Archives pour la catégorie La forêt

Les cévennes citoyennes

Les parcs nationaux ont été pensés pour protéger la biodiversité du territoire et permettre d’accroître les connaissances scientifiques de la faune et de la flore française. Le premier parc voit le jour en 1963 en Savoie ; il s’agit de celui de la Vanoise. De nos jours, il en existe 11 répartis dans toute la métropole et les départements d’outre-mer, représentant 8% du territoire.

Nous nous intéresserons aujourd’hui au parc national des Cévennes qui a vu le jour en 1970. Il se situe au sud du Massif central, en moyenne montagne, sur une surface de plus de 2 700 km² (cœur du parc). Le parc national des Cévennes se décompose en 5 massifs : le Mont Aigoual recouvert à plus de 70% de forêt, le plateau calcaire du Causse Méjean, les vallées et le Piémont cévenols (milieux les plus anthropisés) et le dernier et non des moindres, le Mont Lozère, point culminant du parc. Nous vous faisons découvrir aujourd’hui cette enclave de biodiversité, classée au patrimoine mondial de l’Unesco en tant que réserve de biosphère depuis 1985.

L’Observatoire des Forêts compte sur vous pour partir à la recherche des espèces du parc !

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© Le Causse de la Cham des Bondons – Jean-Philippe Delobelle

Milieux naturels et biodiversité du parc

Le parc national des Cévennes est riche de plus de 168 milieux naturels différents. Partez à la découverte des forêts de feuillus et de résineux, observez les torrents emportant des éboulis rocheux sur leur passage, n’oubliez pas de visiter la multitude de réseaux souterrains et laissez-vous surprendre par les quelques 1 000 tourbières du parc qui jouent un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes. Le parc est situé en moyenne montagne avec des variations d’altitude allant de 117 m à Anduze jusqu’à 1 699 m pour le mont Lozère. Avant de devenir un parc national, la région du massif central sud était essentiellement composée de pâturages et de roches, la faute à une surexploitation des ressources.

Des millions d’arbres ont été plantés afin de pallier le manque de biodiversité ainsi que l’appauvrissement des sols. 21% des forêts du parc sont considérées comme “forêt ancienne” (présente depuis au moins 150 ans). Sur le plateau du Causse Méjean, situé à l’ouest du parc, il existe près de 630 grottes et cavités, certaines sont accessibles au public, d’autres nécessitent des qualités de spéléologie pour les découvrir.

L’eau est un élément incontournable du parc ; plus de 2 000 zones humides ont été recensées. Ces milieux sont précieux pour notre planète : ce sont des refuges de matières organiques, ils représentent 0,5% des terres mais contiennent 30% des matières organiques. Ils stockent également une grande quantité de carbone et alimentent les nappes phréatiques et donc contribuent à la réduction des sécheresses (courantes dans la région). Additionnés au 1 000 km de cours d’eau qui sillonnent la réserve, on peut dire qu’il y a de bonnes chances que le parc fasse de vieux os !

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© Cascades des runes – Michel Cavalier

Grâce à cette grande diversité, de nombreuses espèces peuplent les contrées cévenoles. Le parc compte près de 45% des vertébrés de France mais aussi de nombreux oiseaux nicheurs et plus de 2 000 espèces d’invertébrés. Ces derniers représentent près de 85% de la faune du parc ! Selon l’UICN, 42 espèces du parc sont considérées comme menacées et font l’objet d’une attention toute particulière. Le parc a réalisé de nombreuses actions de réintroductions d’espèces depuis sa création. Le vautour moine (Aegypius monachus) et le vautour fauve (Gyps fulvus) ont pu à nouveau survoler les Cévennes à l’instar du cerf élaphe (Cervus elaphus) et de la loutre d’Europe (Lutra lutra) même si eux, ne volent pas !

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© Vautours fauves au Causse Méjean – Dominique Delfino

Le parc abrite de nombreuses espèces de papillons, preuve de sa biodiversité variée. Parmi lesquelles l’Apollon (Parnassius apollo), un papillon présent sur la liste rouge de l’UICN. Il y est fréquemment observé, bien que le réchauffement climatique menace sa fragile population. C’est généralement une espèce emblématique du climat montagnard et dépendante de l’orpin blanc (Sedum album) nécessaire au développement des chenilles.

Le petit Paon de nuit (Saturnia pavonia) a quant à lui été vu à de rares occasions dans les hauteurs du parc. Cependant en journée, vous ne pourrez croiser que le mâle, qui est capable de percevoir les phéromones de sa dulcinée à des kilomètres ; la femelle quant à elle est toujours nocturne !

Avec un peu de chance vous aurez également l’occasion d’observer les couleurs chatoyantes du Pacha à deux queues (Charaxes jasius), en effet il apprécie particulièrement la garrigue dont le parc est couvert. C’est une espèce friande de fruits bien mûrs et fermentés !

Les portraits de ces trois espèces sont à retrouver dans le Guide de terrain des papillons des jardins, des prairies et des champs.

