Allumez le feu avec l’Amadouvier

Ni animaux, ni végétaux, les champignons forment un règne à part appelé la « fonge » (Fungi). D’une grande diversité, il existe près de 9 600 espèces de champignons à chapeau et plus de 3 000 lichens rien qu’en France métropolitaine (100 chiffres expliqués sur les espèces – INPN, 2020). Capables de coloniser n’importe quel milieu, les champignons poussent dans tous types de forêts tant que les conditions environnementales le leur permettent.

Bien particuliers, ils sont à la fois visibles et invisibles : même si vous ne les voyez pas, ils sont bel et bien présents ! En effet, ils sont constitués d’un vaste réseau de filaments appelé mycélium, présent sous terre ou dans les arbres, qui représente 99% de leur poids. Et lorsque les conditions de température et d’humidité sont favorables, il y a fructification : deux de ces mycélium dits primaires fusionnent pour donner un mycélium secondaire en surface, qu’on appelle carpophore (ou sporophore). C’est l’appareil reproducteur, qui n’équivaut qu’à 1% du poids du champignon dans son ensemble ! Il correspond au champignon visible, celui du langage courant, avec un chapeau et parfois un pied.

Le « champignon » auquel on s’intéresse aujourd’hui est l’Amadouvier (Fomes fomentarius). C’est un basidiomycète, de la classe Agaricomycetes et de la famille des Polyporacées. Dépourvu de pied, ce champignon pousse en forme de sabot de cheval (ou de console) sur le tronc des arbres.

© Amadouvier (Fomes fomentarius) – Visions Pictures

Pouvant atteindre jusqu’à 50cm de diamètre, son chapeau massif arbore une teinte brun foncé quand il est jeune, qui vire par la suite au brun pâle voire grisâtre. Il est bossu au sommet et gravé de sillons concentriques formant des bourrelets jusqu’à la marge qui délimite le bourrelet inférieur (le plus jeune). Cette dernière est irrégulière et de couleur claire. L’hyménium, la partie fertile du carpophore, se trouve sur la face inférieure de l’Amadouvier. Il est constitué de tubes longs et stratifiés, de couleur ocre à brunâtre, qui débouchent sur des pores de toute petite taille, gris à brunâtre. Les organes de dissémination, appelés spores, s’en échappent et se répandent avec le vent, jusqu’à finir sur un support où un nouveau mycélium primaire pourra se développer.

On trouve l’Amadouvier sur les hêtres principalement, mais aussi sur d’autres feuillus comme les peupliers et les platanes, et exceptionnellement sur des résineux. Il s’installe sur son hôte vivant à l’occasion d’une blessure et le parasite jusqu’à sa mort. Arrivé à ce stade, le champignon se maintient sur son arbre et devient saprophyte, c’est-à-dire qu’il se nourrit du bois en décomposition. Ainsi, il peut vivre plusieurs années sur son hôte : c’est une espèce pérenne.

© Amadouviers (Fomes fomentarius) – Cyril Ruoso

Un champignon aux utilités diverses

Pour les gourmands, l’Amadouvier n’est malheureusement pas un champignon que l’on mange : non pas qu’il soit toxique, mais sa chair coriace lui enlève tout intérêt culinaire.

On peut noter cependant son utilité toute autre pour la préparation de l’amadou. Très inflammable, la chair de l’Amadouvier a été utilisée dès la Préhistoire comme combustible : il suffit d’une étincelle pour qu’elle prenne feu. Cette propriété lui a valu le nom de « polypore allume-feu ».

L’Amadouvier a également servi en médecine pour ses vertus cicatrisantes et hémostatiques : ainsi, il faisait office de pansement pour les blessures légères.

Risque de confusion avec le Polypore marginé

Attention à la confusion avec le Polypore marginé (Fomitopsis pinicola) ! Ce champignon basidiomycète appartient lui aussi à la classe Agaricomycetes, mais fait partie de la famille des Fomitopsidacées. Tout comme l’Amadouvier, le Polypore marginé ne possède pas de pied et pousse en forme de sabot de cheval. Il est cependant de taille plus petite, et son habitat préférentiel est différent : s’installant sur les souches et troncs d’arbres le plus souvent morts, il affectionne principalement les résineux, bien qu’il ne soit pas rare de le trouver sur des feuillus. De plus, les couleurs de son chapeau vont du noir près du bois de l’arbre, au jaune-orangé / rouge vers l’extérieur, tandis que la marge du champignon est plutôt blanc crème.

