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La vie secrète des bryophytes

Les bryophytes, communément appelées mousses, sont des organismes vivants dont on oublie souvent l’existence. Pourtant, ces plantes fascinantes ont une vie bien remplie. Les bryophytes sont des alliées précieuses pour appréhender les conditions d’un milieu. Elles sont appelées « plantes indicatrices » par les forestiers car leur présence, ou absence, aide les gestionnaires à examiner l’environnement d’une forêt et poser un diagnostic sur son état.

Après l’article publié la semaine dernière (disponible ici) vous décrivant les différents types de bryophytes, voici un nouvel article visant à fournir les connaissances actuelles sur leurs habitats, leurs méthodes de reproduction, ainsi que leur rôle dans l’écosystème. 

LEURS HABITATS

Les bryophytes, avec 26 000 espèces répertoriées dans le monde, sont présentes dans toutes les régions du globe, allant de l’équateur aux pôles, à l’exception du milieu marin car elles évitent l’eau salée. Elles sont aussi présentes au bord des ruisseaux, des lacs, des marais, ou tourbières. Vous trouverez la plupart des bryophytes dans des milieux frais et humides, comme en forêt dans lesquelles elles se développent sur le sol, les rochers, les écorces des arbres, ainsi que les souches et troncs d’arbres en décomposition. Toutefois, d’autres sont observables dans des milieux secs et à découvert, comme sur des roches ensoleillées, des pelouses sèches, des murets, des trottoirs ou encore des routes. Des espèces menacées peuvent même s’y trouver !

En fonction du groupe, les bryophytes ont tout de même des préférences concernant leur habitat. Les mousses et hépatiques peuvent être trouvées sur de nombreux substrats différents, tels que la terre pour les espèces terricoles, les écorces d’arbres pour les espèces corticoles, et les rochers pour les espèces saxicoles. Mais ce n’est pas tout ! Elles peuvent pousser également sur des pavées ou des murs. Les anthocérotes poussent également sur la terre, mais affectionnent particulièrement les sols cultivés ou anciens talus de gravières

Souche d’arbre recouverte de mousses © Philippe Henry / Biosphoto
Fontinale commune (Fontinalis antipyretica), source du Doubs, France © Frédéric Tournay / Biosphoto

• LA REPRODUCTION

Les bryophytes peuvent se reproduire de deux manières différentes : par voie sexuée (avec fécondation) ou par voie asexuée (sans fécondation). 

REPRODUCTION AVEC FÉCONDATION

Le gamétophyte produit les organes sexuels mâles et femelles. Quand vient la pluie, les spermatozoïdes nagent jusqu’à trouver une cellule sexuelle femelle à féconder. Une fois ces cellules fécondées, elles se développent en sporophyte avec au bout une capsule dans laquelle se développent des spores. Cette capsule s’ouvre quand le développement des spores est terminé, et elles sont ainsi disséminées par le vent. Une fois au sol, les spores germent pour donner naissance à ce qu’on appelle des protonémas. Ceux-ci se développent alors en bourgeons et enfin en gamétophytes. Le cycle recommence alors.

Source : Burgisser, L. et Cailliau, A. (2012) « Les mousses » : Liste Rouge, inventaire et initiation aux bryophytes du canton de Genève. Hors-Série n° 14. Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève
Tortule des murailles (Tortula muralis) © Marie Aymerez / Biosphoto

REPRODUCTION SANS FÉCONDATION

Les bryophytes peuvent également se reproduire de manière asexuée, par propagules ou fragmentation ! Ces modes de reproduction ont l’avantage de permettre aux bryophytes de se reproduire rapidement

Les propagules, qui sont des petits morceaux de bryophytes constitués de cellules, se décrochent du gamétophyte lorsqu’il pleut. Elles peuvent être contenues dans une sorte de corbeille, sur une feuille ou sur les rhizoïdes. Quand elles se décrochent des bryophytes, elles génèrent de nouvelles plantes. Les propagules permettent ainsi de créer de nouveaux individus complets, qui seront des clones du précédent

La reproduction asexuée par fragmentation est également courante chez les bryophytes. Les feuilles peuvent se briser au contact de la pluie ou du vent, et à partir de ces fragments une plante entière peut se redévelopper

À noter que ces modes de reproduction ne permettent pas d’assurer la variabilité génétique des bryophytes, contrairement à la reproduction sexuée. La variabilité génétique est très importante car elle permet une meilleure résistance aux maladies et aux conditions environnementales changeantes. 