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© Pacha à deux queues (Charaxes jasius) – Michel Rauch

La variété du paysage ainsi que les variations climatiques favorisent également l’implantation d’une importante diversité de végétaux. Ce sont plus de 11 000 espèces qui sont recensées à ce jour dans le parc (fougères, mousses, lichens, champignons…).

Vous trouverez sur l’Atlas de la faune et la flore du parc national des Cévennes les dernières observations naturalistes qui ont été réalisées ainsi qu’un inventaire des espèces du territoire.

Les visiteurs du parc à la rescousse avec le micro-projet Pl@ntNet Cévennes

Le parc national des Cévennes a pour but d’inclure les citoyens dans la démarche d’identification de la flore locale et dans le recensement d’espèces sur le territoire. La Société Botanique d’Occitanie a donc développé une plateforme scientifique citoyenne, en partenariat avec l’application Pl@ntNet, pour permettre aux visiteurs du parc national des Cévennes d’identifier grâce à leurs téléphones et à l’intelligence artificielle de l’application les végétaux du parc. En effet, le parc ne bénéficie pas suffisamment de personnes qualifiées pour développer la connaissance de sa flore. Il est par ailleurs compliqué pour des citoyens non-naturalistes d’identifier correctement une plante sans aide externe.

La plateforme Pl@ntNet choisie pour relever ce défi existe depuis une dizaine d’années et permet d’identifier automatiquement à l’aide de photos une espèce végétale. Pour le micro-projet Pl@ntNet Cévennes, une plateforme dédiée a été créée avec une liste complète des noms d’espèces de plantes terrestres de la région cévenole (près de 2 400). L’application permet à l’aide d’une photo d’identifier la plante, d’avoir accès à son statut de conservation, à des fiches descriptives et aux usages de l’espèce.

Depuis le lancement de l’application en juin 2020, plus de 135 000 requêtes d’identification ont été recensées. Les contributeurs ont observé près de ⅔ des espèces présentes sur la plateforme et leurs travaux permettent aux gestionnaires du parc d’avoir des données sur sa flore en temps réel. L’initiative n’étant qu’à ses débuts, les requêtes vont également contribuer à soutenir les actions de gestion du parc. Le parc national des Cévennes est un des pionniers dans ce genre d’expérimentation et sera, certainement rejoint par nombre d’autres parcs ou réserves. Vous pouvez retrouver ici la liste des espèces de l’initiative citoyenne.

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© Flore sauvage parc national des Cévennes – Régis Domergue

Partez à la découverte de la flore cévenole, de ses papillons d’altitude sans oublier les 42 espèces de l’Observatoire des forêts (lien) !Et comme l’a dit Robert Louis Stevenson en 1895 lors d’un séjour dans les Cévennes : “Ici nous touchons à l’un des hauts lieux de l’humanité” !

Sources :

Parc national des Cévennes

Parc national des Cévennes – Biodiversité

Contribution citoyenne au suivi de la flore du parc national des Cévennes – SBOCC

Les sciences participatives en forêt : l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts

C’est l’automne, les feuilles des arbres ont revêtu leurs couleurs de saison du jaune-orangé au rouge avant de tomber et tapisser le sol. Malgré le confinement, peut-être que certains d’entre vous ont la possibilité de se dégourdir les jambes lors d’une petite promenade en forêt, et que d’autres anticipent leurs balades forestières post-confinement. Et pourquoi pas prévoir de participer à l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts ?

L’Observatoire de la Biodiversité des Forêts (OBF), mis en place par Noé en partenariat avec l’Unité Mixte de Service PatriNat (OFB-CNRS-MNHN), est un programme national de sciences participatives qui a pour but d’améliorer les connaissances sur les espèces forestières. Lorsque vous êtes en forêt, vous pouvez rencontrer de nombreux animaux ou trouver des champignons, et l’OBF vous invite à transmettre vos observations sur certaines de ces espèces. Petits et grands peuvent y participer, il n’y a pas d’âge pour observer la nature !

© Forêt en automne – Georges Lopez

Les espèces de l’OBF

Nul besoin de connaissances naturalistes pour y participer, l’Observatoire est ouvert à tous ! A travers un total de 56 missions, vous pouvez découvrir un peu de la richesse de la biodiversité en forêt et apprendre à mieux la connaître.

Pour ceux qui débutent, vous avez la possibilité de commencer avec des missions d’apprentissage ! Au nombre de 14, elles vous permettent d’en apprendre davantage sur les milieux boisés et de repérer des indices qui vont aideront dans vos autres missions.

Partez ensuite à la recherche des espèces de l’OBF grâce aux 42 missions d’observation portant sur chacune de ces espèces. Parmi ces dernières, retrouvez de nombreux insectes comme les papillons, les scarabées ou les capricornes, mais aussi d’autres animaux, tels que les escargots et les amphibiens. Mais il n’y a pas que des animaux en forêt et l’OBF vous propose également d’observer les champignons ! De plus, l’OBF n’a pas de saison, ni d’adresse : vous pouvez retrouver les missions mois par mois, ou région par région !

© Une espèce de l’OBF : le Carabe doré – Frank Deschandol & Philippe Sabine

L’OBF, pour quoi faire ?