© Polypores marginés (Fomitopsis pinicola) – SPL Science Photo Library / Bjorn Svensson

Sources :

Office National des Forêts (ONF) – Les champignons

Office National des Forêts (ONF) – Fiche champignon : Amadouvier

Au jardin – Amadouvier, Allume-feu

Futura Planète – A la découverte de l’Amadouvier

La salamandre tachetée, un amphibien mauvais nageur

La salamandre tachetée (Salamandra salamandra) est un urodèle de la famille des Salamandridae. Un urodèle est un amphibien (eh oui, la salamandre n’est pas un lézard !) au corps allongé, possédant deux paires de pattes et conservant une queue à l’âge adulte, contrairement aux anoures (représentés par les grenouilles et les crapauds). Pouvant être confondus avec les tritons (également des urodèles), les salamandres se distinguent par leur corps lisse à l’aspect huileux et par leur queue cylindrique.

La salamandre tachetée peut atteindre jusqu’à une vingtaine de centimètres à l’âge adulte. Elle a le corps noir et présente des taches jaune vif à orangé sous forme de points et/ou de lignes, ce qui la rend facilement reconnaissable. Chaque individu possède un motif qui lui est propre et qui permet de l’identifier. Par ailleurs, étant un animal nocturne, ses grands yeux noirs sont adaptés à la vision de nuit.

© Salamandre tachetée (Salamandra salamandra) – Emmanuel Boitier

A l’arrière de ses yeux se trouvent des glandes parotoïdes, qui sécrètent une neurotoxine, le samandarin. Grâce à cela, la salamandre adulte ne connaît pas de prédateur : cette sécrétion blanchâtre est toxique voire mortelle à forte dose, pour tout animal tentant de la prédater. Les couleurs de la salamandre sont d’ailleurs un avertissement quant à sa toxicité : on parle d’aposématisme. L’Homme n’a cependant pas à craindre cette toxine qui ne passe a priori pas à travers la peau : tant que la peau n’est pas abimée ou que la toxine n’entre pas en contact avec les muqueuses ou les yeux, il n’y a pas de risque !

Par ailleurs, la salamandre possède une autre caractéristique bien pratique, notamment lorsqu’elle se sent en danger, et que l’on retrouve aussi chez les lézards : la capacité à régénérer un membre perdu !

© Sécrétion de samandarin au niveau des glandes parotoïdes d’une salamandre tachetée – Daniel Heuclin

Bien qu’il ne soit pas facile de la rencontrer, la Salamandre tachetée n’est pas un animal rare. Très répandue en Europe, elle se trouve partout en France (exceptée sur l’île de Beauté, où on trouve une autre espèce ressemblante : la Salamandre de Corse). Exclusivement terrestre à l’âge adulte, elle vit principalement dans les milieux forestiers, notamment dans les forêts de feuillus ou forêts mixtes, tant que le sol présente une certaine humidité. Elle vit cachée dans toutes sortes de cavités humides : sous des pierres, du bois mort ou des feuilles, dans des fissures rocheuses, des recoins de grottes, etc. Il arrive qu’elle s’installe aussi dans des trous anciennement occupés par d’autres animaux, comme des terriers de rongeurs ou des trous de taupes. Bien que ce soit un amphibien, l’adulte ne vit pas du tout en milieu aquatique et est même très mauvais nageur. Il peut même finir par se noyer s’il est bloqué dans un point d’eau et ne parvient pas à en sortir : par exemples, si le point d’eau est profond avec des parois trop abruptes et lisses, ou si un autre amphibien (grenouille ou crapaud) l’agrippe par erreur et le maintient pour s’accoupler.

Essentiellement nocturne, il est tout de même possible de l’observer en journée après de fortes précipitations et de participer par la même occasion à la mission qui la concerne sur l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts ! Par ailleurs, c’est un animal qui hiverne : lorsque les températures se font de plus en plus fraîches de novembre à février, elle se retire dans ses quartiers d’hiver, qui sont souvent les mêmes que pendant sa période d’activité.

Côté alimentation, la salamandre a un régime varié. Elle se nourrit d’animaux invertébrés : cloportes, vers de terre, limaces, araignées et coléoptères font son festin ! Il arrive même qu’elle mange d’autres amphibiens, comme des tritons ou des petites grenouilles.

