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Coquille en cône et opercule au pied : c’est l’Elégante striée !

Un escargot bien particulier :

L’Élégante striée (Pomatias elegans) ou Cystome élégant, est un petit escargot terrestre de la famille des Pomatiidae. Elle est l’une des rares espèce appartenant à cette famille, présente en France.

Sa coquille est conique mesure entre 9 et 11,5mm de diamètre et 13 à 18mm de hauteur. Elle présente de fines stries en spirales, qui font penser à un grillage, réparties sur 5 tours convexes avec une ouverture bien ronde. Elle est de couleur brune violacée avec des taches plus sombres. Le corps de l’Élégante est brun clair ou grisâtre. Elle possède également une particularité qui n’est pas présente chez toutes les espèces de Gastéropode. En effet, à son pied on trouve un opercule, une sorte de membrane calcaire qui permet de refermer l’entrée de la coquille et ainsi se protéger des prédateurs.

Les anglais la surnomment « shuffler snail » littéralement « l’escargot trainant ». Cela fait référence au fait que son pied est divisé en deux parties qui bougent séparément. Cette particularité accentue la lenteur de ses déplacements et donne l’impression qu’il traine des pieds.

Elégante et pas difficile :

Elégante striée (Pomatias elegans) sur une herbe sèche, B Dubreuil

On rencontre l’Élégante dans tout type de milieu, du littoral à la montagne, dans des habitats secs ou humides, en zone ouverte comme en milieu plus boisé. Elle a simplement besoin d’un sol suffisamment meuble pour pouvoir s’y enfouir et se protéger des températures extrêmes. C’est également une espèce bioindicatrice : sa présence montre un sol calcaire. Ainsi, si vous croisez une Elégante striée dans votre jardin, vous savez déjà de quelle nature est votre sol !

En forêt, on la rencontre près des bosquets et des buissons. Elle apprécie en effet particulièrement les milieux forestiers où elle trouve en abondance des végétaux en décomposition tels que les feuilles mortes ou le bois. C’est un acteur essentiel dans le recyclage de la matière organique !

Des élégantes et des élégants :

Elégante striée ou Cystome élégant (Pomatias elegans), B. Dubreuil

Pomatias elegans a une reproduction assez atypique. Il existe en effet des « élégantes » et des « élégants ». Contrairement à certaines espèces d’escargots dits hermaphrodites, l’Elégante striée a des individus femelles et des individus mâles qui sont d’ailleurs légèrement plus petits que leurs congénères féminins.

L’accouplement se déroule au printemps et se poursuit jusqu’en automne. Le femelle pond ensuite une soixantaine d’œufs qu’elle enfouit un par un dans le sol. Enfin, les juvéniles éclosent après un à trois mois et atteignent la maturité sexuelle au bout de 18 mois. L’Elégante striée a une durée de vie entre 4 à 5 ans.

Une espèce rare et discrète :

Cette Élégante striée est à ne pas confondre avec l’Elégante des calanques (Tudorella sulcata). Appartenant également à la famille des Pomatiidae, elle est toutefois présente uniquement sur le pourtour méditerranéen, dans le sud de la France. On la différencie aussi au niveau physique par une coquille plus orangée à brunâtre et des stries plus épaisses.

Elégante striée en Corrèze, R. Dauriac

Au niveau national, l’espèce est classée en « Préoccupation mineure » sur la Liste rouge des espèces menacées. Pour la voir dans son jardin, il faut donc avoir un sol calcaire avec par exemple des résidus de bétons ou de nombreux cailloux. Elle doit pouvoir également disposer d’un sol meuble pour pouvoir s’y réfugier en cas de fortes chaleurs ou de présence d’un prédateur. Mais c’est une espèce assez discrète qu’il est plutôt rare d’observer. Alors avec un peu de patience, vous aurez peut-être la chance d’un voir une ! Si c’est le cas, n’oubliez pas de partager votre trouvaille grâce à l’application INPN Espèces et à la quête Elégante striée des Missions forêt de Noé. Voici un lien pour vous rappeler comment participer à ces quêtes et un tutoriel vidéo pour savoir comment ajouter vos observations via l’application INPN Espèces. Nous vous souhaitons de bonnes observations !