Nous pouvons tout de même noter que certaines bryophytes sont théoriquement immortelles !

Propagules dans une corbeille de Marchantia polymorpha (Hépatique des fontaines) 
© Krzysztof Ziarnek, Kenraiz, 2021

LEURS RÔLES

Les bryophytes sont essentielles au bon fonctionnement de nombreux cycles, tels que celui de l’eau en retenant l’excès d’humidité présent dans le sol ou en ralentissant son évaporation, ou celui de l’azote en forêts boréales. Elles sont aussi d’importants puits de carbone

Elles participent également à la formation de l’humus, mélange complexe de matière organique en décomposition, qui permet à d’autres végétaux de s’installer à leur tour. Les bryophytes permettent ainsi la création de nombreux sites favorables à la germination de nouvelles plantes

Les bryophytes forment aussi l’habitat de milliers de petits animaux, tels que les acariens, les collemboles, les rotifères, les tardigrades, les coléoptères et d’autres invertébrés. Il existe une véritable chaîne trophique au sein des bryophytes. Même les oiseaux les utilisent afin de former leurs nids !

Elles permettent également la biosurveillance des écosystèmes : leur présence ou absence donne une indication de la qualité de l’air ou de l’eau. Plus il y en a, plus l’écosystème dans lequel elles se trouvent est sain. En forêt, les bryophytes sont des alliées précieuses pour comprendre les conditions du milieu. Les gestionnaires forestiers les utilisent souvent afin de valider le diagnostic d’une forêt et pour prendre les décisions d’entretien !  

CONCLUSION

En somme, les bryophytes sont beaucoup plus complexes qu’elles n’en paraissent, et ne sont pas des parasites comme on pourrait le penser. Leur présence est même un indice précieux de la santé de l’écosystème dans lequel elles se trouvent. De quoi vous donner envie maintenant de vous accroupir et de les observer lors de votre prochaine sortie !

Sources : 

Bertin, S. (2021) Un autre regarde sur la forêt. MUSEO éditions. 

Leblond, S. et Boucher, A. (2011) Initiation à la bryologie – Voyage au cœur de la vie secrète des mousses.http://bryophytes-de-france.org/

Burgisser, L. et Cailliau, A. (2012) « Les mousses » : Liste Rouge, inventaire et initiation aux bryophytes du canton de Genève. Hors-Série n° 14. Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève. Consulté le 26 septembre 2023, sur : http://www.naturalistes-romands.ch/documents/lr_bryo_reduit.pdf

Les mousses

Regardez sur le sol, les pierres, les murs ! Les mousses appartiennent au groupe des bryophytes, caractérisé par l’absence de système vasculaire. Pas de vaisseaux conducteurs ou de racines chez ces végétaux, mais des structures appelées rhizoïdes dont le rôle principal est l’adhésion au substrat. Les mousses présentent un cycle de reproduction à deux générations : une génération va produire des gamètes, une autre des spores. La génération productrice de gamètes est celle que nous voyons toute l’année, on dit que les pieds de mousses sont des gamétophytes ! Les gamétophytes mâles vont produire puis libérer les gamètes mâles qui vont aller féconder les gamètes des gamétophytes femelles.

Organes producteurs de spores des Mousses en sous-bois -  -  -
© Biosphoto / Muriel Hazan

Cette étape, qui nécessite la présence d’eau, conduit au développement de la seconde génération directement sur le gamétophyte femelle : c’est le sporophyte, fine tige verticale surmontée d’une petite structure ovale contenant les spores. Ces spores, une fois libérées, vont germer directement en nouveaux pieds de mousses (gamétophyte mâle ou femelle). Vous aussi tentez de distinguer ces deux générations en forêt ! De plus, les mousses cachent souvent une grande biodiversité attirée par l’humidité ambiante, telles que petits coléoptères ou mollusques. Alors ouvrez l’œil !