Cet observatoire est très utile à différents niveaux. L’un des objectifs de l’OBF consiste à sensibiliser le public à la biodiversité pour mieux la préserver. Mais pour mieux préserver, il faut déjà connaître, et quoi de mieux pour connaître ce qui nous entoure que de commencer par l’observer ?

Un second objectif de cet inventaire participatif, et pas des moindres, est de compléter la base de données nationale sur la biodiversité française, l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN), grâce aux données récoltées. Chaque observation envoyée est reversée à l’INPN, ce qui permet de renseigner la présence et l’abondance des différentes espèces observées dans l’OBF partout sur le territoire français.

Enfin, le dernier objectif est d’obtenir une récolte de données massive et sur le long terme, qui permette aux scientifiques d’étudier ces espèces (par exemple l’évolution de leurs populations), voire de lancer des plans de conservation d’espèces menacées. En effet, il n’est pas aisé pour les chercheurs seuls d’amasser autant de données sur des territoires aussi grands, et l’existence d’observatoires nationaux ouverts au grand public comme l’OBF permet cela.

Les outils de l’OBF

Divers outils sont à votre disposition pour que vous puissiez mener au mieux vos missions.

Vous pouvez trouver notamment des outils d’aide à l’observation : il s’agit de fiches descriptives des espèces de l’OBF qui vous permettent de mieux connaître leur morphologie et vous aident à ne pas confondre des espèces voisines entre elles.

Pour participer, téléchargez l’application « Mission Forêt avec Noé ». Avec elle, vous pouvez réaliser directement les missions de l’OBF lors de vos promenades en forêt !

« Mission Forêt avec Noé »

Alors, au détour de vos futures promenades en forêt, voire d’une balade pour partir sur la piste des animaux pour les curieux ou à la cueillette des champignons pour les gourmands quand l’occasion se représentera, n’hésitez pas à y associer l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts !

Sur la piste des animaux

Quand on se balade en pleine nature, il n’est pas aisé d’observer des animaux sauvages. N’ayant pas l’habitude de l’Homme, ils ont tendance à se cacher ou à fuir, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas là. Les traces qu’ils laissent derrière eux nous le prouvent !

Les principales traces auxquelles on pense sont celles laissées par les pattes, comme nous l’avons vu ici. Et pourtant, les empreintes des animaux ne sont pas les seuls indices de leur passage… Tout comme nous, ils se nourrissent et font leurs besoins, ils grandissent, leur peau se renouvelle, et ils ont un endroit où s’abriter et dormir. Et pour chacune de ces choses, on peut trouver des traces.

Les traces et restes de nourriture

Les animaux peuvent laisser différentes traces lorsqu’ils se nourrissent : des herbes et des branches broutées, des restes de fruits, le sol fouillé… Par exemple, le sanglier fouille la surface du sol à la recherche de larves, vers et racines : il crée ainsi des tas de terre retournée, qu’on appelle des vermillis. S’il laboure le sol plus en profondeur, on nomme cela des boutis. D’autres animaux se nourrissent de fruits et laissent derrière eux ce qu’ils ne mangent pas. Ainsi, pour une pomme de pin par exemple, on peut essayer de déterminer qui l’a mangée : un écureuil l’épluche quasi entièrement alors qu’un pic le fait de façon éparse, un lapin ronge la pomme de pin sur une partie seulement tandis que le mulot le fait sur son ensemble. Certains animaux, par leur toute petite taille, percent un petit trou dans le fruit pour pénétrer dans sa chair et le dévorer de l’intérieur, comme un balanin fait avec un gland ou un petit ver dans une pomme. Si vous trouvez un lot de fruits enterrés (glands, noisettes, noix, etc.), il peut s’agir d’un stock fait par un écureuil pour préparer l’hiver.

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© Écureuil en train de manger un gland – Juniors / P. Frischknecht

Les excréments

Après digestion de leur nourriture, les animaux défèquent et laissent derrière eux des matières fécales qui peuvent nous renseigner sur leur identité. En effet, les excréments ne se ressemblent pas tous, ainsi il est possible de savoir qui en est à l’origine. Les plus faciles à reconnaître sont les turricules, des petits tortillons de terre que les vers de terre rejettent à la surface du sol. Le hérisson fait des crottes allongées, tandis que celles du lièvre sont rondes. Chez le chevreuil, les crottes sont appelées « moquettes » : elles sont relativement petites et ont une forme ovale avec une pointe à chaque extrémité. Chez le cerf, ces crottes, nommées « fumées », sont plus grandes et plus agglomérées. Le sanglier, quant à lui, fait des crottes dont la forme et l’aspect peuvent varier avec la saison et la nourriture : une forme de boudins agglomérés en hiver, et des boules verdâtres ou noires le reste de l’année. De nombreux animaux font des crottes nommées « laissées » : celles de la belette sont longues et fines tandis que les laissées du renard sont allongées et présentent des restes de sa nourriture, comme par exemple des os ou des noyaux de fruits. Les excréments des oiseaux se présentent sous forme de fientes, mais certaines espèces d’oiseaux, dont les rapaces, rejettent également ce qu’on appelle des pelotes de réjection : ce sont des boulettes de débris non digérés (poils, plumes, os, noyaux…) qu’ils régurgitent.