Ventre jaune et pupilles en coeur : c’est le Sonneur !

Nous poursuivons notre série de portraits des espèces des Quêtes Mission forêt du printemps avec cette fois-ci un petit amphibien aux couleurs bien particulières et aux réflexes peu communs … Voici le Sonneur à ventre jaune !

Un crapaud qui cache bien ses couleurs …

Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) dans le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord, M. Rauch

Le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) est un petit amphibien de la famille des Bombinatoridae. Mesurant entre 4 et 5cm de long, il a un dos gris à brun parfois parcouru de taches plus foncées et couvert de petites verrues. Il est facilement reconnaissable à son ventre et au-dessous de ses pates jaune vif à orange marbré de points gris à noir et à ses pupilles en forme de cœur. Petite particularité, il ne possède pas de sac vocal. Ce ventre coloré sert à repousser les prédateurs. Quand il en aperçoit un qui s’approche un peu trop près, le Sonneur se cambre et se retourne sur le ventre de manière à montrer cette partie de son corps : c’est ce qu’on appelle le réflexe d’Unken. Le crapaud peut tenir cette position plusieurs minutes si cela est nécessaire. L’utilisation de couleurs vives, ou du moins de couleurs qui contrastent avec le reste de son corps est appelé la coloration aposématique. Cette technique permet de dissuader de potentiels prédateurs de les attaquer. Le Sonneur, avec sa position de défense et sa coloration, est donc souvent épargné !

Sonneur à ventre jaune en position de défense, E. Boitier
Mâle Sonneur, E. Boitier

Il existe un dimorphisme sexuel assez peu prononcé chez le Sonneur : les mâles sont généralement plus petits et leurs membres antérieurs sont plus robustes avec des callosités noirâtres.

A la recherche de points d’eau

Le Sonneur à ventre jaune s’observe dans de nombreux habitats de milieu bocager dans des prairies, en lisière de forêt ou dans des forêts de feuillus notamment en bord de chemins et dans les clairières. Il apprécie particulièrement les mares permanentes ou temporaires, les fossés, les bordures marécageuses d’étangs, les retenues d’eau artificielles voire les abreuvoirs d’animaux. Les endroits ensoleillés ou peu ombragés sont davantage privilégiés par ce petit amphibien, de même il tolère les eaux boueuses ou légèrement saumâtres tant que les berges sont accessibles pour qu’il puisse facilement accéder et sortir du point d’eau. La présence de végétation aquatique ne le gêne pas, ni son absence totale. 

Sonneur à ventre jaune dans une mare, B. Fischer

Le Sonneur est un opportuniste : il consomme toutes sortes d’invertébrés terrestres de petite taille. Des coléoptères, des fourmis, des myriapodes, des araignées mais aussi des diptères voire des petits papillons. Les larves, elles, se nourrissent, de diatomées et d’algues.

Ses habitudes

Dès octobre, les adultes débutent leur période d’hibernation qui durera jusqu’à mi-avril. Pour éviter la période de froid, le Sonneur cherche un abri sous les pierres ou les souches, dans la vase, l’humus, la mousse ou dans les fissures du sol et les galeries abandonnées. Il est actif de jour comme de nuit mais il reste le plus souvent à proximité d’un point d’eau notamment durant la saison estivale et lors des périodes de fortes chaleurs. Il peut toutefois entreprendre des déplacements relativement longs au printemps lors de la saison de reproduction.

Ponte de Sonneur à ventre jaune dans l’eau, J-P. Noblet

En effet, la maturité sexuelle est atteinte en moyenne vers l’âge de 3 à 4 ans. La reproduction a lieu durant les mois de mai à juin et peut se prolonger jusqu’en été en moyenne montagne. Elle se déroule dans des points d’eau ensoleillés présentant une importante végétation qui lui sert d’abri de protection. La ponte des femelles est fractionnée : de quelques-uns à quelques centaines œufs par amas qui sont déposés sur des brindilles immergées ou sur des plantes aquatiques. Les œufs éclosent en moins de dix jours puis les têtards, de couleur brune se métamorphosent de cinq à sept semaines plus tard, selon les conditions climatiques du milieu. Les jeunes Sonneurs restent dans leur site d’éclosion quelques jours puis le quittent ensuite pour d’autres contrées. La longévité du Sonneur à ventre jaune est de 8 à 9 ans.