© Salamandre tachetée mangeant un ver de terre – Daniel Heuclin

La salamandre tachetée a une durée de vie pouvant aller jusqu’à une vingtaine d’années. Elle peut atteindre la maturité sexuelle à partir de l’âge de 2 ans (jusqu’à 6 ans), et contrairement à la plupart des amphibiens, la reproduction se fait entièrement sur milieu terrestre, entre mai et septembre, avec un pic en juillet. La gestation a lieu ensuite pendant plusieurs mois jusqu’au printemps, entre février et mai, où la femelle se rend à un point d’eau calme (flaque d’eau, mare, petit cours d’eau) pour y déposer jusqu’à une cinquantaine de larves, qui ont elles une vie aquatique. C’est pourquoi, bien que l’adulte ait une vie totalement terrestre, la présence de points d’eau aux alentours est nécessaire pour la reproduction.

© Larves de salamandres tachetées – José-Luis Gomez de Francisco

A la naissance, les larves possèdent déjà des branchies externes qui leur permettent de respirer sous l’eau. Très ressemblantes aux larves de tritons, on peut les différencier grâce aux taches jaunes à la base de leurs pattes. Elles se nourrissent de tout ce qu’elles trouvent, notamment des invertébrés, et peuvent également prédater leurs congénères si la nourriture n’est pas présente en quantité suffisante. Après trois à six mois (deux mois minimum dans le cas de conditions très favorables), les larves se métamorphosent pour prendre leur forme finale d’adulte terrestre.

Menaces et protection

La salamandre tachetée est un animal protégé en France et dans la plupart des pays d’Europe depuis son inscription à l’annexe III de la Convention de Berne. Malgré ce statut, les populations de salamandres diminuent à cause de la destruction et du fractionnement de leurs habitats (construction de routes notamment), mais aussi à cause du trafic routier. En effet, les salamandres se déplacent lentement et ne sont pas assez vives pour échapper aux roues des véhicules lorsqu’elles traversent une route…

Petite anecdote

La salamandre est également appelée « salamandre de feu ». Son origine ? Autrefois, les hommes pensaient que c’était un animal qui naissait des flammes ! En effet, la salamandre s’abritant dans le bois mort, lorsque ce bois était mis au feu, la salamandre devait se précipiter pour en sortir, faisant naître ainsi de nombreux mythes et légendes.

Sources :

INPN – Fiche Salamandre tachetée

Les Parcs Nationaux de France – La salamandre tachetée

Découvrir la faune – La salamandre tachetée

Wikipédia – La salamandre tachetée

Sur la piste des animaux

Quand on se balade en pleine nature, il n’est pas aisé d’observer des animaux sauvages. N’ayant pas l’habitude de l’Homme, ils ont tendance à se cacher ou à fuir, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas là. Les traces qu’ils laissent derrière eux nous le prouvent !

Les principales traces auxquelles on pense sont celles laissées par les pattes, comme nous l’avons vu ici. Et pourtant, les empreintes des animaux ne sont pas les seuls indices de leur passage… Tout comme nous, ils se nourrissent et font leurs besoins, ils grandissent, leur peau se renouvelle, et ils ont un endroit où s’abriter et dormir. Et pour chacune de ces choses, on peut trouver des traces.

Les traces et restes de nourriture

Les animaux peuvent laisser différentes traces lorsqu’ils se nourrissent : des herbes et des branches broutées, des restes de fruits, le sol fouillé… Par exemple, le sanglier fouille la surface du sol à la recherche de larves, vers et racines : il crée ainsi des tas de terre retournée, qu’on appelle des vermillis. S’il laboure le sol plus en profondeur, on nomme cela des boutis. D’autres animaux se nourrissent de fruits et laissent derrière eux ce qu’ils ne mangent pas. Ainsi, pour une pomme de pin par exemple, on peut essayer de déterminer qui l’a mangée : un écureuil l’épluche quasi entièrement alors qu’un pic le fait de façon éparse, un lapin ronge la pomme de pin sur une partie seulement tandis que le mulot le fait sur son ensemble. Certains animaux, par leur toute petite taille, percent un petit trou dans le fruit pour pénétrer dans sa chair et le dévorer de l’intérieur, comme un balanin fait avec un gland ou un petit ver dans une pomme. Si vous trouvez un lot de fruits enterrés (glands, noisettes, noix, etc.), il peut s’agir d’un stock fait par un écureuil pour préparer l’hiver.

