La grande histoire des petites feuilles mortes…

Une feuille à terre n’est pas si banale qu’elle en a l’air. C’est un vrai cheminement, le résultat d’une adaptation hormonale de l’arbre aux changements de son environnement. Pour preuve, les feuilles d’une branche cassée brutalement sèchent, mais ne s’en détachent pas.

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©Flickr-Bruno Parmentier

À l’automne, l’arrivée du froid et la diminution de la durée du jour vont entrainer une réaction hormonale très spécifique de l’arbre. Dans ce processus, deux hormones végétales jouent un rôle crucial : l’auxine et l’éthylène. Au printemps, l’auxine est l’hormone prédominante dans les parties foliaires de la plante et stimule leur croissance. La seconde hormone, l’éthylène, y est inhibée par la forte présence de l’auxine. Mais, à l’automne, les concentrations s’inversent : l’auxine diminue au fur et à mesure que les jours raccourcissent, et l’éthylène s’exprime en stimulant notamment les cellules à la base du pétiole des feuilles. Sous son influence, les cellules se mettent à produire de la subérine, autrement dit la molécule constituant le liège. Imperméable, la subérine bloque ainsi progressivement le passage de la sève. Ce phénomène s’appelle l’abscission.

Privée d’eau et d’éléments nutritifs contenus dans la sève, les feuilles ne peuvent plus synthétiser la chlorophylle essentielle à la photosynthèse. La disparition de cette molécule de couleur verte laisse s’exprimer d’autres pigments présents naturellement dans les feuilles, tels que les carotènes (orange), les anthocyanines (pourpre) et les xanthophylles (jaune), révélant de magnifiques couleurs chaudes dans les forêts.

C’est ensuite sous l’action du vent et l’effet de leur poids que les feuilles se détachent au niveau de la zone d’abscission, et tombent. En se débarrassant ainsi de son feuillage, l’arbre limite la circulation de sève et se protège du gel et des risques d’embolie hivernale pouvant lui être fatals.

Une fois à terre, les feuilles constituent un apport nutritif en matière organique pour le sol. Elles seront dégradées par la faune et les micro-organismes du sol, enrichissant ainsi l’humus en nutriments, qui seront réassimilés ultérieurement par l’arbre.

Certaines missions d’apprentissage de l’OBF vous entraînent à la découverte d’arbres à feuillage caduc, tels que le hêtre, les chênes, les bouleaux et les saules. Cet hiver, attardez votre regard sur leurs bourgeons et leurs écorces rendus plus visibles par l’absence de feuilles. Autant d’indices à apprendre à reconnaître !

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