Un amphibien pourtant menacé …

Bombina variegata est plutôt en régression généralisée sur le territoire national. Les évaluations réalisées par le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle montrent que le Sonneur à ventre jaune fait partie des huit espèces d’amphibiens menacées en France.

Elle est classée « Vulnérable » sur la liste rouge des amphibiens de France métropolitaine. Elle est même considérée comme « Disparue » en Basse-Normandie et dans le Nord-Pas-de-Calais et « En danger critique » dans les Pays-de-la-Loire et en Haute-Normandie. Cela s’explique notamment par la fragmentation et la disparition de son habitat et notamment la raréfaction des biotopes de reproduction. L’empierrement des chemins forestiers et donc la disparition des ornières, la suppression des petites mares ou l’assèchement de zones humides sont des exemples qui participent à la destruction de son habitat. Les pollutions liées aux activités agricoles et forestières sont également une des menaces qui pèsent sur les populations de Sonneur.

Sonneur à ventre jaune dans le Parc Naturel des Monts d’Ardèche, E. Boitier

Pour aider la communauté scientifique à mieux connaitre la répartition des Sonneurs et ainsi aider à leur sauvegarde, ouvrez l’œil lors de vos balades forestières et participez à la quête Sonneur des Missions forêt de Noé. Voici un lien pour vous rappeler comment participer à ces quêtes et un tutoriel vidéo pour savoir comment ajouter vos observations via l’application INPN Espèces. Alors bonnes recherches et bonnes observations à tous !

Une nouvelle saison et de nouvelles quêtes !

Après le succès des précédentes quêtes d’automne, Noé renouvèle l’expérience ce printemps en vous proposant quatre nouvelles espèces à rechercher lors de vos balades en forêt. Rendez-vous sur l’application INPN Espèces mais avant, voici une petite présentation de ces quatre espèces forestières !  

Fin octobre 2021, nous vous avions proposé de partir à la recherche de trois espèces : la Salamandre tachetée (Salamandra salamandra), la Soucoupe commune (Helicigona lapicida) et la Langue de bœuf (Fistulina hepatica). Les résultats avaient été très concluants avec de nombreuses observations dont quatre de Langue de bœuf qui sont venu confirmer la présence dans 4 départements qui n’avaient jusque-là pas d’informations. Si vous souhaitez avoir le bilan complet de ces quêtes d’automne, le voici ici ! Les données récoltées permettent d’alimenter la base de données de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) et d’améliorer les connaissances sur les espèces et leur répartition. Si vous souhaitez participer à des missions de découverte des espèces forestières tout en contribuant à améliorer les connaissances sur la biodiversité de ce milieu, vous êtes au bon endroit !

Soucoupe commune (Helicigona lapicida), N.A Callow

Et ce printemps, ce ne sont pas trois mais quatre espèces qui vous sont proposées : le Morio (Nymphalis antiopa), l’Elégante striée (Pomatias elegans), le Polypore soufré (Laetiporus sulphureus) et le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata). Ces quatre espèces vous permettront de découvrir la diversité forestière à une saison particulièrement propice aux observations naturalistes. Voici donc une petite présentation afin de mieux les connaitre et les reconnaitre

Le Morio (Nymphalis antiopa) :

Le Morio ou « Mantea royal » (Nymphalis antiopa), M. Rauch

Mesurant jusqu’à 75mm, c’est une des plus grandes espèces de papillon français de la famille de Nymphalidae. Ce papillon assez sombre et facile à reconnaitre est diurne et hiverne à l’état adulte, ce qui accroit particulièrement sa longévité : il peut facilement atteindre les 10 mois de vie. Les chenilles, de couleur rouge orangé et parcourues de piquants, sont visibles à partir de fin avril/début mai sur diverses espèces d’arbres comme le bouleau, le peuplier ou le saule. Car le Morio privilégie les arbres pour pondre et trouver sa nourriture. Il préfère en effet la sève des arbres, les fruits mûrs voire fermentés ou les sécrétions mielleuses des pucerons que le nectar des fleurs. Auparavant très abondant, le Morio est aujourd’hui une espèce plus discrète voire rare dans certains départements à cause notamment de la disparition de son habitat. Un portrait complet de cette espèce est disponible à ce lien. Vous pouvez participer à la quête Morio jusqu’au 30 novembre 2022.