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© Écureuil en train de manger un gland – Juniors / P. Frischknecht

Les excréments

Après digestion de leur nourriture, les animaux défèquent et laissent derrière eux des matières fécales qui peuvent nous renseigner sur leur identité. En effet, les excréments ne se ressemblent pas tous, ainsi il est possible de savoir qui en est à l’origine. Les plus faciles à reconnaître sont les turricules, des petits tortillons de terre que les vers de terre rejettent à la surface du sol. Le hérisson fait des crottes allongées, tandis que celles du lièvre sont rondes. Chez le chevreuil, les crottes sont appelées « moquettes » : elles sont relativement petites et ont une forme ovale avec une pointe à chaque extrémité. Chez le cerf, ces crottes, nommées « fumées », sont plus grandes et plus agglomérées. Le sanglier, quant à lui, fait des crottes dont la forme et l’aspect peuvent varier avec la saison et la nourriture : une forme de boudins agglomérés en hiver, et des boules verdâtres ou noires le reste de l’année. De nombreux animaux font des crottes nommées « laissées » : celles de la belette sont longues et fines tandis que les laissées du renard sont allongées et présentent des restes de sa nourriture, comme par exemple des os ou des noyaux de fruits. Les excréments des oiseaux se présentent sous forme de fientes, mais certaines espèces d’oiseaux, dont les rapaces, rejettent également ce qu’on appelle des pelotes de réjection : ce sont des boulettes de débris non digérés (poils, plumes, os, noyaux…) qu’ils régurgitent.

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© Turricules de ver de terre – Sylvain Cordier

Les mues

Certains animaux subissent un phénomène de renouvellement de leur corps : c’est la mue. Cela peut être lié à la croissance de l’animal ou à son âge, mais également au changement de saison. Chez les mammifères, la mue correspond au renouvellement du pelage de l’animal afin de l’adapter au mieux aux saisons. Ainsi, on peut retrouver des pelotes de poils perdues par un mammifère en pleine mue, notamment lors du passage de l’hiver à la saison plus douce. Par ailleurs, pour les cervidés, la mue correspond également à la perte des bois ou du velours des bois. Les oiseaux, eux, perdent leurs plumes et les renouvellent. Parfois, ces plumes qu’ils laissent derrière eux permettent de les identifier. C’est le cas par exemple des plumes présentant une alternance de bandes bleues et noires, caractéristiques des plumes des ailes de geais. Chez les arthropodes, la mue permet un renouvellement de leur cuticule et est nécessaire à leur croissance. Si vous trouvez un insecte immobile et que son corps semble transparent, il est probable que vous soyez en présence d’un exosquelette d’un insecte qui a mué ! Les serpents et lézards aussi, du fait d’une croissance continue tout au long de leur vie, muent en renouvelant leur peau : chez les serpents, cette mue se fait sur l’ensemble du corps en une fois, tandis que pour les lézards, elle se fait par plaques sur une ou plusieurs parties du corps à la fois.

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© Bois de cerf – José-Luis Gomez de Francisco

Les habitations

Une autre façon de savoir qu’un animal est dans les parages est de trouver son habitation. En effet, les animaux ne s’éloignent jamais trop de leur maison. Mais encore faut-il savoir la reconnaître ! Il est aisé d’identifier un barrage construit par un castor : c’est un amassement de branches sur toute la largeur d’une rivière qui peut ralentir l’écoulement de l’eau. De même, les nids de branches appartiennent aux oiseaux, et leur emplacement et leur taille peuvent renseigner sur le propriétaire : de très grands nids de plus d’un mètre de diamètre, si vous êtes dans l’est de la France, sont la marque de la présence de cigognes. Une cavité dans un tronc d’arbre peut être le nid d’un pic ou d’un autre oiseau s’y étant installé. Plusieurs petits tas de terre, dans votre jardin par exemple, peuvent vous indiquer la présence d’une taupe qui vit sous vos pieds. Ou encore, un ou plusieurs grands trous dans la terre, souvent au niveau d’un talus ou d’une butte, peuvent être les entrées d’un terrier de renards ou de blaireaux.  Il n’est pas facile de savoir quelle espèce occupe un terrier car les renards s’installent souvent dans des anciens terriers de blaireaux.

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© Barrage de castor – Rémi Masson

D’autres traces…

Enfin, d’autres traces peuvent indiquer le passage d’un animal : des traces de griffes sur un tronc peuvent avoir été faites par un félin rôdant dans les parages ; les cervidés peuvent se frotter contre les troncs et arracher à cette occasion des morceaux d’écorce ; des traces de boue sur les arbres sont laissées par les sangliers qui s’y frottent après s’être vautrés dans des souilles (flaques boueuses) ; des troncs d’arbres sont taillés en pointe par les castors, etc.

