Allumez le feu avec l’Amadouvier

Ni animaux, ni végétaux, les champignons forment un règne à part appelé la « fonge » (Fungi). D’une grande diversité, il existe près de 9 600 espèces de champignons à chapeau et plus de 3 000 lichens rien qu’en France métropolitaine (100 chiffres expliqués sur les espèces – INPN, 2020). Capables de coloniser n’importe quel milieu, les champignons poussent dans tous types de forêts tant que les conditions environnementales le leur permettent.

Bien particuliers, ils sont à la fois visibles et invisibles : même si vous ne les voyez pas, ils sont bel et bien présents ! En effet, ils sont constitués d’un vaste réseau de filaments appelé mycélium, présent sous terre ou dans les arbres, qui représente 99% de leur poids. Et lorsque les conditions de température et d’humidité sont favorables, il y a fructification : deux de ces mycélium dits primaires fusionnent pour donner un mycélium secondaire en surface, qu’on appelle carpophore (ou sporophore). C’est l’appareil reproducteur, qui n’équivaut qu’à 1% du poids du champignon dans son ensemble ! Il correspond au champignon visible, celui du langage courant, avec un chapeau et parfois un pied.

Le « champignon » auquel on s’intéresse aujourd’hui est l’Amadouvier (Fomes fomentarius). C’est un basidiomycète, de la classe Agaricomycetes et de la famille des Polyporacées. Dépourvu de pied, ce champignon pousse en forme de sabot de cheval (ou de console) sur le tronc des arbres.

© Amadouvier (Fomes fomentarius) – Visions Pictures

Pouvant atteindre jusqu’à 50cm de diamètre, son chapeau massif arbore une teinte brun foncé quand il est jeune, qui vire par la suite au brun pâle voire grisâtre. Il est bossu au sommet et gravé de sillons concentriques formant des bourrelets jusqu’à la marge qui délimite le bourrelet inférieur (le plus jeune). Cette dernière est irrégulière et de couleur claire. L’hyménium, la partie fertile du carpophore, se trouve sur la face inférieure de l’Amadouvier. Il est constitué de tubes longs et stratifiés, de couleur ocre à brunâtre, qui débouchent sur des pores de toute petite taille, gris à brunâtre. Les organes de dissémination, appelés spores, s’en échappent et se répandent avec le vent, jusqu’à finir sur un support où un nouveau mycélium primaire pourra se développer.

On trouve l’Amadouvier sur les hêtres principalement, mais aussi sur d’autres feuillus comme les peupliers et les platanes, et exceptionnellement sur des résineux. Il s’installe sur son hôte vivant à l’occasion d’une blessure et le parasite jusqu’à sa mort. Arrivé à ce stade, le champignon se maintient sur son arbre et devient saprophyte, c’est-à-dire qu’il se nourrit du bois en décomposition. Ainsi, il peut vivre plusieurs années sur son hôte : c’est une espèce pérenne.

© Amadouviers (Fomes fomentarius) – Cyril Ruoso

Un champignon aux utilités diverses

Pour les gourmands, l’Amadouvier n’est malheureusement pas un champignon que l’on mange : non pas qu’il soit toxique, mais sa chair coriace lui enlève tout intérêt culinaire.

On peut noter cependant son utilité toute autre pour la préparation de l’amadou. Très inflammable, la chair de l’Amadouvier a été utilisée dès la Préhistoire comme combustible : il suffit d’une étincelle pour qu’elle prenne feu. Cette propriété lui a valu le nom de « polypore allume-feu ».

L’Amadouvier a également servi en médecine pour ses vertus cicatrisantes et hémostatiques : ainsi, il faisait office de pansement pour les blessures légères.

Risque de confusion avec le Polypore marginé

Attention à la confusion avec le Polypore marginé (Fomitopsis pinicola) ! Ce champignon basidiomycète appartient lui aussi à la classe Agaricomycetes, mais fait partie de la famille des Fomitopsidacées. Tout comme l’Amadouvier, le Polypore marginé ne possède pas de pied et pousse en forme de sabot de cheval. Il est cependant de taille plus petite, et son habitat préférentiel est différent : s’installant sur les souches et troncs d’arbres le plus souvent morts, il affectionne principalement les résineux, bien qu’il ne soit pas rare de le trouver sur des feuillus. De plus, les couleurs de son chapeau vont du noir près du bois de l’arbre, au jaune-orangé / rouge vers l’extérieur, tandis que la marge du champignon est plutôt blanc crème.

© Polypores marginés (Fomitopsis pinicola) – SPL Science Photo Library / Bjorn Svensson

En ce mois de janvier où les missions de l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts tournent autour des champignons, pourquoi n’en profiteriez-vous pas pour partir à la recherche de l’Amadouvier et du Polypore marginé ?

Sources :

Office National des Forêts (ONF) – Les champignons

Office National des Forêts (ONF) – Fiche champignon : Amadouvier

Au jardin – Amadouvier, Allume-feu

Futura Planète – A la découverte de l’Amadouvier