Les plantes comestibles sauvages en automne

Vous les avez déjà peut-être observées, et même senties, sans vous rendre compte qu’elles auraient pu constituer un plat très apprécié par toutes et tous : il s’agit là des plantes sauvages comestibles.

Depuis des millénaires, les plantes sauvages entrent dans l’alimentation des humains au grand bonheur de notre santé et de nos papilles. Selon François Couplan, un ethnobotaniste spécialiste des plantes sauvages comestibles, en Europe, plus de 12 000 plantes sont répertoriées et 1600 d’entre elles sont comestibles contre seulement 48 qui peuvent s’avérer fatales pour l’Homme. En sachant que 29 espèces végétales représentent 90% des espèces consommées dans le monde, il est étonnant de constater que notre alimentation s’est réduite à peau de chagrin en oubliant totalement les ressources que sont les plantes sauvages.

Car ces dernières contiennent une quantité de vitamines bien supérieure à celle présentes dans nos fruits et légumes cultivés et modifiés depuis des décennies. Peu arrosées, les plantes sauvages contiennent une importante quantité de fibres. Les parties vertes des végétaux sont une source très importante de protéines de même qualité que les protéines animales car elles renferment des acides aminés essentiels à leur assimilation.

Par exemple, les orties contiennent 8 fois plus de vitamine C que les citrons et 3 fois plus de fer que les épinards ! 

Sans parler des effets médicinaux des plantes, connus depuis la nuit des temps. La forêt regorge d’espèces comestibles qui renferment des propriétés curatives connues de nos ancêtres et aujourd’hui souvent utilisées pour la confection d’huiles essentielles et de médicaments.

La récolte de plantes sauvages comporte cependant des risques. Le risque de confusion avec une plante toxique est réel. L’identification de la plante est primordiale ; il est également important de connaître la trentaine de plantes mortelles dont est pourvue la nature métropolitaine afin de s’assurer de ne jamais récolter ces espèces. Si un doute persiste, demandez conseil à un botaniste qui validera votre identification.

Outre le risque de confusion, la présence de parasites ou de produits polluants (chimiques, pesticides, proches d’une route…) peut mettre en péril votre récolte. Il est déconseillé de prélever des plantes dans des endroits pollués et il est important de nettoyer le fruit de la cueillette avec de l’eau claire et du vinaigre blanc.

Afin de conserver la naturalité de vos lieux de récolte, ne cueillez pas toutes les ressources d’une même plante et toutes les plantes d’un même emplacement et n’en prenez pas plus que nécessaire. La cueillette toute en délicatesse permet de préserver la plante ou l’arbre et ainsi de permettre à la plante de se reproduire, de se développer et de redevenir un garde-manger l’année suivante.

En automne la récolte de plantes sauvages comestibles se concentre surtout sur les baies et autres graines, cependant, certaines feuilles et fleurs sont comestibles à cette période : partons à leur rencontre !

Les plantes comestibles sauvages : les feuilles

Commençons par l’ortie (Urtica dioica), dont nous avons déjà parlé pour l’importante quantité de vitamines et de fer qu’elle contient. Cette plante que tout le monde connaît bien est une mine de bienfaits, ce qui fait d’elle une des meilleures plantes tonifiantes et source de minéraux.

La récolte commence dès le printemps et se finit à la fin de l’automne. Ce sont ses feuilles qui renferment ses propriétés aussi bien tonifiantes que gustatives. Pour la cueillette, les gants sont indispensables. Le meilleur de la plante étant les sommités, vous pouvez vous contenter de prélever les quatre premières feuilles aux ciseaux. Les feuilles d’orties doivent ensuite être nettoyées et trempées dans un bain d’eau et un peu de vinaigre blanc afin d’en retirer tous les insectes présents.

L’ortie en cuisine est devenue la reine des plantes sauvages, séchée sur un torchon pendant quelque jours, elle se transformera en assaisonnement pour vos salades, en soupe, en pesto, en houmous ou cuites à la manière des épinards, son goût est très doux malgré les apparences !

© Ortie – Michel Gunther – Biosphoto

Le plantain (Plantago sp.), qu’il soit moyen, majeur ou lancéolé (au goût le plus fin) se trouve très souvent proche des orties (dont il apaise les piqûres). En effet, le plantain est un anti-inflammatoire, un anti-allergique et un antiseptique naturel ! Il concentre également beaucoup de vitamines et de sels minéraux comme le calcium, le phosphore ou encore le potassium.

La cueillette du plantain est idéale après un bon épisode pluvieux. Sélectionnez les plus jeunes pousses au cœur de la plante, elles seront moins coriaces. 

Toute la plante est comestible mais les feuilles cuites ont une saveur de champignon très prononcée. Le plantain assaisonnera à merveille vos risottos et omelettes.

© Plantain lancéolé – Hervé Lenain / Plantain moyen – Nigel Cattlin – Biosphoto

Le chénopode blanc (Chenopodium album) est plébiscité pour son goût très proche de l’épinard. Le chénopode blanc produit des milliers de graines qui l’aident à peupler les sols récemment retournés, particulièrement autour des sols cultivés.