Il y a donc de nombreuses façons de suivre les traces d’un animal, mais il faut avoir les yeux grands ouverts et être attentif au moindre signe. Avoir quelques connaissances est également utile pour ne pas se méprendre sur des indices qui n’en seraient pas ou sur l’identité des animaux. Si pister des animaux vous tente, de nombreux ouvrages et guides peuvent vous renseigner sur tous types de traces animales, comme le « Guide des traces d’animaux – France et Europe » de Muriel Chazel et Luc Chazel. Maintenant, vous avez les outils de base pour partir sur leur piste. Ouvrez l’œil, soyez patient et les surprises viendront à vous !

Sources :

Parc Animalier La Garenne (Suisse) – Traces et indices

Muséum de Genève (Suisse) – Dossier pédagogique : sur la piste des animaux sauvages

Bourgogne Nature – Mille et une traces en forêt…

Wikipédia – Mue

Le Petit Mars, un papillon changeant

Le Petit Mars changeant Apatura ilia (Denis & Schiffermüller, 1775) est un lépidoptère diurne de la famille des Nymphalidés. Les papillons de cette famille ont pour caractéristique de n’avoir que deux paires de pattes fonctionnelles, la première paire étant atrophiée et couverte de poils.

Contrairement à son nom, il s’agit d’un grand papillon, d’une envergure de 6 à 7cm pour le mâle. Le dessus de ses ailes est marron à brun-noir, mais il existe une différence entre le mâle et la femelle. En effet, le mâle peut présenter des reflets bleu à violet métallique en fonction de l’incidence de la lumière. Le Petit Mars changeant, dont le nom de genre Apatura vient du grec apatês et signifie « tromperie », porte donc bien son nom !

Mâle:Femelle
© Petit Mars changeant (Apatura ilia) femelle (à gauche) et mâle (à droite) – Yoann Pelouard

Par ailleurs, les ailes antérieures ont des taches blanches, tandis qu’une bande blanche traverse les ailes postérieures. Cette couleur blanche est caractéristique de la forme ilia du Petit Mars. La forme correspond à un variant phénotypique d’une espèce, et chez Apatura ilia, il existe une seconde forme, clytie, caractérisée par sa couleur orangée.

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© Petit Mars changeant (Apatura ilia forme clytie) – Tristan Lafranchis

Enfin, un ocelle noir cerclé d’orange est présent sur toutes les ailes. Sur le revers, les ailes antérieures sont marron et les ailes postérieures marron terne avec une bande claire un peu sinueuse et, à nouveau, un ocelle noir cerclé d’orange.

Revers Petit
© Revers des ailes du Petit Mars changeant (Apatura ilia) – Yoann Pelouard

L’aire de répartition de ce papillon est très vaste : c’est une espèce eurasiatique qu’on retrouve de l’Europe de l’Ouest jusqu’en Chine. Il est cependant absent des pays scandinaves. En France, il est présent sur tout le territoire métropolitain, excepté en Corse.

Il sillonne les bois et forêts, vivant le long des lisières, dans les clairières et chemins forestiers. Et bien que thermophile, il recherche des zones humides, comme des espaces boisés ouverts sur des étendues d’eau. Par ailleurs, vivant plutôt à basse altitude, on peut le trouver exceptionnellement jusqu’à 1500m d’altitude.

L’imago vole pendant la période estivale, de mai jusqu’en octobre. Il passe la plupart de son temps dans les hauteurs des arbres, voire dans la canopée. Il se nourrit du miellat produit par les pucerons, ou descend au sol pour se nourrir sur les excréments, cadavres d’animaux et autres substances malodorantes. Quand ils s’alimentent, plusieurs mâles peuvent se regrouper dans une zone ensoleillée au sol. Les femelles par contre, sont plus discrètes et ne descendent que rarement des arbres.

Après la reproduction, la femelle pond jusqu’à une soixantaine d’œufs sur les feuilles des plantes-hôtes de ses futures chenilles, qui sont des saules et des peupliers (notamment le Sault marsault, le Peuplier tremble et le Peuplier noir). Les œufs sont disposés isolément, c’est-à-dire un par feuille, sur la face supérieure et près de la marge de la feuille. Ils sont en forme de dôme avec 14 à 18 côtes, et de couleur verte. Leur incubation dure une à deux semaines avant que les chenilles n’en sortent.

La chenille du Petit Mars changeant est verte. Deux lignes latéro-dorsales jaunes et des stries de même couleur sur les côtés de l’abdomen ornent son corps. Une paire de cornes céphaliques marron-jaune apparaît sur sa tête après la première mue. La chenille se nourrit de la feuille sur laquelle elle repose en épargnant la nervure principale.