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© Turricules de ver de terre – Sylvain Cordier

Les mues

Certains animaux subissent un phénomène de renouvellement de leur corps : c’est la mue. Cela peut être lié à la croissance de l’animal ou à son âge, mais également au changement de saison. Chez les mammifères, la mue correspond au renouvellement du pelage de l’animal afin de l’adapter au mieux aux saisons. Ainsi, on peut retrouver des pelotes de poils perdues par un mammifère en pleine mue, notamment lors du passage de l’hiver à la saison plus douce. Par ailleurs, pour les cervidés, la mue correspond également à la perte des bois ou du velours des bois. Les oiseaux, eux, perdent leurs plumes et les renouvellent. Parfois, ces plumes qu’ils laissent derrière eux permettent de les identifier. C’est le cas par exemple des plumes présentant une alternance de bandes bleues et noires, caractéristiques des plumes des ailes de geais. Chez les arthropodes, la mue permet un renouvellement de leur cuticule et est nécessaire à leur croissance. Si vous trouvez un insecte immobile et que son corps semble transparent, il est probable que vous soyez en présence d’un exosquelette d’un insecte qui a mué ! Les serpents et lézards aussi, du fait d’une croissance continue tout au long de leur vie, muent en renouvelant leur peau : chez les serpents, cette mue se fait sur l’ensemble du corps en une fois, tandis que pour les lézards, elle se fait par plaques sur une ou plusieurs parties du corps à la fois.

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© Bois de cerf – José-Luis Gomez de Francisco

Les habitations

Une autre façon de savoir qu’un animal est dans les parages est de trouver son habitation. En effet, les animaux ne s’éloignent jamais trop de leur maison. Mais encore faut-il savoir la reconnaître ! Il est aisé d’identifier un barrage construit par un castor : c’est un amassement de branches sur toute la largeur d’une rivière qui peut ralentir l’écoulement de l’eau. De même, les nids de branches appartiennent aux oiseaux, et leur emplacement et leur taille peuvent renseigner sur le propriétaire : de très grands nids de plus d’un mètre de diamètre, si vous êtes dans l’est de la France, sont la marque de la présence de cigognes. Une cavité dans un tronc d’arbre peut être le nid d’un pic ou d’un autre oiseau s’y étant installé. Plusieurs petits tas de terre, dans votre jardin par exemple, peuvent vous indiquer la présence d’une taupe qui vit sous vos pieds. Ou encore, un ou plusieurs grands trous dans la terre, souvent au niveau d’un talus ou d’une butte, peuvent être les entrées d’un terrier de renards ou de blaireaux.  Il n’est pas facile de savoir quelle espèce occupe un terrier car les renards s’installent souvent dans des anciens terriers de blaireaux.

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© Barrage de castor – Rémi Masson

D’autres traces…

Enfin, d’autres traces peuvent indiquer le passage d’un animal : des traces de griffes sur un tronc peuvent avoir été faites par un félin rôdant dans les parages ; les cervidés peuvent se frotter contre les troncs et arracher à cette occasion des morceaux d’écorce ; des traces de boue sur les arbres sont laissées par les sangliers qui s’y frottent après s’être vautrés dans des souilles (flaques boueuses) ; des troncs d’arbres sont taillés en pointe par les castors, etc.

Il y a donc de nombreuses façons de suivre les traces d’un animal, mais il faut avoir les yeux grands ouverts et être attentif au moindre signe. Avoir quelques connaissances est également utile pour ne pas se méprendre sur des indices qui n’en seraient pas ou sur l’identité des animaux. Si pister des animaux vous tente, de nombreux ouvrages et guides peuvent vous renseigner sur tous types de traces animales, comme le « Guide des traces d’animaux – France et Europe » de Muriel Chazel et Luc Chazel. Maintenant, vous avez les outils de base pour partir sur leur piste. Ouvrez l’œil, soyez patient et les surprises viendront à vous !

Sources :

Parc Animalier La Garenne (Suisse) – Traces et indices

Muséum de Genève (Suisse) – Dossier pédagogique : sur la piste des animaux sauvages

Bourgogne Nature – Mille et une traces en forêt…

Wikipédia – Mue

Les Observatoires en vacances dans les forêts de France

Sur le littoral, en montagne, à la campagne ou en milieu urbain, on trouve des forêts partout. Avec une superficie de 16,9 millions d’hectares, les forêts de France métropolitaine couvrent 31% du territoire, soit près d’un tiers, et placent ainsi le pays au 4e rang européen des pays les plus boisés, derrière la Finlande, la Suède et l’Espagne.

Mais qu’appelle-t-on une forêt exactement ? Il ne s’agit pas simplement d’un ensemble de grands arbres. La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) la définit comme un territoire occupant une superficie d’au moins 0,5 hectare avec des arbres atteignant une hauteur supérieure à 5m et un couvert boisé de 10% minimum (sont exclues les terres à vocation agricole ou urbaine prédominante).