L’Elégante striée (Pomatias elegans) :

Elégante striée (Pomatias elegans), B. Dubreuil

Cette espèce d’escargot à coquille en forme de cône mesure entre 13 et 18mm de haut et est de couleur brune à violacée en passant par le blanc orangé avec des striures plus sombres à rougeâtres. L’Elégante striée dispose d’un opercule qu’elle peut fermer pour se protéger des prédateurs. Elle fréquente les forêts à sol calcaire, trouvant refuge dans des bosquet ou de petits buissons mais on peut également l’observer dans des zones plus ouvertes comme des prairies, des zones littorales ou montagneuses. Elle n’est pas hermaphrodite, les sexes sont séparés et la femelle est plus grande que le mâle. Après l’accouplement, elle pond une cinquantaine d’œuf un par un. Après 20 jours, les œufs éclosent. Les adultes se nourrissent essentiellement de végétaux en décomposition comme le bois ou les feuilles. La quête Elégante est disponible jusqu’au 28 février 2023.

ATTENTION : Elle est très semblable à l’Elégante des calanques (Tudorella sulcata), présente sur le pourtour méditerranéen. La coquille est plus brune rougeâtre mais possède surtout des striures plus épaisses et moins nombreuses.

Le Polypore soufré (Laetiporus sulphureus) :

Polypore soufré (Laetiporus sulphureus), D. Delfino

Le Polypore soufré est une espèce assez particulière de champignon car il ne possède pas de pied : il est directement appliqué au support. Mesurant environ 50cm de longueur, il est reconnaissable à sa surface assez rugueuse, sa chair épaisse, sa couleur jaune rosé et est constitué de plusieurs imbrications bosselées. Il a également une forte odeur faisant penser à de la chair de poulet. Il s’agit d’un champignon parasite saprophyte, qui se nourrit de bois vivant. Avec son action, il attire une biodiversité riche et notamment des insectes xylophages. On le retrouve ainsi sur diverses essences de feuillus, de chênes aux châtaigniers en passant par les peupliers et plus rarement sur les conifères. Champignon comestible uniquement au stade juvénile, il se développe du printemps à l’automne et peut aisément atteindre les 10kg. Cette quête est accessible pour une durée d’un an, soit jusqu’au 28 février 2023.

ATTENTION :  Le Polypore soufré est très proche d’un autre Polypore : le Polypore géant (Meripilus giganteus). Ce dernier peut se différencier par la couleur de son chapeau brun-ocre et sa taille pouvant atteindre 80cm. Contrairement au Polypore soufré, il ne se développe qu’à la base du tronc souvent de hêtres et de chênes, et il a tendance à noircir avec l’âge.

Le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) :

Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata), M. Rauch

Ce petit crapaud n’excède en effet pas les 5cm de long pour un poids d’environ 15g. La couleur très atypique sur son ventre, jaune taché de noir, permet de dissuader de potentiels prédateurs. Si besoin, il peut se servir de sa peau pour libérer un liquide visqueux et irritant à l’odeur nauséabonde. Outre son ventre, le reste de son corps est brun gris terne parcouru de verrues cutanées, parfois couplées de petites épines noires et il possède des pupilles en forme de cœur. Il affectionne tout particulièrement les habitats humides, les bocages, les prairies ou les lisières de forêts dans des dessous de pierres, de souches, dans la vase, la mousse ou dans les fissures des sols et les galeries. Actif de jour comme de nuit, il ne s’éloigne toutefois jamais très loin d’un point d’eau, à la recherche de petits coléoptères. A l’approche du printemps, on peut entendre de petits jappements, signe que la saison de reproduction est ouverte. Les femelles pondent en amas et de façon fractionnée entre une dizaine et une cinquantaine d’œuf qui éclosent au bout de 5 jours pour ensuite se changer en têtard. La quête du Sonneur est disponible jusqu’au 31 octobre 2022.