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© Chenille verte de Petit Mars changeant (Apatura ilia) – Yoann Pelouard

Une partie des chenilles ont un développement rapide et grandissent jusqu’à donner naissance à une seconde génération de papillons. Les autres chenilles ne terminent pas leur développement et se préparent à hiverner. En effet, chaque année, dans le nord de l’aire de répartition de l’espèce, une génération d’adultes voit le jour avec exceptionnellement l’émergence d’une seconde génération partielle lors des années chaudes, tandis qu’il y a deux générations dans le sud de l’aire. En France, cette zone correspond au Midi. Les chenilles qui ne se nymphosent pas deviennent brunes, se fixent sur un rameau, près d’un bourgeon, grâce à un lit de soie qu’elles ont tissé et entrent en diapause.

Une chenille qui a passé l’hiver se réveille au printemps suivant, à l’apparition des jeunes feuilles des arbres. Elle finit sa croissance en se nourrissant abondamment de ces feuilles, puis pâlit et s’installe sur la face inférieure d’une feuille pour se nymphoser. La chrysalide est vert-grisé et suspendue à la feuille par l’extrémité anale. Enfin, l’imago émerge 12 à 19 jours plus tard.

Attention ! Risque de confusion

Le Petit Mars changeant peut facilement être confondu avec le Grand Mars changeant Apatura iris (Linnaeus, 1758). En effet, ils arborent les mêmes motifs et couleurs, et malgré leur qualificatif de « Grand » et « Petit », ils ont une taille à peu près similaire. La caractéristique principale qui permet de les distinguer est la présence d’un ocelle noir cerné d’orange sur les ailes antérieures chez le Petit Mars, absent chez le Grand Mars. Les dessins sur les revers des ailes, notamment la présence d’une bande blanche nette chez le Grand Mars, permettent également de les différencier.

Grand Mars
© Grand Mars changeant (Apatura iris). Vue du dessus (à gauche) – Michel Rauch. Revers des ailes (à droite) – Denis Bringard

Retrouvez le Petit Mars changeant dans l’Opération papillons de l’Observatoire de la Biodiversité des Jardins de Noé et du Muséum national d’Histoire naturelle !

Sources :

Livre « La vie des papillons – Ecologie, biologie et comportement des Rhopalocères de France » par T. Lafranchis, D. Jutzeler, J.-Y. Guillosson, P. & B. Kan (2015)

Livre « Les papillons de jour de France, Belgique et Luxembourg et leurs chenilles » par T. Lafranchis (2000)

Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) – Apatura ilia

Quel est cet animal – Le Petit Mars changeant

European lepidopteres – Apatura ilia

Diabolique, le Robert ?

Avec ses ailes découpées, il est impossible de rater le Robert-le-diable (Polygonia c-album) ! C’est d’ailleurs le dessin de ses ailes arrière, repliées, évoquant le nez crochu d’un diable du Moyen-Âge, qui a certainement donné son nom étrange à ce beau papillon. Pensez à planter du houblon dans votre jardin pour accueillir ce papillon : ses chenilles en sont friandes.

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Un papillon coloré, très répandu en France

L’adulte présente une envergure de 45 à 50 mm. Mâle et femelle de ce grand papillon sont identiques. Le dessus des ailes est orangé, avec de nombreuses taches brunes et le pourtour des ailes plus foncé. La forme des ailes est particulièrement caractéristique par son découpage. Le dessous des ailes peut être de couleur chamois (1ère génération) ou bien franchement marron (2ème génération). On peut remarquer au centre de l’aile arrière une tâche en forme de « C », de couleur blanche, qui a donné son nom latin, Polygonia c-album.

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1ère génération : dessous des ailes chamois

Ce papillon est facilement observable dans les clairières et lisières forestières, au bord des chemins ou encore dans les jardins. Il vole de février à octobre, ce qui laisse du temps pour l’observer ! Si vous le croisez en forêt, vous pouvez transmettre votre observation à l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts. S’il vous fait l’honneur de visiter votre jardin, n’hésitez pas à renseigner votre donnée dans l’Opération papillons !

Robert_Flickr Ouwesok
2e génération : dessous des ailes marron foncé

On retrouve les œufs, seuls ou groupés, sur la face supérieure des feuilles des plantes-hôtes : ortie, houblon, orme, saule… Ils peuvent être présents en  très grand nombre, jusqu’à plus de 500 !