Au cours de cet article, nous allons voir toute la diversité que recouvre ce terme de « forêt ». Puis nous verrons les intérêts que vous pouvez trouver à vous y promener, que ce soit pour profiter d’un moment de détente, de loisir ou pour vous dépenser.

Diversité des forêts de France

On distingue avant tout deux types de forêts, basés sur le feuillage des arbres : les peuplements* de feuillus, qui sont majoritaires en France et représentent 67% de la superficie forestière totale, et les forêts de conifères, qui en occupent 21%. Les 12% restants correspondent aux peuplements dits mixtes, constitués d’un mélange de feuillus et conifères.

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© Forêt de chênes – Frédéric Didillon

Ces forêts ne sont pas réparties de façon homogène sur l’ensemble du territoire. En effet, quatre grands facteurs influencent la constitution des forêts et expliquent leur diversité à l’échelle de la France métropolitaine :

  • Le premier est climatique : la France se trouve à l’intersection de trois tendances : méditerranéenne, continentale et océanique.
  • L’altitude, du niveau de la mer jusqu’en haut des montagnes, joue aussi un rôle important : les peuplements de feuillus se situent principalement en plaine ou à moyenne altitude, tandis que les peuplements de conifères dominent en haute montagne mais également dans le massif landais. Les forêts mixtes, elles, se rencontrent le plus souvent entre les deux, en moyenne montagne.
  • Un autre facteur à ne pas négliger est le sol dans lequel est implantée la forêt : de la nature de la roche (calcaire ou silice) au type de sol (brunifié, carbonaté, calcique, hydromorphe, podzolisé), la végétation qui y pousse ne sera pas la même partout.

Il n’existe donc pas UNE, mais bien DES forêts.

Pour affiner notre classification des grands types de forêts, allons voir du côté de l’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel). Il distingue cinq grands types de milieux* forestiers : les forêts tempérées, les forêts méditerranéennes sclérophylles (constituées de conifères et de feuillus à feuilles persistantes), les forêts méditerranéennes à feuilles caduques, les forêts de conifères des montagnes tempérées et enfin les forêts de conifères des montagnes méditerranéennes.

Au sein de ces milieux forestiers, près de 500 habitats* ont été décrits en France métropolitaine. Ces habitats sont définis à partir des essences majoritairement présentes : un peuplement où le chêne domine sera une chênaie, tandis qu’une forêt constituée principalement de pins sera une pinède, etc. D’autres critères sont également pris en compte, comme la végétation qui tapisse le sol (arbustes, fleurs…) ou le type de sol. Si cela vous intéresse, vous pouvez jeter un coup d’œil au référentiel national des habitats (HABREF) inventoriés par l’INPN.

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© Hêtraie-sapinière de Narbèze – Georges Lopez

Par ailleurs, il existe plus de 130 espèces d’arbres en France. Mais parmi toutes ces espèces, seulement 6 essences de feuillus et 4 de résineux composent 82% du peuplement forestier français. Parmi elles, il y a 7 essences principales : pour les feuillus, il s’agit du chêne, du hêtre et du châtaignier, et pour les essences de résineux, du pin maritime, du pin sylvestre, de l’épicéa commun et du sapin pectiné. À celles-ci se mélangent les essences dites secondaires comme le merisier, le charme, le tilleul, l’érable, le frêne, le tremble, l’alisier, l’aulne, le mélèze, etc.

La forêt étant diversifiée au niveau de la végétation, elle l’est également pour la faune. En effet, elle abrite des animaux à tous les étages la constituant : du sous-sol jusqu’à la cime des arbres, la forêt offre une diversité d’habitats et de nourriture pour la faune terrestre. Ainsi, dans les forêts de France métropolitaine, on retrouve 73 espèces de mammifères, 120 espèces d’oiseaux et près de 30 000 espèces d’insectes ! Et n’oublions pas la diversité apportée par les champignons, qui est aussi importante que celle des insectes !

Par ailleurs, la forêt nous réserve son lot de bienfaits. Envie de vous détendre ou de vous dépenser ? La forêt vous offre de nombreuses possibilités de loisirs dans une ambiance qui vous apportera bien-être et apaisement !

Les avantages d’une balade en forêt

En été, la chaleur étouffante et les rayons du soleil peuvent nous freiner à profiter d’une longue promenade l’après-midi. Les forêts sont alors une aubaine pour se balader au frais, car grâce à l’ombre des feuillages et à l’humidité ambiante, la température y est bien plus douce. Et on ne risque pas de finir décoiffé en se prenant une grosse bourrasque comme au bord de la mer, car les arbres sont de bons brise-vent !

C’est aussi l’occasion de prendre un gros bol d’air pur ! En effet, les végétaux et plus particulièrement les arbres, sont connus pour être des filtreurs d’air : ils captent de nombreux polluants et poussières présents dans l’air.