Voici pour la présentation des quatre espèces à recherche en forêt. Pour y participer, c’est très simple. Il faut d’abord télécharger l’application INPN Espèces, disponible gratuitement sur Google Play et l’App Store puis rendez-vous dans l’onglet des quêtes. Cherchez ensuite celles s’intitulant « Mission forêt » et portant le logo de Noé. Vous pouvez ensuite rentrer votre observation en y ajoutant une ou des photo(s) puis le nom de l’espèce, en n’oubliant pas de l’enregistrer. Pour vous aider, voici un tutoriel vidéo qui vous montre comment ajouter votre observation depuis l’application.

En espérant vous voir encore plus nombreux en cette nouvelle saison !

Nous vous souhaitons de belles observations !

Bilan Mission forêt d’automne 2021

Fin octobre 2021 étaient lancées, grâce à l’application INPN Espèces, 3 quêtes portant sur trois espèces du milieu forestier : la Salamandre tachetée (Salamandra salamandra), la Soucoupe commune (Helicigona lapicida) et la Langue de bœuf (Fistulina hepatica). Après un mois de recherche, nous avons pu récolter les données que vous nous avez transmises. Et pour une première, nous ne sommes pas déçus ! Voici donc le bilan de ces 3 quêtes Mission Forêt de Noé d’automne 2021 !

Redécouvrez l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts !

L’Observatoire de la Biodiversité des Forêts : qu’est-ce que c’est ?

Créé en 2014 par Noé en partenariat avec l’Unité Mixte de Services Patrimoine Naturel (OFB-CNRS-MNHN), l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts propose de partir à la découverte du milieu forestier à travers des missions, correspondant à des espèces à rechercher. Amphibiens, escargots, champignons, de nombreux groupes sont concernés. Destiné aussi bien aux néophytes qui veulent enrichir leurs connaissances qu’aux naturalistes chevronnés souhaitant compléter les cartes de répartition, cet Observatoire permet d’alimenter la base de données nationale de référence sur la biodiversité : l’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel) et ainsi d’améliorer les connaissances nationales sur la répartition des espèces ciblées.

Une nouvelle formule

Historiquement lié à l’application smartphone « Mission forêt avec Noé », l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts change cette année de formule. En effet, l’application dédiée va disparaitre au profit d’un nouvel outil de saisie des données, l’application « INPN Espèces », téléchargeable gratuitement sur Google Play et l’App Store.

Trois missions forestières

Cet automne, ce sont trois missions qui sont ouvertes : la Salamandre tachetée (Salamandra salamandra), la Soucoupe commune (Helicigona lapicida) et la Langue de bœuf (Fistulina hepatica). Trois espèces appartenant à trois groupes très différents qui vous permettront d’appréhender la diversité du milieu forestier et des observations qui peuvent y être faites en automne. Pour plus d’informations, rendez-vous sur les fiches dédiées à chaque espèce :

Salamandre tachetée.

Soucoupe commune.

Langue de bœuf.

Profitez donc de vos promenades forestières pour rechercher ces espèces ! Vous avez jusqu’au 30 novembre pour participer !

Enfin, nous remercions la Société Herpétologique de France et la Société Mycologique de France pour leur appui précieux sur les quêtes Salamandre tachetée et Langue de bœuf.

Comment participer ?

Pour retrouver les missions de l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts, rendez-vous sur l’onglet « Quêtes » de l’application INPN Espèces.

Les quêtes de l’Observatoire sont reconnaissables à leur intitulé commençant par « Mission forêt » et sont estampillées des logos de l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts et de Noé.

Une fois sur la quête, il vous suffit de cliquer sur l’icône de saisie des données et de vous laisser guider !

Nous vous souhaitons de belles observations forestières !

Si vous rencontrez un quelconque problème, vous pouvez nous contacter à obf@noe.org.

La forêt et le feu

Comme chaque année, l’été apporte son lot d’incendies et de feux de forêts. Partout sur le globe le feu détruit des centaines de millions d’hectares boisés par an.

En France, selon les chiffres de l’ONF, 9 feux sur 10 sont d’origine anthropique et concernent principalement les régions du pourtour méditerranéen et la Corse. Cependant l’organisme alerte sur l’exposition du reste de la France, y compris du nord, à des feux inhabituels du fait des conditions météorologiques en pleine modification à cause du réchauffement climatique.  