La chenille mesure35 mm au dernier stade. Elle est tout à fait unique et facilement reconnaissable. La tête est noire avec deux protubérances à son sommet. Le corps est brun orangé avec une plaque dorsale qui recouvre les deux derniers tiers de la chenille. Les pointes se trouvant sur cette plaque sont blanches, alors que celles plus proches de la tête sont orangées.

Robert_Flickr G San Martin

La chrysalide est anguleuse, de couleur marron clair, avec une tache blanc argenté sur le dos. Elle est attachée au support par un appendice formant des crochets, le crémaster.

chrysalide

Confusions possibles

Si vous habitez en région méridionale, et plus particulièrement dans l’arrière-pays niçois, vous pourrez avoir la chance de croiser, en même temps que le Robert-le-diable, la beaucoup plus rare Vanesse des pariétaires (Polygonia egea). Sa forme est assez proche, avec des ailes là aussi très découpées, mais les taches noires sont plus petites et moins nombreuses et le « C » blanc, visible chez le Robert-le-diable, devient un petit « L » sur la Vanesse des pariétaires. Pour vous aider à distinguer ces deux espèces, vous pouvez consulter cette fiche de distinction.

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Vanesse des pariétaires : « L » blanc sur le dessous des ailes

 

Dans les Landes de Gascogne

Les Parcs naturels régionaux sont, en France, créés à la fin des années Soixante, faisant écho à la création des Parcs nationaux (qui eux ne concernent que des zones inhabitées par l’homme). C’est en 1967 que le Général De Gaulle signe le décret instituant les PNR. Après plusieurs années d’études et d’expertise partout en France, le parc naturel régional des Landes de Gascogne a été l’un des premiers à être créé par décret, le 16 octobre 1970. Ils sont aujourd’hui 53, sur l’Hexagone et en Outre-Mer.

Si jamais il vous prenait l’envie d’aller visiter ce PNR, la maison du parc se situe à Belin-Béliet. Vous pourrez notamment vous renseigner sur les initiatives prises par le Parc en matière de conservation et de sensibilisation à sa biodiversité.

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En effet, le PNR conduit, avec la population et les collectivités qui le composent, différentes missions de “préservation du patrimoine, de développement équilibré des activités économiques, de sensibilisation des publics à leur environnement en éveillant la curiosité de l’hôte et de l’habitant” (ainsi que nous pouvons le lire sur le panneau de présentation du parc naturel régional des Landes de Gascogne).

Les 51 communes du Parc, depuis les portes de Bordeaux, offrent un patrimoine riche mais néanmoins fragile. Cinq espaces constituent majoritairement le parc, traversés par la rivière Leyre.

Tout d’abord, la pinède, caractéristique de cette région, présente une diversité des sous-bois où est conservée l’ancienne lande. Elle est couverte à la fois de chênes tauzins, tapissée par la molinie et la fougère aigle dans les parties humides, ou encore la bruyère cendrée dans la lande sèche. On peut y constater la présence, plus artificielle, de pins maritimes, due à l’exploitation de l’espace par l’homme, ce qui explique les variantes du paysage que l’on peut constater sur la lande.

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Ce Parc présente également des lagunes, plans d’eau temporaires ou permanents de formes arrondies. Les lagunes ont généralement des dimensions plutôt modestes, que les spécialistes font remonter à l’ère glaciaire. L’eau des lagunes est liée à la résurgence de la nappe phréatique. L’acidité et la pauvreté de cette eau, ses variations de niveau et de température créent des conditions de vie extrêmes. C’est pourquoi on peut y observer des milieux si riches et des espèces remarquables, comme le Grand Cormoran ou l’Aigrette garzette.

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Par ailleurs, la vallée de la Leyre constitue un milieu particulier dont les couleurs sont remarquables. L’eau, qui s’écoule sur un lit de couleur rouille, serpente sous une voûte de feuillages constitués d’aulnes, de chênes et de saules. Cette forêt galerie est peuplée d’insectes, d’oiseaux et de mammifères tels que libellules, martin pêcheur, héron et ragondin que l’on peut rencontrer par exemple lors d‘une descente en canoë. Dans ces milieux exceptionnels subsistent la loutre, le vison d’Europe et la cistude.

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Ces espaces naturels côtoient l’habitat humain sur tout le territoire du Parc. Cet habitat traditionnel montre l’histoire co-construite entre l’homme et son environnement. En témoignent des quartiers épars qui sont toujours visibles malgré la plantation de la forêt. Là, sur l’airial, sont près des grands chênes, de petites dépendances et des maisons à ossature de bois, avec toiture à longs pans, dont les façades à l’est et quelquefois auvents. L’écomusée de Marquèze est, pour le grand public, un lieu d’éducation pour sensibiliser à cette occupation plus intense de l’ancienne lande.