A ne pas confondre avec le datura, très toxique, qui en dehors de la période de floraison peut avoir une certaine ressemblance avec le chénopode bien que les feuilles de ce dernier ne soit pas symétrique à l’inverse du datura (Datura stramonium).

Le chénopode est très proche de l’épinard. Comme ce dernier, il est riche en vitamines A et C et en calcium.

Du printemps à l’automne vous pouvez cueillir ses feuilles, pour en faire des salades ou le substituer aux épinards. Ses graines sont aussi très intéressantes nutritionnellement mais elles nécessitent une cuisson à l’eau pour se révéler entièrement.

©Chénopode blanc – Juniors / Datura stramonium – Otmar Diez – Biosphoto

La bourrache (Borago officinalis) est également une plante comestible très courante que l’on trouve dans les jardins et les abords de forêts. Les pollinisateurs, particulièrement les abeilles, raffolent de son nectar présent dans ses petites fleurs bleues très reconnaissables. 

Ses grandes feuilles poilues sont riches en vitamine C et ses fleurs ont des effets contre la fièvre et la toux.

Les infusions de bourrache sont couramment utilisées et confectionnées à l’aide des fleurs de cette dernière. Le goût des feuilles de bourrache est à mi-chemin entre le concombre et l’iode, parfait pour agrémenter des salades ou pour faire une soupe que les fleurs bleues décoreront à merveille.

© Bourrache – Michel Gunther – Biosphoto

La roquette sauvage (Diplotaxis tenuifolia) ou encore le lierre terrestre (Glechoma hederacea) sont également des plantes sauvages dont les feuilles sont comestibles et particulièrement goutues. Dans le cas du lierre sauvage, contrairement à son nom, il n’appartient pas à la famille de lierres mais à celles des menthes et quelques feuilles suffisent à assaisonner un plat de son doux parfum boisé.

La roquette sauvage ou la fausse roquette quant à elles, contiennent une forte quantité de vitamines C et un goût plus piquant que la roquette cultivée, une poignée de feuilles relèvera votre pizza ou salade.

© Roquette sauvage – Digitalis / Lierre terrestre – Alexandre Petzold – Biosphoto

Les plantes aux fruits, fleurs et graines comestibles 

Les fruits rouges-oranges de l’arbousier (Arbutus unedo) se récoltent à l’automne lorsque la peau du fruit est bien rouge. “L’arbre aux fraises”, comme il est également appelé, se trouve principalement sous la Loire et en plus grande quantité dans le pourtour méditerrannéen. 

Les arbouses ont des vertues antioxydantes très recherchées ainsi que des effets diurétiques.

Les fruits cuits feront de très bonnes confitures et, fermentés, ils seront à la base d’une boisson alcoolisée riche en goût.

© Arbousier – Michel Rauch – Biosphoto

Le houblon sauvage (Humulus lupulus) aime les zones humides pour s’y installer, il affectionne particulièrement les sous-bois. Les plantes femelles produisent des strobiles, des cônes du houblon qui contiennent de la lupine, et ont des propriétés calmantes. Ils peuvent lutter contre la dépression et les insomnies lorsqu’ils sont infusés et consommés 3 fois par jour.

C’est en septembre que l’on récolte les cônes de houblon avant leur ouverture. Ils nécessitent d’être séchés avant la consommation. Ensuite, le houblon peut être cuisiné comme un légume vert, sauté, bouilli…

© Houblon sauvage – Frédéric Tournay – Biosphoto

La mauve sylvestre (Malva sylvestris) tapisse les bords de chemins aux abords des forêts dès que l’été pointe son nez. Les fleurs de mauve se récoltent du début de l’été jusqu’à la fin de l’automne. La plante se consomme entièrement, des feuilles aux fruits que l’on nomme les fromageons et qui, lorsqu’ils sont encore verts, ont un goût très prononcé de noisette. La plante a de nombreuses propriétés, c’est une source conséquente de protéine et de fer mais elle à aussi des propriétés digestives.

Les fleurs peuvent se consommer d’une multitude de façons différentes : en tisane, en soupe, en salade…

© Mauve sylvestre – Frédéric Didillon – Biosphoto

Pour finir, le fenouil sauvage (Foeniculum vulgare) pullule dans nos campagnes dès le mois de mars, cependant ses fleurs sont récoltables jusqu’en septembre et la meilleure saison pour récolter les graines est l’automne, quand la plante commence tout juste à sécher. Pour la collecte de ces dernières, les tiges de fenouil doivent être suspendues la tête en bas au-dessus d’un papier pour qu’elles puissent tomber d’elles-mêmes.

Ces graines seront une épice très parfumée qui vous permettra de reveler vos plats grâce à sa saveur d’anis et de réglisse. Les tisanes de graines soulagent les maux de tête et de dents ainsi que l’asthme. 

© Fenouil sauvage – Christian Nitard – Biosphoto

Bien d’autres plantes sauvages sont comestibles, n’hésitez pas à découvrir les merveilles dont recèle la nature et particulièrement la forêt qui a beaucoup à nous offrir si nous prenons le temps de bien regarder !

Sources :

Livre : plantes sauvages comestibles de Nat Sinob

Ce que les plantes ont à nous dire – François Couplan