Selon l’European Forest Fire Information System, sur la période 1980-2018 ce sont plus de 4 663 feux en moyenne qui se sont déclenchés par an. 90% de ces derniers sont maîtrisés en moins d’une heure, et 5% de ceux qui se produisent dans des conditions extrêmes de sécheresse et de vent sont responsables de 70 à 90% des espaces boisés brûlés.

Les feux représentent en moyenne près de 30 000 hectares de forêts qui partent chaque année en fumée.

La forêt face aux flammes

La proportion la plus importante de ces événements correspond à des feux courants qui se contentent de brûler superficiellement les feuilles et les herbes au sol.

Ces feux courants peuvent être bien plus dommageables s’ils consument une surface importante de sous-bois en brûlant ainsi toute la matière organique qu’il contient. Ces derniers peuvent durer des jours et détruire intégralement le sol. Peu fréquent en méditerranée, ce type de feu est plus courant là où se trouvent de grandes quantités de matière organique comme dans les hêtraies ou les sols humides. 

Même s’ils peuvent faire des ravages dans les systèmes souterrains, ils n’atteignent généralement pas les cimes et se contentent de lécher de leurs flammes les bases des troncs.

Les feux de surface, eux, brûlent la strate supérieure de la litière : les herbes, les arbustes et arbrisseaux, ils peuvent consumer la garrigue et les landes. Les feux de surface se propagent grâce au vent et au rayonnement thermique (la chaleur qui émane des arbres peut entraîner l’augmentation de la température d’un combustible à distance).

Les feux de cimes quant à eux sont les plus destructeurs et les plus difficiles à contenir. Ils brûlent le houppier et les branches de l’arbre en formant une couronne de feu, ils se consument vite et se propagent à une vitesse record, accentuée par le vent. Ils brûlent tout sur leur passage, en particulier lors d’un grand incendie où l’onde de chaleur peut dépasser les 500 degrés.

Ces trois sortes de feux différents peuvent avoir lieu en même temps sur un même espace boisé.

Les feux ont toujours fait partie de l’histoire de nos forêts, et plus particulièrement de celles du bassin méditerranéen. Selon Météo France, les feux de forêts ont progressé de plus de 18% entre 1960 et 2008 sur le territoire métropolitain. Auparavant, la foudre était la cause première des incendies dans le pays ; actuellement, les activités humaines en sont la principale source. Par imprudence ou malveillance, les risques de départ de feux ont explosé durant le siècle passé. 

D’autant plus depuis que les effets du réchauffement climatique se font sentir sur les forêts françaises. La sécheresse fragilise les écosystèmes tout en augmentant fortement le risque d’embrasement de la forêt à la moindre étincelle.

© Paysage de forêt et maquis incendiés – Massif des Maures – Biosphoto

Les espèces pyrophytes 

Étonnamment, malgré les ravages que causent ces incendies, certaines espèces supportent bien le feu et savent même en tirer profit. Il s’agit des espèces pyrophytes.

Présentes dans les régions sèches, elles ont su s’adapter au passage du feu au cours des millénaires. Ces plantes ont développé des aptitudes pour résister aux flammes et certaines ont besoin du feu pour faire perdurer l’espèce.

Ainsi, le chêne-liège dispose d’une écorce très épaisse qui brûle uniquement en surface, libérant de cette manière ses bourgeons. Après un incendie ses branches pourront donc arborer un nouveau feuillage. De leur côté, les ifs et les arbousiers ont une très faible inflammabilité et résistent donc de manière remarquable au passage d’un feu.

Le pin d’Alep quant à lui est une espèce pyrophyte bien connue, particulièrement du fait de son comportement de sérotinie. En effet, comme d’autres espèces de conifères, le pin d’Alep libère ses graines uniquement si les cônes enduits de résine qui les renferment sont soumis à des feux brutaux. Cette espèce est cependant très inflammable, à cause de ses branches qui ne s’élaguent pas d’elles-mêmes, de la présence de cônes en nombre dans son houppier et des éléments chimiques qu’il dégage comme les terpènes. Les nouvelles graines qui tomberont en pluie durant la semaine suivant l’incendie remplaceront ainsi les anciens spécimens calcinés par l’incendie.