Enfin, les eaux douces de la Leyre rencontrent les eaux salées du bassin d’Arcachon. Le delta saumâtre de Leyre offre un grand patchwork de différents milieux naturels, que l’on peut voir à chaque marée comme un immense puzzle de multiples pièces imbriquées, où s’alignent d’immenses étendues de roseaux ou de baccharis, accueillantes pour les oiseaux. Dans ce milieu, la Maison de la nature propose un accueil des visiteurs toute l’année.

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Le Parc des Landes de Gascogne offre de multiples possibilités de découverte de ce patrimoine, en encadrant différentes sorties pédestres en journée ou des “soirées chauve-souris” pour sensibiliser le grand public à la biodiversité nocturne. Plusieurs manifestations sont organisées chaque année, dont les 24h pour la Biodiversité. Proposée par les équipes du Parc, cette manifestation a pour objectif de fédérer les acteurs associatifs, professionnels et les habitants autour de la préservation de la biodiversité. Les objectifs sont simples : améliorer les connaissances à l’échelle d’une commune en 24h et inviter les habitants à découvrir le monde naturaliste en participant aux inventaires des espèces animales et végétales de leur commune !

Le PNR des Landes de Gascogne est labellisé par différents organismes, notamment comme sites Natura 2000, Espaces Naturels Sensibles, ou encore site RAMSAR.

N’attendez plus pour le découvrir !

Le Parc en quelques infos :

Nombre de communes : 51

Superficie : 336 100 hectares

Nombre d’habitants : 78 100

Villes portes : Bordeaux, Mont de Marsan

Pour en savoir plus sur le Parc : https://youtu.be/gHwVjbfKScU

Sources :

https://www.parc-landes-de-gascogne.fr/Parc-Naturel-Regional-de-Gascogne/Le-parc-en-actions
https://www.parcs-naturels-regionaux.fr/parcs-naturels-regionaux/parc-naturel-regional-des-landes-de-gascogne
https://www.parc-landes-de-gascogne.fr/Parc-Naturel-Regional-de-Gascogne/Le-parc-en-actions/Patrimoine-naturel
https://www.parc-landes-de-gascogne.fr/Parc-Naturel-Regional-de-Gascogne/Le-parc-en-actions/Culture-education-patrimoine/L-education-a-l-environnement-dans-le-Parc

Et pourquoi ne pas profiter de votre exploration du Parc pour participer à l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts ? Vous êtes attendus, fiers explorateurs, pour partir à la recherche d’espèces forestières communes, plus rares, voire « En danger » ou « En danger critique d’extinction » !
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Les 42 espèces que vous devez retrouver vous attendent, et autant de missions d’inventaire. Pour rappel, de nombreux outils sont disponibles : des fiches de confusion pour vous aider à différencier des espèces morphologiquement proches qui sont en libre téléchargement sur le site Internet de l’Observatoire.

De même, notre application vous accompagnera dans vos déambulations forestières : simple d’utilisation et fonctionnant même hors ligne, elle vous permettra facilement de prendre connaissance et d’inventorier les espèces qui vous entourent.

Ici, découvrir et participer à l’Observatoire : www.biodiversite-foret.fr
Mais, L’OBF, ça sert à quoi déjà ?
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L’Observatoire de la Biodiversité des Forêts est un outil permanent alimentant l’INPN, l’Inventaire National du Patrimoine Naturel, géré par le Muséum national d’Histoire naturelle. En France métropolitaine, l’INPN gère des données concernant plus de 4.900 espèces de plantes et plus de 36.000 espèces animales ! Les observations récoltées dans le cadre de l’OBF actualisent ou renseignent (parfois pour la toute première fois) les données de répartition des espèces. Ces données, une fois intégrées dans l’INPN, deviennent la référence nationale et sont utilisées pour orienter des décisions sur la mise en place de plan de conservation ou de gestion d’espaces. Rien que ça !

La mission de l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts est de taille, comme le précise Laurent Poncet, directeur du Service du Patrimoine Naturel, partenaire du programme : « En termes d’inventaires biologiques, ce programme a les moyens de contribuer significativement et durablement à alimenter les bases de données de l’INPN, notamment, des espèces non décrites localement depuis plusieurs décennies » (2016).

Pour connaître l’INPN, c’est par ici : http://inpn.mnhn.fr