D’autre part, les forêts seraient aussi une source de bien-être. Il semblerait que les arbres réduisent le stress et qu’ils renforcent même l’immunité. La forêt aurait également un impact positif sur le moral et les arbres seraient vecteur d’apaisement social. Nous sommes nombreux à pouvoir en témoigner : qui ne s’est jamais senti bien en profitant d’une promenade dans la nature, au milieu de ces géants verts ? Alors, si cela vous tente, essayez la sylvothérapie !

Enfin, les forêts sont un lieu où l’on peut pratiquer différentes activités ! De la simple marche à pied, de la randonnée plus active pédestre ou équestre, du vélo, de la cueillette (raisonnable évidemment), de l’accrobranche et parfois même de l’escalade, tout le monde peut y trouver son compte ! Le site de l’ONF vous aide même à trouver des idées. Sans compter qu’on peut également en profiter pour simplement s’intéresser à la flore et à la faune habitant/peuplant la forêt… voire même participer de cette façon à l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts. Retrouvez ici les missions de juillet !

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© Parcours d’accrobranche – Denis Bringard

Pour finir, voici quelques forêts remarquables de France que vous pourrez peut-être visiter cet été, sinon à prévoir pour de futures vacances :

  • La forêt des Landes (Nouvelle-Aquitaine), composée essentiellement de pins maritimes.
  • La forêt domaniale de Grande Chartreuse (Rhône-Alpes), avec ses falaises de calcaire blanc contrastées par le vert sombre des hêtres et sapins.
  • La forêt de Fontainebleau (Ile-de-France), avec ses chênes et ses pins, ainsi que son sable et ses rochers appréciés pour l’escalade.
  • La forêt de Vizzavona (Corse) où se mélangent hêtres et pins laricio, dans une des régions les plus boisées de France.
  • La forêt de Chambord (Centre-Val de Loire), classée monument historique et plus grand parc clos d’Europe.
  • Les forêts d’Huelgoat ou de Paimpont (Bretagne), lieux de nombreuses histoires et légendes dont celle de la forêt de Brocéliande.
  • la forêt domaniale de Ribeauvillé (Grand-Est), abritant quelques sapins douglas géants venus tout droit d’Amérique.

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© Forêt de Fontainebleau – Monique Berger

*Lexique :

Un peuplement regroupe un ensemble de populations d’espèces appartement à un même groupe taxonomique. Dans l’article, sont distinguées les populations d’espèces d’arbres à feuilles (peuplements de feuillus) des arbres à aiguilles (peuplements de conifères).

Ici, le milieu correspond au biome, c’est-à-dire à l’ensemble des écosystèmes caractéristiques d’une région biogéographique, déterminé par la végétation, la faune et les conditions abiotiques (climat, altitude, sol) qui y prédominent.

L’habitat est le milieu de vie d’une espèce (ou population d’espèces), caractérisé par un environnement biotique et abiotique relativement homogène.

 

Sources :

IGN_La forêt en France métropolitaine

INPN_ « Résultats de l’état de conservation des habitats et des espèces dans le cadre de la directive Habitats-Faune-Flore en France. Rapportage ‘’Article 17’’. Période 2007-2012. »

ONF_Les forêts de nos territoires

IGN – L’inventaire forestier_ La diversité des peuplements forestiers

ONF_ Comprendre la forêt

Reforest’Action – Le Mag’_ Quels sont les bénéfices de nos forêts ?

Clairière et Canopée _ Forêt et santé : 7 bonnes raisons de marcher en forêt !

Suivez les traces !

Même si nous ne percevons pas leur présence ni ne les voyons forcément se déplacer, les animaux sont très actifs tout au long de l’année, comme en témoignent leurs empreintes qui sont de bons indices de l’agitation qui anime leur territoire. En hiver, s’ils réduisent leurs déplacements, ils n’en sont que plus visibles, notamment après une chute de neige.

En effet, pour l’observateur attentif, l’activité de la faune en forêt crée un fascinant réseau de pistes. Ainsi, pas une seule portion du sol n’est laissée vierge de toute empreinte, seulement nous décelons plus facilement à l’œil nu celles du sanglier que celles du mulot.

Observer les empreintes d’un animal vous donne donc l’occasion de mettre votre casquette du parfait trappeur !

Par les traces seules d’un animal, on peut évaluer sa corpulence relativement précisément, ainsi que sa hauteur sur pattes ou encore son comportement en déplacement si l’on suit la piste, par exemple, d’un cerf.

Le décodage des empreintes

Pour observer au mieux les empreintes, suivez des chemins de terre après la pluie, ou le bord des flaques d’eau, où les marques se moulent parfaitement. Vous pourrez différencier alors nettement les empreintes.

Plusieurs types de pieds sont à distinguer : tout d’abord, les pieds à ongles, caractéristiques du cerf, du sanglier ou du chevreuil. Les pieds à pelotes, eux, sont l’apanage du renard ou de l’écureuil. Enfin, les pieds à doigts distinguent les traces d’oiseaux.

Les griffes sont aussi un bon indice pour analyser une empreinte. Ainsi, celles des félins par exemple sont rétractiles, à l’inverse de celles du blaireau. La forme de l’empreinte varie aussi légèrement d’un pied à l’autre. Comparez le côté droit et le côté gauche pour vous en assurer.