D’autres végétaux, sont dits « pyrophytes actifs » car ils favorisent les départs de feu afin de profiter de l’espace laissé par la concurrence (qu’ils colonisent bien plus facilement que les autres espèces). A l’instar de l’Eucalyptus, qui produit des vapeurs fortement inflammables en plus de favoriser la propagation de l’incendie avec son tapis de feuille ou encore l’huile contenue dans son tronc qui est un excellent combustible. 

Les plantes pyrophiles, elles, ont la capacité de se développer sur un sol tout juste incendié, La chaleur émise permet de lever la dormance de leurs bourgeons. Les cistes ou encore les Calistemon (rince-bouteille) sont de parfaits exemples de ce comportement : sans feux seulement 10% des graines des cistes vont germer contre 90% après un incendie.

Indirectement, certaines espèces vont profiter des feux de forêt pour s’octroyer une place dont elles ne bénéficiaient pas auparavant.

hêne liège après incendie – Massif de l’Estérel – Alain Le Toquin – Biosphoto

Les conséquences sur la planète

Les effets d’un incendie, qui peuvent être bénéfiques pour les écosystèmes, ne le sont qu’à condition que la forêt ait le temps de se régénérer entre chaque incendie. Ce processus de régénération, comme nous le verrons, dure des décennies. Auparavant, les fréquences des incendies étaient bien moindres en comparaison à celles que nous connaissons actuellement. Le réchauffement climatique cause des évènements météorologiques extrêmes qui fragilisent en profondeur les écosystèmes et modifient les équilibres existants. Les températures de plus en plus élevées assèchent la végétation qui s’embrase bien plus facilement ; les épisodes caniculaires créent les conditions idéales pour qu’un départ de feu entraîne la destruction de centaines d’hectares de forêt ; sans parler du cercle vicieux qu’engendrent ces espaces boisés qui partent en fumée. En brûlant, la forêt relâche tout le carbone qu’elle avait accumulé, transformant ce puits de carbone en une gigantesque masse de gaz à effets de serre qui contribuent à leur tour à alimenter le réchauffement planétaire. De plus, les feux étant de plus en plus rapprochés dans le temps, les espèces qui ont le temps d’y repousser ne sont pas celles qui absorbent le plus de CO2, ni celles qui résistent le mieux aux flammes. 

Selon Météo France, les feux de forêt devraient augmenter de 20 à 40% d’ici à 2100, tout en étant plus intenses et en concernant de nouvelles régions qui jusqu’ici étaient épargnées.

Les conséquences sur les écosystèmes et la biodiversité

Les feux de forêts sont dramatiques pour la vie forestière ; cependant leurs effets varient selon l’intensité de l’incendie. 

A chaque échelle, l’écosystème s’en trouve bouleversé même s’il s’agit d’un feu rapide qui n’a brûlé que la végétation de surface. Les arbres seront fragilisés de l’intérieur, deviendront des proies faciles pour les parasites et seront plus sujets aux aléas climatiques.

Concernant les feux de cimes, les dommages sont considérables : les bourgeons et le cambium (responsable de la formation du bois) ne résistent pas aux flammes et à l’intense chaleur dégagée par l’incendie. L’arbre succombe très rapidement.

Des invasions d’insectes et de champignons suivent généralement un incendie et contribuent à fragiliser d’autant plus l’écosystème.

Les arbres décimés créent des trouées dans le sous-bois qui s’en retrouve plus ensoleillé, entraînant ainsi un dessèchement de la végétation et l’apparition de graminées, bien plus inflammables, qui augmente la probabilité qu’un nouveau feu démarre.

© Incendie de forêt entre Cassis et La Ciotat – Alain Le Toquin – Biosphoto

Le type de forêt peut être totalement modifié après le passage d’un incendie qui a ravagé de grandes surfaces, comme par exemple dans les forêts méridionales où le chêne vert a fini par être supplanté par une pinède. Ces dernières se régénèrent en 15 ans après un incendie, bien plus rapidement que les chênes verts qui ont besoin de 25 à 50 ans. 

Les feux modifient également en profondeur la biomasse et le sol forestier. Le sol est lessivé, il s’érode, des coulées de boue ravinent la litière carbonisée. L’érosion peut charrier 1 000 à 2 000 tonnes de terre par km carré dans les mois qui suivent un incendie.

