Lors de l’accouplement (les plus pressés n’attendent pas d’avoir rejoint le point d’eau), le mâle s’agrippe au dos de la femelle en la saisissant par les aisselles. Les femelles, plus massives, contiennent des milliers d’oeufs dans leur ventre. Seulement 1% à 6% parviennent à devenir des grenouilles. Ils éclosent au bout d’un mois en têtards, puis se métamorphosent en trois à cinq mois. Elles atteignent leur âge adulte et peuvent se reproduire à trois ans.

Après avoir déposé les oeufs en amas, les parents entament le voyage retour à partir du mois de mars.

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L’Alyte ou Crapaud accoucheur appartient lui aussi aux Anoures. Il est reconnaissable à son petit chant aigu et régulier, très semblable à celui du Hibou petit-duc. Cette espèce discrète au demeurant se reproduit de mars à octobre, et les femelles peuvent mener jusqu’à trois pontes. Son nom vient du fait que le mâle aide la femelle à mettre bas, et enroule les œufs autour des chevilles, sur ses membres postérieurs, qu’il porte ensuite jusqu’à l’éclosion.

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La Salamandre tachetée, ou Salamandre salamandra, est un amphibien Urodèle, long d’une vingtaine de centimètres. On la reconnaît très bien grâce à ses taches jaune vif (si vous la repérez près de chez vous, n’hésitez pas à participer à l’inventaire de l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts !). L’accouplement se fait hors de l’eau, dès le printemps, mais c’est l’année suivante que la femelle dépose quelques dizaines de larves en eaux calmes. Comme pour les tritons, les petites salamandres ont des branchies lors de leur phase aquatique. Elles deviennent adultes entre trois et six mois selon les conditions climatiques, ou la température de l’eau.

 

Sources :

http://environnement.wallonie.be/publi/dnf/batraciens_routes.pdf

https://mesrayonsdesoleil.com/la-migration-printaniere-des-batraciens/

http://www.univers-nature.com/actualite/nature/la-migration-des-batraciens-reste-dangereuse-pour-ces-populations-54509.html

La migration des batraciens reste dangereuse pour ces populations

http://www.karch.ch/karch/migration_amphibiens

https://www.lpo.fr/actualites/la-migration-des-amphibiens-en-2019

http://www.refletsdeaudouce.fr/focus-migration-amphibiens/

http://lashf.org/amphibiens-et-routes/