Le terrain peut vous donner quelques difficultés pour apprécier l’empreinte. Si le sol est boueux, l’empreinte va s’y imprimer parfaitement, alors que sur un sol dur seuls quelques contours vont se dessiner.

Autre obstacle : le pied arrière se place souvent dans le pied avant lors des déplacements des animaux, l’on pourrait donc croire à une marque unique. De plus, lorsque l’animal court, ses pattes peuvent s’écarter plus largement et les empreintes des pattes arrière dépassent celles des pattes avant.

Autour d’un point d’eau, comme une mare, rendez-vous incontournable des hôtes de ces bois, les empreintes tracent un ensemble certes très artistique mais très difficilement identifiable.

Les suites d’empreintes

Un animal, lors de ses déplacements en forêt, imprime momentanément sur le sol une piste, elle-même se décomposant en ensemble des quatre pattes que l’on appelle « voie ».
La voie laissée par un animal indique plusieurs choses par l’écart ainsi que l’enchaînement entre les empreintes gauches et droites. Ainsi, on peut déterminer l’espèce, l’allure, la taille et le poids de l’individu en analysant ces éléments.
Par exemple, si les empreintes du renard et du chien présentent de nombreuses similitudes, la voie du renard est presque rectiligne alors que celle du chien est plus erratique.

Les animaux dans la neige

 

En hiver, les déplacements des animaux sont extrêmement limités. Ils ne s’aventurent au dehors que par nécessité. Dès lors, les pistes sont plus rares – mais plus aisées à observer.
Les chutes de neige créent le moment idéal pour suivre et comprendre les trajets des animaux. Ces pistes sont extrêmement propices à l’observation des cachettes des écureuils ou pour suivre le chevreuil jusqu’à son abri sous un petit résineux.

Certaines traces sont très représentatives : ainsi, on peut observer par exemple le balayage produit par la queue du renard, ou encore le chemin ouvert par une laie pour ses petits marcassins.

Attention aux coups de vent qui soulèvent la poudreuse et effacent les traces !

Certains animaux laissent des traces toutes particulières, qui ne forment pas de voie. Ainsi le campagnol, qui pour se nourrir en période de neige crée un réseau de galeries sous la neige. Au printemps lors de la fonte, se révèlent des lignes terreuses qui zèbrent l’épaisseur de la neige restante. Ces galeries, non seulement le protègent du froid, mais aussi des prédateurs.

Quels chemins suivre ?
 
Ne vous attendez pas à trouver des pistes sur les larges chemins forestiers. En effet les animaux ont une grande préférence pour les sentiers qui serpentent entre les arbres, plus discrets et plus fournis en denrées alimentaires.
Ces sentiers sont appelés des coulées, et se remarquent par une légère dépression entre les herbes ou les amas de feuilles mortes. Il est intéressant de les observer en elles-mêmes, puisqu’elles donnent des indications sur la taille de l’animal qui les fréquente et permettent d’évaluer son territoire ! Elles permettent de rejoindre les zones de nourriture ou d’eau sans se faire voir ni se fatiguer. Très pratique ! Il est en effet à souligner que le chemin emprunté, qui est le plus sûr pour les animaux, n’est ni le plus évident ni le plus rapide à parcourir. Souvent derrière une lisière pour ne pas être vu, ou contournant largement les obstacles, la coulée offre un réel jeu de piste au forestier.

Certains petits animaux vous rendront la tâche plus ardue…

En effet, ils sont passés maîtres dans l’art d’éviter la filature ! Le lièvre par exemple multiplie les détours pour brouiller les pistes qui mènent à son terrier. De plus, il suit lui-même des pistes pour éviter d’être repéré : il peut utiliser une piste de cerf, faire une boucle ou avoir une trajectoire erratique pour perturber ses prédateurs.

Il n’y a pas que les pistes !

Le trappeur averti sait également qu’il existe des étapes où l’animal se cache pour se reposer ou digérer. Ces espaces de courte halte jalonnent les coulées empruntées par les animaux. Pour les repérer, vous pourrez vous aider de nombreux indices : des poils ou excréments, restes de repas…

Bonne exploration !

Pour aller plus loin, regardez donc le documentaire accessible sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=WfWVSV93n_E 

Source :

Les habitants des forêts laissent des traces de leur passage, ONF, 21 septembre 2007

Que font les arbres en hiver ?