Le sol se meurt, il peut atteindre 70 degrés après le passage du feu et mettre des jours à retrouver une température viable pour commencer à être repeuplé et 5 à 10 ans à retrouver un certain équilibre.

Le sol se dessèche en profondeur, privé de ses composés gorgés d’eau, sa température augmente dans les 5 premiers centimètres de profondeur (les plus riches en biomasse et micro-organismes). Bien que recouvert de cendres facilement assimilables, le sol peine à recouvrer ses forces.

De plus, le feu a eu des effets dévastateurs sur la faune sauvage et particulièrement les invertébrés.

En effet, Bernard Fischesser dans son livre La vie en forêt note que « pour chaque hectare de forêt méditerranéenne brûlée par les flammes, seraient morts 300 oiseaux, 40 mammifères, une centaine de reptiles et de batraciens et des milliers d’insectes”. Bien que ce soit un bilan à nuancer car bien des animaux réussissent à fuir les incendies, cela représente tout de même des millions d’individus calcinés qui vont perturber profondément l’équilibre biologique des lieux. 

La faune et particulièrement les espèces cavicoles voient leurs habitats et abris détruits par les flammes : le bois mort a été consumé, les arbres vieillissants qui les accueillaient précédemment dans leurs creux et cavités sont partis en fumée…

Les oiseaux, reptiles et petits mammifères restants n’ont plus de quoi se nourrir, les arbres à fruits ne sont plus, les insectes ont été carbonisés et la grande faune fuit les lieux sinistrés.

Sans les décomposeurs, les pollinisateurs et autres organismes vitaux à la vie de la forêt, l’écosystème mettra d’autant plus de temps à récupérer et à revenir à ce qu’il a pu être avant le désastre.

La régénération de la forêt

Le feu ravage les forêts à une vitesse record, mais la forêt n’est pas en reste en ce qui concerne la régénération après le passage des flammes. Cette dernière dépend du climat et de l’écosystème forestier préexistant. 

Lors de la première année qui suit un incendie, les graminées, mousses et autres petites plantes refont surface pour coloniser les lieux désolés.

Le chêne kermès ou la bruyère, qui possèdent tous deux des souches souterraines, se développeront avec l’aide nouvelle de la lumière qui profite des trouées dans la canopée des arbres pour chauffer le sol.

Les plantes pyrophiles et pyrophytes prennent la place laissée libre dans la vie forestière à l’instar des champignons et autres plantes pionnières.

5 ans après l’incendie, les traces du passage du feu sont moindres, la forêt a laissé place à une variété de graminées, d’arbustes et de plantes dont près de 75% sont des espèces d’origine. Les rejets de souche et l’ensemencement peuvent aider à l’accélération de cette reconstruction.

15 ans après l’incendie, des conifères ont repoussé, particulièrement les pins qui ont une forte capacité de régénération après incendie. Les lichens reviennent peu à peu en nombre et en variété mais il faudra attendre près de 30 ans pour que l’espace reprenne une allure de forêt et entre 70 et 100 ans pour qu’une grande majorité des arbres atteignent une hauteur de 10 à 20 mètres de haut.

© Flore pionnière de mousses et de champignons sur un tronc brûlé – Jura – Michel Rauch – Biosphoto

Du côté de la faune, les coléoptères colonisent assez rapidement le bois brûlé pour s’y reproduire et se nourrir de cette source nouvelle. Grâce à leurs déjections, le sol se régénère bien plus rapidement. Les petits mammifères, tels que les souris et autres mulots, font leurs apparitions rapidement dans les deux années qui suivent l’incendie. Ils attendent pour cela le retour des populations d’insectes.

Les oiseaux peuvent mettre plus d’un quart de siècle à revenir peupler la forêt comme la microfaune du sol.

Petit à petit la nature reprend ses droits si aucun nouvel événement ne perturbe son cycle naturel.

Sources 

Livre : La vie en forêt de Bernard Fischesser

Face aux changements climatiques, la menace des feux de forêts de plus en plus forte – Oxfam France

Les incendies de forêt et la diversité biologique – FAO

Les plantes pyrophytes – Au Jardin

Conséquences des incendies de forêts – WSL