Ce mois-ci, les missions qui vont sont proposées par l’OBF concernent plusieurs espèces de champignons que l’on retrouve sur les arbres. Les hôtes de ces bois prolifèrent tandis que les arbres eux-mêmes semblent parfaitement inactifs. En hiver, la plupart des arbres perdent largement leur majestueux ramage à l’exception, entre autres, des résineux.
Cette étrange torpeur des arbres est due à leur état de dormance pendant l’hiver (et nous ne parlons pas de votre somnolence au coin du feu après un bon repas de Noël).
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L’arbre entre progressivement en dormance à partir de l’automne, quand le fond de l’air se rafraîchit. A noter que l’arbre est un organisme poïkilotherme, c’est-à-dire dont la température dépend de l’environnement extérieur. Il est contraint d’interrompre la division de ses cellules (donc son développement) lorsque les températures se rafraîchissent.
Cette immobilité extérieure dissimule donc une activité au sein de l’arbre : les processus de protection contre le gel s’enclenchent tout le long de l’arbre, des racines aux rameaux. Il peut ainsi protéger ses bourgeons en formant des écailles aux endroits où viendront à naître les futures feuilles afin de leur offrir un cocon protecteur. Si la croissance de l’arbre cesse pour protéger les jeunes tissus fragiles, l’arbre met aussi en place un mécanisme d’endurcissement qui augmente la tolérance des tissus au froid, qui est dû à l’abaissement du point de congélation de leurs cellules (pour en savoir plus sur le phénomène biochimique, je vous invite à lire les notes à la fin de l’article). Pendant cette phase, le diamètre du tronc et des branches diminue. Ces capacités diffèrent d’une espèce à l’autre, en effet si le noyer peut supporter -20° maximum, les aiguilles du pin Pinus sylvestris survivent encore par -80°C. Par ailleurs, un troisième processus est activé, celui de réparation pour empêcher les embolies dues aux cycles de gel-dégel dans les vaisseaux qui font circuler la sève brute le long de l’arbre. Enfin, tous les mécanismes biologiques nécessaires à leur survie, jusqu’à la photosynthèse pour les pins, sapins ou chênes verts sont maintenus.
Tous ces phénomènes ont lieu en automne ; c’est la paradormance.

Au cœur de l’hiver, le ralentissement des mécanismes biologiques de l’arbre fait place à un arrêt complet de l’activité de croissance de l’arbre ; c’est l’endodormance.
Dès la fin février néanmoins, l’arbre se prépare à l’arrivée des beaux jours. Sous l‘écorce débute un processus de réparation voire de production de nouveaux vaisseaux transporteurs (le xylème) de sève brute (de l’eau et des sels minéraux). Une étape essentielle, car dans les feuilles, la photosynthèse transforme cette sève brute en sève élaborée, redistribuée ensuite à l’ensemble de l’arbre jusqu’aux racines. Or, sous l’effet du gel, l’air dissous dans l’eau et circulant dans les vaisseaux forme des bulles qui, si elles sont suffisamment grosses, restent coincées et obstruent le passage de la sève. On parle d’embolies hivernales. Pour les réparer, la plante fait un appel d’eau et de sucres dans les vaisseaux, qui génère une pression chassant les bulles d’air.

Puis la croissance de l’arbre est relancée, au niveau des bourgeons. Mais elle est alors si lente qu’elle reste invisible. Et paradoxalement c’est le froid qui lève cette phase de dormance. En effet, pour sortir de sa léthargie, l’arbre doit avoir cumulé les heures froides (températures inférieures à 7°C) durant trois à quatre semaines. Dès que son quota est atteint, souvent fin décembre, il entre alors dans une phase de croissance, limitée par les conditions environnementales : c’est l’écodormance. Cette dernière se prolonge tant que l’arbre n’a pas cumulé suffisamment d’heures chaudes, supérieures à 7°C. Elle se joue essentiellement au niveau cellulaire, la sève ne circulant pas encore dans l’arbre. Dans les tissus du bourgeon, la multiplication des cellules indifférenciées a repris. Elles se divisent, grandissent, se différencient et assurent imperceptiblement la croissance du bourgeon.

En bref, ne pas déranger, on dort (à moitié) !

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Notes :

Fabrication d’antigel : elle passe par la synthétisation des enzymes qui vont dégrader l’amidon fabriqué par photosynthèse et mis en réserve à la belle saison dans l’écorce et le bois en sucres plus petits et solubles à fort pouvoir antigel. Dès que la température grimpe autour de 5° C l’amidon se reconstitue car les protéines antigel fusionnent entre elles pour le reformer. Puis, quand la température rechute en soirée il est de nouveau hydrolysé.

L’embolie hivernale : lors des cycles gel/dégel successifs, les gaz dissous dans la sève peuvent, lors de la prise en glace, former des bulles d’air dans les vaisseaux conducteurs de la sève brute. Ces bulles entravent la bonne circulation de la sève au printemps. Pour les feuillus à gros vaisseaux un seul cycle de gel/dégel peut être suffisant pour provoquer l’embolie. Par contre, pour les conifères dont les vaisseaux ont un plus petit diamètre, plusieurs cycles de gel/dégel (plus de cent) sont nécessaires pour créer cette embolie. Les conifères sont peu sensibles à l’embolie hivernale ce qui explique leur présence à des altitudes et latitudes plus élevées.

Sources :

Comment reconnaître les arbres en hiver ? Association forestière des Cantons de l’Est, février 1987

L’arbre en conditions hivernales, Augustin BONNARDOT, juin 2012

Mais que font donc les arbres en hiver ? Fiorenza GRACCI, Sciences et Vie, 25 décembre 2015

Observatoire de la Biodiversité des Forêts, Missions d’apprentissage